Avant-propos
Il y a des groupes que l’on entend avant même de les écouter. Des groupes qui n’ont pas besoin de passer à la radio pour qu’on fredonne leurs refrains. Des groupes qui semblent avoir toujours été là, quelque part entre la pluie de Londres et le silence d’un vieux chalet français.
The Spilders, c’est ça. Un nom sans visage, puis des visages sans nom de famille. Quatre musiciens surgis d’un autre temps, d’un autre univers, qui n’ont pas attendu qu’on leur dise d’exister pour commencer à jouer.
Vous ne trouverez pas leurs noms de famille. Ils n’en ont pas. Ou plus. Peut-être qu’ils les ont perdus en route, quelque part entre Le Chazelet et Londres. Ce qu’ils ont gagné à la place, c’est une légende.
Leur musique est bien réelle. On la trouve partout : sur les plateformes, dans les playlists, dans les souvenirs qu’elle ranime chez ceux qui l’écoutent. Mais le groupe lui-même ? Une légende tissée patiemment, une biographie en pointillés, un brouillard épais traversé par la lumière d’un riff ou d’une voix.
Ce livre est une tentative de rassembler les pièces de ce puzzle mouvant. Pas une enquête, pas un roman, mais un entre-deux : un récit de ce qui aurait pu être, si le rock avait encore des secrets. Car oui, les Spilders existent. Pas dans les classements, mais dans les cœurs. Pas dans les studios de L.A., mais dans une chambre, un garage, un souvenir de montagne.
Et si leurs chansons semblent venir d’un autre monde, c’est peut-être parce qu’elles sont nées dans celui-ci — mais avec l’aide d’un autre.
Aux lecteurs qui passeraient par là…
Bienvenue dans l’univers des Spilders, groupe fictif — mais ô combien vivant — né du croisement entre souvenirs d’adolescence, passion musicale et pur plaisir d’inventer.
Pour vous aider à vous orienter dans cette histoire qui avance au rythme d’un album par saison, voici comment chaque chapitre s’organise :
📖 Tout d'abord le récit, raconté comme un documentaire musical, entre interviews rêvées, souvenirs reconstitués et moments suspendus. Ce texte est enrobé d’une langue que nous avons voulu simple, chaleureuse, parfois lyrique, et traversée de clins d’œil à celles et ceux qui aiment vraiment la musique.
📻 En fin de chapitre, vous découvrirez un court interlude. Ces interludes sont des fenêtres ouvertes sur l’extérieur, des fragments du monde qui continue de tourner pendant que les Spilders écrivent, répètent, se déchirent ou grandissent. Ils offrent un éclairage différent, parfois décalé, parfois doux-amer, mais toujours en résonance avec le récit.
🎧 Quant aux chansons mentionnées au fil du livre, inutile de chercher des liens : toutes sont disponibles à l’écoute sur les plateformes de streaming habituelles — Apple Music, Spotify, Deezer, et bien d’autres. Laissez-vous simplement guider par les titres… et la musique fera le reste.
Bonne lecture, et surtout : bonne écoute.
Chapitre 1
2013 : Le Chazelet, naissance d’un groupe rêvé
Il y a des endroits qui semblent faits pour être oubliés, mais qui refusent de disparaître. Le Chazelet est de ceux-là. Un hameau suspendu dans l’hiver, niché dans les replis secrets des Alpes françaises, là où les routes s’essoufflent et où le silence s’amplifie avec la neige. C’est ici, en février 2013, que débarquent une vingtaine d’adolescents anglais. Des sacs qui débordent, des bonnets trop grands, des attentes floues.
Tout commence par une valise trop lourde.
Alan, 15 ans et 9 mois, traîne la housse de sa guitare dans la neige comme on traîne un rêve qu’on n’ose pas encore jouer. Le car a déposé les jeunes et leurs trois accompagnants dans un petit hameau français perché sur les hauteurs de La Meije. Le ciel est lourd, blanc, figé. L’air pique les joues. C’était un camp de ski organisé par l’entreprise où travaille son père. L’ambiance promettait d’être plus flocon que frisson. Alan, lui, n’en avait rien à faire du ski.
Il était venu avec une seule idée : écrire des chansons sur sa vieille guitare qu’il avait tenu à emporter malgré l’avis de ses parents. Ses doigts commençaient à peine à s’habituer aux accords barrés, mais il sentait déjà que chaque note était une échappée.
Ce qu’il ne savait pas encore, c’est qu’un autre garçon, un peu plus grand, un peu plus effronté, avait fait exactement la même chose :
Chase, cheveux en bataille, veste trop légère pour l’altitude, et une guitare acoustique qui dépassait d’un étui trop usé. Il ne parlait pas beaucoup, mais quand Alan a vu la courbe du manche dépasser de la fermeture, il a su. Ces deux-là allaient s’entendre.
Ils ne s’étaient pas encore adressé la parole que, déjà, le futur du rock venait de faire un clin d’œil.
Le premier soir, dans la salle commune, pendant que les autres se chamaillaient autour du baby-foot ou tentaient de se connecter au Wi-Fi inexistant, Alan a commencé à gratter Creep de Radiohead. Cliché, oui, mais sincère. La mélodie résonnait timidement entre les murs en bois, se heurtant aux rires et aux cris. Chase, sans un mot, s’est approché, s’est assis à côté, et a pris la seconde ligne de guitare et la voix sur le refrain. Pas de bonjour. Juste une voix posée, juste, légèrement voilée.
C’était bancal. C’était magique.

Pete Halberg, un des accompagnateurs, les observait depuis un coin, une tasse fumante entre les mains. Ancien batteur dans un groupe de lycée raté, passionné de musique et discret rêveur, il a tout de suite vu le potentiel.
Le lendemain, il leur propose une scène improvisée pour la soirée de clôture du séjour. “Vous jouez cinq morceaux, pas plus. Je m’occupe de l’éclairage, vous vous occupez des frissons.”
Ils n’en ont joué que trois. Mais ce fut assez.
Trois chansons et une promesse.
Le samedi 23 février 2013, à 20h30, ils montent sur la petite scène bricolée du chalet municipal. L’affiche, en français pour être comprise des habitants du village, a été griffonnée par Roselyne, l’animatrice poésie.
Les premières secondes sont tendues. Le public est distrait, les adultes boivent du vin chaud. Mais dès les premières notes, le silence s’installe. Quelque chose passe. Joëlle B., 13 ans, assise au premier rang après sa prestation chantée sur une bande-son type karaoké , racontera plus tard qu’elle avait vraiment ressenti que “l’air devenait plus dense”.

Ils ont commencé par une chanson qu’Alan avait griffonnée dans le car du départ : “Chains of Love” — une ballade simple, sincère, où l’on entendait déjà cette ligne de basse souple et ces harmonies ascendantes qui deviendraient leur marque de fabrique.
“Elle n’avait pas encore de pont, ni même un vrai refrain,” dira Chase des années plus tard, “mais elle nous appartenait.”
Ils ont enchaîné avec une chanson écrite ensemble en trois jours, dans le dortoir, entre deux descentes : “Easy Hearts”, un morceau plus folk, presque murmuré, que Joëlle B., présente ce soir-là, chantera bien plus tard en chœurs sur la version studio de 2024.
Enfin, ils ont terminé par un titre que Chase tenait de ses carnets secrets : “Night of Fire”, un embryon de rock psyché avec une montée rythmique que Chris, bien des années après, refera rugir comme un orage.
“Je l’avais rêvée pour une batterie qu’on n’avait pas encore,” dira Chase en souriant.
À ce moment-là, ils n’étaient encore que deux ados. Mais dans les regards qu’ils échangeaient, on lisait déjà la promesse d’un groupe.
Quand ils quittent la scène, ils ne se disent rien. Ils n’ont pas besoin.
Pete les regarde depuis le fond de la salle. Il sait.

Alan se souvient : “Je crois que tout a changé au Chazelet. Chase jouait déjà comme s’il avait fait ça toute sa vie. Moi, je grattais des accords. Lui, il jouait des chansons.”
Chase dira plus tard : “Alan avait cette façon de regarder la guitare comme si elle allait lui répondre. Moi, je voulais juste qu’elle gueule avec moi. On s’est croisés au bon moment.”
Joëlle B., dans une lettre retrouvée : “Ils n’ont fait que trois chansons. Mais on aurait dit qu’ils ouvraient une porte qu’on attendait tous depuis toujours.”

– Extrait des Carnets de Pete Halberg, 2017 :
"Ils m'ont regardé comme si j’étais fou quand je leur ai proposé de jouer. Ils avaient cette arrogance douce des ados qui n’osent pas croire qu’ils sont bons. Et pourtant... Dès les premiers accords, je l’ai su. Ce n’était pas un duo. C’était déjà un groupe."
"Je n’ai jamais été un grand musicien. Mais ce que j’ai vu ce soir-là m’a suffi pour comprendre ce que veut dire le mot transmission. Alors je les ai poussés. Protégés. J’ai rassemblé ceux qui étaient là. Je n’avais pas de label, pas de plan. J’avais juste une certitude : ces deux-là allaient changer quelque chose."
L’affiche du concert a survécu. Froissée, tâchée de vin, scotchée par endroits, elle a été retrouvée en 2022 dans une malle rouillée du local du Groupe de la Meije. C’est Joëlle qui l’avait gardée, sans trop savoir pourquoi. Depuis, elle trône encadrée dans le studio de répétition des Spilders, entre une vieille Télécaster et une lampe de chevet orange.

Mais on peut encore y lire :
Moins de douze ans plus tard, en 2025, ils joueront à Londres devant 3 000 personnes. Mais quand on leur demande où tout a commencé, ils répondent toujours :
“Dans un petit chalet, quelque part en haut de la France, un soir de février, avec trois morceaux et une affiche griffonnée.”
C’est ainsi que naissent les histoires vraies. Pas dans le bruit. Dans un accord juste, dans un silence partagé, dans une complicité qu’on n’explique pas.
Les Spilders ne sont pas nés dans un studio.
Ils sont nés d’un regard, d’un frisson, et d’un accord en sol mineur.

Le Groupe du Chazelet, 2013
Interlude 1
Des chaussettes et des cœurs
L’une des énigmes les plus tenaces du Groupe du Chazelet tient en deux mots : les chaussettes de Chase.
On ne sait pas exactement comment cette rumeur est née. Peut-être est-ce Joëlle, un soir de confidences avec Pete, qui aurait laissé entendre que Chase, en 2013, avait emprunté une paire de chaussettes rayées à Alan parce que sa valise était restée coincée dans la navette du téléphérique. Ou alors, c’est Dave, bien plus tard, qui en aurait parlé à April pour rire, et celle-ci, toujours prompte à imaginer des slogans, aurait lancé un : “Spilders’ love starts with socks!” (Référence à un dicton de l’armée britannique : « L’amour des soldats commencent par les chaussettes ».).
Toujours est-il que, dès la sortie du premier album, un petit commerce parallèle naît dans l’ombre du fan-club : des paires de chaussettes tricotées à la main, inspirées de ce motif rayé mi-vintage mi-ridicule. On en compte aujourd’hui plusieurs centaines, chacune portant un nom de chanson brodé à la main. Les plus rares — “Painful Road”, “When I was a Spilder” ou “Country Miles” — s’échangent en ligne à des prix que Chase aurait trouvés parfaitement indécents.
Mais cet interlude ne serait pas complet sans revenir au tout début, à ces journées enneigées du Chazelet en février 2013. Là où tout a commencé. Là où Alan et Chase, adolescents encore maladroits, ont trouvé dans leurs guitares plus qu’un passe-temps : un langage commun. Là où Pete, animateur de colo reconverti en manager amateur, les a observés d’un œil attendri, sentant confusément que quelque chose d’unique était en train de naître.
C’est aussi là que Joëlle, lunettes embuées et carnet à spirale toujours à la main, a griffonné la première ébauche de ce qui deviendra le Groupe du Chazelet. Vingt-deux adolescents, soudés par une émotion encore sans nom, mais déjà partagée. Certains y ont cru tout de suite. D’autres ont ri, ont oublié, sont partis ailleurs. Mais une poignée a continué à y croire, à suivre, à défendre.
Ce sont ces jeunes-là — devenus adultes, parfois parents, parfois profs, parfois paumés — qui forment encore aujourd’hui le cœur du fan-club. Ils ne sont pas les plus nombreux. Mais ce sont eux qui, les premiers, ont applaudi Alan et Chase sur la petite scène du foyer municipal. Eux qui ont commencé à scander “More ! More!” dans une salle trop petite pour contenir tant d’amitié.
Ils n’étaient pas encore un groupe. Ils étaient un frisson.
Et, quelque part au fond d’un placard, trainait une paire de chaussettes.
Chapitre 2
2013-2017 : Retour à la maison, les années de galère
De retour à Londres après le séjour au Chazelet, Alan et Chase, tout juste 15 ans, redescendent sur terre aussi brutalement que leur car scolaire dans les bouchons de l’autoroute A1.
L’euphorie de leur mini-concert n’est déjà plus qu’un souvenir flou entre deux contrôles de maths. Chez eux, la musique n’est pas un projet d’avenir mais un passe-temps qui ne doit surtout
pas empiéter sur les devoirs.
Leurs parents sont clairs : « Finis tes études d’abord. »
Mais ni Alan ni Chase ne veulent laisser mourir ce qu’ils ont vécu à la montagne. Ils se voient le week-end, refusent les vacances familiales et transforment chaque minute libre en séance d’écriture ou de répétition clandestine dans les chambres à coucher.
Par miracle — ou par obstination — ils tiennent bon.
Les rues de Londres, grises et indifférentes, deviennent leur décor quotidien. Les lignes du tram, les pubs fatigués, les murs décrépits et les abribus tagués font partie de l’imaginaire sonore qu’ils se forgent. Parfois, ils enregistrent des sons ambiants : un klaxon, une dispute, un chant d’oiseau solitaire. Chase adore y entendre des rythmes cachés. Alan préfère les transformer en nappes étranges.
Un oncle excentrique de Chase, Albert, ancien organiste de pub reconverti en professeur de yoga, leur ouvre l’accès à un vieux piano droit et les initie à l’harmonie.
C’est une révélation. Grâce à lui, ils comprennent qu’un accord peut cacher un monde, qu’une tonalité peut suggérer un sentiment.
Albert, l’oncle yogi, devient peu à peu une figure essentielle dans leur vie. Il parle par métaphores, fume des clopes végétales et appelle le solfège « une structure vibratoire de l’âme ». Il leur enseigne les progressions d’accords comme on raconterait des fables : « Do majeur, c’est un lever de soleil sur Brighton. Sol mineur ? Un train en retard à Manchester. » Ils rient, mais ils écoutent. Ils retiennent. Et parfois, ils comprennent sans le savoir.
Alan, inspiré, se remet sérieusement à la basse. Chase tente même le violon, puis la trompette... avec une opiniâtreté aussi vaine que bruyante.
Devant tant d’acharnement, leurs familles baissent progressivement les bras. Quand les parents d’Alan déménagent à Croydon fin 2014, le garage devient leur studio attitré. « La voiture dormira dans la rue, mais les rêves ont besoin d’un toit, » plaisante le père d’Alan.

Uncle Albert - 2014
Le garage sent la poussière, l’humidité, la vieille essence et les rêves entassés. Des couvertures sur les murs, un vieux matelas adossé à une porte, deux lampes de chevet en guise de projecteurs. Un micro sur pied bricolé avec un manche à balai. C’est là qu’ils trouvent leur son.
Ce « Studio » devient un sanctuaire. Ils y installent un carnet mural pour noter les idées de morceaux, les titres absurdes, les vers bancals. Un jour, Alan écrit : « L’amour n’a pas de bouton mute. » Chase rature, ajoute : « mais il a une touche pause. » Ils s’écharpent sur les arrangements, se défient à coups de solos, mais finissent toujours par se réconcilier autour d’un vieux thé réchauffé au micro-ondes.
Leur quotidien s’installe : cours la journée, musique le soir, répétitions le week-end.
Ils entament des études supérieures en 2016 — Histoire pour Alan, Littérature Anglaise pour Chase — mais uniquement comme prétexte pour conserver un semblant de normalité.
Ils cumulent les petits boulots : livreurs de journaux, déménageurs, serveurs...
Tout passe dans l’achat de matériel de récupération, dans l’amélioration du “studio” et dans des instruments de meilleure qualité.
Ils inventent un rituel : chaque samedi, à midi pile, ils écoutent en entier un album culte tiré au sort. Bowie, The Clash, Radiohead, Nick Drake. Puis ils improvisent. Pas pour copier. Pour comprendre. Pour se construire.
C’est à cette période qu’ils croisent Jessie, un guitariste local de trois ans leur aîné.
Pendant six mois, ils forment un trio instable mais créatif. Jessie est bon. Trop bon, peut-être. Il joue comme s’il auditionnait pour un label fantôme. Alan, un peu intimidé, se concentre sur la structure. Chase, lui, résiste, prend des contre-temps, casse les codes.
Quelques chansons naissent de cette collaboration, dont les embryons de “Glastonbury”, “Turn On Your Left” et “You, I, We”.
Mais le courant ne passe pas. Jessie veut répéter, organiser, viser haut tout de suite. Alan et Chase veulent dériver, chercher, se planter.
« Jessie était un mec bien. Mais il ne croyait pas qu’un groupe pouvait vivre dans un garage» confiera Chase plus tard.
Fin 2015, Jessie quitte l’aventure.
Un soir d’hiver, après son départ, Alan note dans son carnet :
“Nous ne sommes pas faits pour ceux qui veulent aller vite. On veut aller vrai.”
Alan et Chase, eux, persistent mais parfois doutent aussi …
Il y a eu cette semaine de janvier 2016 où ils n’ont rien enregistré. Chase n’est pas venu pendant trois jours. Alan a songé à tout plaquer. Il est allé marcher seul à Crystal Palace Park. Il a regardé les dinosaures en béton et s’est dit : « Même eux ont survécu à l’oubli. Pourquoi pas nous ? »
Ils griffonnent des idées de noms : “The Night Pushers”, “The Basement Poets”, “Croydon Line”, “The Spilders” — un mot-valise (de « Spiders » - les Araignées, du « Studio » sans doute, et de « to Spill » – renverser) qui ne veut rien dire mais qui sonne juste, juste comme un nouvel hommage aux Beatles.
Ils n’ont pas encore de nom, pas de
concerts, pas de public.
Mais ils ont des chansons, un rêve, et cette conviction sourde qu’ils ne sont plus seulement deux amis qui jouent de la musique.
Ils sont déjà, sans le savoir, les deux premiers Spilders.

« On a appris à être pauvres en moyens, riches en idées, » dira Alan.
« C’est là qu’on a vraiment commencé à sonner comme nous. »
Dans un message audio resté célèbre parmi les fans, enregistré à l’époque sur un vieux Nokia, on entend Chase dire :
“Ce garage... il pue. Mais il nous manque quand on le quitte.”
Leur première vraie maquette s’intitule “Two Days Before Sunday”. Une chanson étrange, mi-blues, mi-pop bancale, enregistrée en mono sur un vieux dictaphone. Ils l’envoient à une radio universitaire. Pas de réponse. Puis à une chaîne YouTube d’un pote de fac. Deux commentaires : un "Pas mal" et un "Continuez". C’est suffisant pour les relancer.
Un soir, vers minuit, un voisin frappe à la porte du garage. Ils pensent qu’il va se plaindre du bruit. Il leur tend juste un post-it : “Vous m’empêchez de dormir, mais je crois que je vous aime bien. Continuez.”
Ils prennent l’habitude de nommer leurs instruments : la basse devient “Maggie”, la batterie empruntée à Albert s’appelle “Rosie la fatiguée”. Leurs micros grincent, leurs câbles grésillent, mais leurs idées brillent.
À l’automne 2016, ils organisent une soirée clandestine dans un squat abandonné près de Croydon High Street. Vingt personnes. Trois morceaux. Un ampli qui crame. Mais une énergie qu’ils n’oublieront jamais.

Alan écrira plus tard dans un carnet :
“Ce n’est pas le succès qu’on cherche. C’est l’écho de ce qu’on est.”
Et Chase, dans une interview donnée bien plus tard :
“On n’avait rien. Mais c’est ce rien-là qui nous a tout appris.”
À travers cette errance sonore et urbaine, cette période de galère devient leur terre d’éveil. Sans le savoir, ils sont déjà en train d’écrire les premières pages du rêve.
Et quelque part dans ce chaos, sans plan de carrière, sans followers, sans scène... naît un groupe.
Pas encore connu.
Mais déjà presque vrai.
Interlude 2
Lettre à Alan, de la part de Mark T., Coffee House, Croydon
Croydon, 17 janvier 2025
Salut Alan,
Je suis tombé sur toi par hasard. Enfin, pas vraiment sur toi, mais sur ton visage, ta voix… dans un clip. J’étais en train de faire défiler les vidéos sur mon téléphone en surveillant les commandes chez Coffee House (oui, celui de North End Road, tu sais, là où le manager nous engueulait si les muffins n’étaient pas parfaitement alignés). Et là, BAM — The Spilders. Et au centre, entre deux riffs et une basse qui claque : toi. TOI.
Tu vas rire, je me suis renversé mon mocha sur les genoux.
Mais je t’ai reconnu tout de suite. Même façon de pencher la tête quand tu écoutes, même regard un peu ailleurs quand tu joues. Tu n’as pas changé, Alan. Bon, tu as l’air de mieux dormir qu’à l’époque, ça oui. Et tu as troqué le tablier Coffee House pour une basse vintage… bien joué.
Tu te souviens ?
On faisait les ouvertures ensemble, en plein hiver. 5h40, rideau métallique, odeur de Javel et croissants industriels. Tu parlais déjà de ton groupe, de ce pote à la guitare avec qui tu écrivais des chansons "même quand y’a pas le temps". T’appelais ça “faire le boulot du futur à la pause du présent”. J’avais trouvé ça débilement poétique. Et juste.
Moi j’étais là parce que j’avais planté mes études. Toi, tu bossais pour payer tes cordes de guitare et le loyer d’une répète dans un garage humide. On partageait des muffins rassis et des rêves flous. J’aimais bien te taquiner avec mon “tu verras, dans dix ans, tu chanteras encore des cappuccinos à l’unisson.”
Mais non.
Tu chantais autre chose.
Et j’ai cliqué.
J’ai écouté.
Et j’ai pleuré comme un idiot à la 1e minute de Shadows of the Past, je me suis dit que c’était peut-être de moi que tu parlais.
T’as fait ton chemin, Alan.
T’as mis les silences en musique, les galères en mélodie.
T’as foutu des étoiles dans un café sans fenêtres.
Je sais pas si tu te souviens de moi. Mark. Celui qui jouait faux sur les gobelets avec les marqueurs. Celui qui t’écoutait en hochant la tête mais sans trop y croire.
Ben moi, j’y crois maintenant.
Continue. Pour toi, pour nous tous. Pour les cafés froids, les matins durs, et les gamins qui rêvent sans faire de bruit.
Avec respect et tendresse,
Mark T.
(serveur promu, mélomane tardif, … et premier fan inattendu des Spilders)
P.S.
Si tu repasses un jour par Croydon, tu te souviendras peut-être de l’adresse du coffee shop… Et si tu as cinq minutes pour un vrai cappuccino, j’aimerais beaucoup te l’offrir.
Chapitre 3
2017–2019 : Les Spilders se complètent
Le duo avait tenu bon. Contre le silence des débuts, contre les découragements familiaux, contre les semaines sans réponse sur SoundCloud. Mais à deux, on est parfois trop peu pour porter un rêve trop grand.
En 2017, Alan et Chase sont invités à participer à un atelier musical à Croydon, organisé par la mairie pour les jeunes artistes locaux. Le genre d’événement qui sent le jus d’orange tiède, les câbles enchevêtrés et les attentes molles. Ils s’y rendent sans trop y croire — pensant surtout y croiser des rappeurs solitaires ou des beatmakers en jogging.
Mais ce jour-là, au fond de la salle, un garçon écoute. Sans rien dire. Il ne prend pas de notes, ne bouge pas. Il écoute.
Il s’appelle Dave. Il a 16 ans. Silencieux mais pas absent. À la pause, il sort sa guitare — une vieille Epiphone d’occasion — et joue un riff lent, presque désaccordé, mais qui coupe la pièce en deux. Un son feutré, mais chargé d’ombre et de lumière. Alan et Chase s’immobilisent.
Alan pose sa main sur l’épaule de Dave, et dit simplement :
— On a une répète samedi. Tu viens ?
Dave vient. Et il ne repart plus.
Il est réservé, sensible, mais sa musicalité est à fleur de peau. Il joue avec l’instinct d’un vieux bluesman, le regard d’un môme, et une justesse désarmante. Il ne parle pas beaucoup, mais chaque note qu’il pose semble dire exactement ce qu’il faut.
« Il ne prenait pas de place. Mais il faisait de la place à la musique. » — Alan
Pendant deux ans, le trio se construit. Sans nom. Sans ligne droite. Dave ajoute une dimension cinématographique à leurs morceaux : des nappes mélancoliques, des contre-chants discrets mais magiques, des silences qui résonnent. Il dessine des paysages là où les deux autres gravaient encore des slogans.
Ils répètent dans le garage d’Alan, où les murs en placo vibrent sous les accords, où la basse résonne à travers les canettes vides, et où les voisins oscillent entre agacement et fascination.
Des soirées entières à tester des variations d’accords, à écrire des refrains qui finissent en impro, à se lancer des regards plutôt que des instructions.
Alan continue de porter les fondations, Chase sculpte le rythme, et Dave, lui, glisse au-dessus comme une ombre lumineuse.
« C’est Dave qui nous a fait comprendre qu’on pouvait être doux sans être faibles. » — Chase
Ils jouent dans des salles de quartier, dans des bars tièdes, parfois devant six personnes, parfois devant trois. Mais toujours avec cette sensation de construire quelque chose d’invisible mais solide. Quelque chose d’inévitable.
Ils sont trois. Mais ils ne le savent pas encore : il manque encore une pièce au puzzle.
Et cette pièce va débouler en juillet 2019.

Juillet 2019. Un mini-festival à Brighton, organisé à la va-vite par une association d’étudiants désargentés et idéalistes. Trois scènes montées sur des palettes, des food trucks dévalisés à 17 h, un vent marin qui joue avec les câbles. Les Spilders — enfin, Alan, Chase et Dave — passent à 18 h 20 sur la « Green Stage », coincée entre un stand de frites artisanales et une tente de poésie militante.
Le concert est honnête, chaleureux. Dave est concentré, Chase nerveux, Alan déterminé. Il manque quelque chose. Un ancrage. Un battement profond.
Dans le public clairsemé, un grand blond en blouson élimé observe en croisant les bras. Quand le groupe termine et que Pete Halberg les rejoint pour désinstaller, le blond s’approche, désigne la scène et lance :
— Il est où votre batteur ? Il a la grippe ?
Chase répond du tac au tac :
— Non, il est fictif. Comme notre succès. Le rythme est dans nos guitares.
Le blond éclate de rire.
— OK. Laissez-moi essayer.
J’vous écoute depuis tout à l’heure. Vous avez une chose rare : vous jouez comme si vous étiez seuls au monde. Ça me plaît. On tente ?
Je tape deux fois, et si ça ne colle pas, je me barre.
Il tape deux fois.
Il reste.
Il s’appelle Chris. 24 ans. Batteur depuis l’enfance. Ex-membre de plusieurs groupes éphémères. Toujours trop bruyant pour les petits ensembles de folk, trop mélodique pour les punkers, trop instable pour les profs de batterie. Mais ce soir-là, il s’installe derrière la vieille batterie laissée là, fait un roulement d’essai, ajuste une pédale,
et regarde les trois autres :
— Balancez un truc. J’attrape en route.
Ce qu’il attrape, il ne le lâchera plus.
La première impro est désordonnée, sale, brillante. Chris tape comme s’il avait attendu dix ans ce moment. Alan le regarde, puis regarde Chase. Dave ne sourit pas, mais ses solos s’enroulent comme des serpents confiants.
« On a compris que notre tempo venait d’arriver. » — Chase
Chris n’est pas là pour faire joli. Il ne veut pas juste tenir la mesure : il veut en imposer une. Il ponctue, relance, bouscule. Il insuffle une nervosité nouvelle. Une urgence.
Il rejoint les répètes sans y être invité officiellement. Il arrive avec des baguettes, des idées, et une bouteille de ginger beer. Il dort parfois dans le garage, après les sessions, roulé dans un plaid à carreaux, les chaussettes sur les toms.
Le groupe gagne en densité. En volume. En audace. Chris pousse Alan à sortir de ses schémas, bouscule Dave hors de ses zones de confort, défie Chase dans ses riffs.
« Il est arrivé comme un bulldozer dans une serre. Et il a planté des roses. » — Alan
Avec lui, le nom « The Spilders » prend racine. Ils n’ont encore rien signé, rien publié, mais ils savent. Le puzzle est complet. Il ne reste plus qu’à le faire vibrer.
Chris n’est pas seulement un batteur. Il est un ciment, un moteur, un poil à gratter glorieux. Il parle fort, rit encore plus fort, et joue comme si sa vie en dépendait.
L’été 2019 passe dans une frénésie de répètes, de petits concerts, de premiers enregistrements foireux mais prometteurs.
Et fin septembre, ils sont prêts. Prêts à se jeter dans le vide à quatre, sans parachute, mais avec un groove en béton armé.

Entre l’été 2019 et le printemps 2024, les Spilders sont passés de garage enfiévré à groupe un peu connu localement, sans jamais vraiment chercher à plaire — mais toujours à jouer.
L’arrivée de Chris avait scellé l’unité. À quatre, ils trouvaient un équilibre inattendu : deux cerveaux mélodiques, un cœur rythmique, une âme lead. Ils répétaient sans relâche dans le garage d’Alan, qu’ils aménagèrent progressivement : tapis de sol, mousses acoustiques récupérées, un vieux frigo rempli de bières tièdes. C’était leur studio, leur abri, leur cocon sonore.
Puis 2020 est arrivé. Le Royaume-Uni a vacillé, comme le reste du monde. La Covid les a forcés au silence. Le garage est resté fermé des mois. Alan a tenté d’écrire seul, Chase enregistrait des démos sur un dictaphone. Dave, confiné chez ses parents, envoyait des riffs par e-mail. Chris, frustré, tapait sur des cartons de livraison.
Le groupe ne s’est pas brisé. Il s’est distendu, comme un muscle au repos. Et au printemps 2021, ils sont revenus. Changés. Plus mûrs. Plus affamés.
Ils ont recommencé à jouer, à répéter, à composer. Ils ont intégré dans leurs morceaux cette colère douce née de l’isolement, cette envie de rattraper le temps suspendu. Ils ont écumé les petites scènes du sud de Londres, de Croydon à Brixton, parfois même en première partie de groupes plus anciens qui les regardaient de travers.
Leur notoriété locale a grandi, lentement mais sûrement. Le nom "Spilders" circulait dans les cafés, les lycées, les blogs de musique indé. On parlait de leur sincérité, de leur énergie sans fioriture, de cette manière qu’ils avaient de parler à tout le monde sans chercher à convaincre personne.
Ils ont envoyé des maquettes à des labels. Plusieurs les ont ignorés. D’autres ont répondu par des mails cordiaux, bourrés de compliments stériles : « Un son intéressant, mais difficile à placer dans nos priorités actuelles ». Chase a encadré l’un d’eux au mur du garage. Il est maintenant en bonne place dans le bureau de Pete.
Car Pete Halberg, fidèle mentor, continuait de croire. Il les poussait, les guidait, tempérait les egos quand il le fallait. Il leur répétait : « Il ne faut pas courir après la lumière. Elle finit toujours par tomber sur ceux qui brillent dans le noir. »
Et puis, un soir de février 2024, il reçoit un message d’un vieux contact. Un petit label indépendant cherche du sang neuf. Pete envoie quelques morceaux. Trois jours plus tard, Rachel Ives décroche son téléphone.
Le rendez-vous chez HITE est fixé au mois suivant.
Et les Spilders, sans le savoir, sont sur le point d’allumer la mèche.

Interlude 3
Un diner pour Dave
Londres, été 2017. Dave a 16 ans. Il est encore élève au lycée local, alors que Chase et Alan sont déjà à l’université (du moins sur le papier...).
Il a rencontré les deux futurs Spilders quelques semaines plus tôt, à un atelier musical à Croydon, organisé par la mairie pour les jeunes artistes locaux.
Il a improvisé un solo de guitare sur une reprise de Radiohead, et les deux autres sont venus lui parler. C’était parti.
Mais chez lui, c’est plus compliqué.
Ses parents, Lydia et Thomas, deux enseignants respectables du secondaire, ont vu débarquer dans leur salon un samedi après-midi un gamin aux yeux brillants qui leur parle de musique, de répètes, et de deux types de 20 ans qui lui “ouvrent des perspectives”.
Ils trouvent les Spilders “sympas” en apparence mais suspectent une influence “bohème à la dérive” — surtout après avoir découvert qu’Alan a arrêté son cursus d’Histoire et que Chase a des “projets flous” autour de la philosophie orientale et du rock garage.
Le hasard fait bien les choses : une nouvelle édition de la Greenhill Fair approche, une sorte de kermesse annuelle avec scène montée en palettes, enfants courant dans les herbes, et barbecue pas vraiment halal.
Cette fois, Alan, Chase et Dave sont inscrits comme “mini-groupe invité” sous le nom totalement improvisé de “The Three Gins” (d’après une bouteille vide posée sur l’ampli).
Et ce samedi-là, dans la lumière dorée d’un après-midi anglais entre deux averses, les parents de Dave voient leur fils sur scène.
Et ils voient aussi les deux autres.
Ils voient Chase, sourire en coin, balancer ses accords rythmiques avec une nonchalance étudiée, et Alan, concentré, mélodique, aux aguets de la ligne de basse.
Et Dave, au milieu, qui respire enfin.
C’est en fin d’après-midi, alors qu’un food truck vend des fish & chips détrempés à côté d’un stand de tisanes locales, que les parents d’Alan et de Chase proposent de “faire connaissance”.
On finit dans un pub calme à l’écart, le Chestnut Mare. Une grande table, six adultes, des pintes de bitter et du cottage pie.
Et des rires qui fusent.
Parce que Lydia découvre que Chase fait du piano et aime Chopin.
Parce que Thomas apprend qu’Alan fait lire Shakespeare à Dave.
Parce que tous réalisent que ces garçons-là ne sont pas des fous furieux, juste des passionnés, et que les répétitions se font dans le garage parental d’Alan, avec un vieux plaid pour étouffer le son de la caisse claire.
Le soir-même, dans la voiture, la mère de Dave dit doucement :
- Je ne suis plus inquiète. Je crois que ces garçons le respectent.
Et le père, en démarrant, ajoute :
- Et qu’il se respecte plus lui-même quand il est avec eux.
Chapitre 4
17 mars 2024 : L’allumette et la mèche
Tout commence avec un fichier audio, mal nommé, mal mixé, mal exporté. Il traîne dans la boîte mail de Laren de Valduc, adressé par Pete Halberg sous le titre « Juste écoute ça. »
Laren clique, presque par politesse. Quelques secondes plus tard, il appelle Rachel Ives :
— Mets un casque. Je t’envoie un truc. Ça pue l’erreur de jeunesse, mais ça griffe là où il faut.
La chanson s’appelle « Oddin’s Visions ». Une voix rauque, éraillée, comme sortie d’un rêve fiévreux, portée par une basse ondulante et une guitare qui vacille entre lucidité et vertige. La voix, c’est Chris. Il ne chante pas, il projette. Alan soutient, Chase fait grimper l’ensemble par strates. Le son est imparfait, mais il y a quelque chose. Une sincérité. Une urgence. Comme un cri maîtrisé.
Rachel hausse un sourcil, puis deux. Elle rappelle :
— Si ces mômes savent faire ça avec un micro USB et une batterie en carton, imagine avec du vrai matos.
Elle réécoute seule, deux fois. Puis une troisième fois, dans la pénombre de son bureau, en fermant les yeux. Quelque chose se passe. Ce n’est pas parfait, mais c’est vivant. Et elle sait ce que ça vaut, aujourd’hui.
Quelques jours plus tard, Pete Halberg entre dans les bureaux de HITE Records à Soho. Il a ce sourire discret des instants décisifs.
— Ils n’ont pas de nom officiel, pas de book, pas de manager. Mais ils ont quelque chose que les autres ont perdu.
Laren hoche la tête. Rachel acquiesce. Ce n’est plus une question de style ou de marché. C’est une nécessité artistique. Ils doivent les entendre en vrai.
Alan, Chase, Dave et Chris reçoivent l’invitation comme un orage en mars. Mi-incrédules, mi-surexcités. C’est Rachel elle-même qui les appelle. Alan reste poli. Chase fait une blague nerveuse sur leur logo inexistant. Dave se gratte l’arrière de la tête. Chris hurle dans le combiné : « Putain, on arrive ! »
Le soir même, ils se retrouvent au garage pour répéter. Ils ressortent "Country Miles", peaufinent "Easy Hearts", et ajoutent une improvisation instrumentale qu’ils nomment "Tape Loop". L’ambiance est tendue, électrique, mais joyeuse. Ils savent qu’ils ne sont pas attendus — et que c’est peut-être leur chance.
Le matin du rendez-vous, ils prennent le tram jusqu’à East Croydon, puis le métro. Leurs étuis cognent les genoux des passagers. Chase se plaint du poids de sa flight case. Chris bat la mesure sur ses genoux tout le long. Alan ne dit presque rien. Dave lit les panneaux, comme s’il voulait tout retenir.
Arrivés à Soho, ils errent un moment, en tournant dans les rues encore endormies. Le nom « HITE Records » n’est écrit nulle part. Juste une sonnette, sans fioriture. Pas de façade brillante. Juste une porte.
Pete les attend devant, les mains dans les poches. Il leur fait un signe de tête.
— Vous êtes prêts ?
— Non, répond Chase.
— Tant mieux.

Et c’est là que l’histoire prend vraiment naissance.
Ils entrent.
Le hall sent le bois ciré, la laine mouillée et la poussière d’idées. Quelques vieilles affiches aux murs rappellent des signatures oubliées ou jamais distribuées.
Rachel Ives, la directrice artistique, vient à leur rencontre. Tailleur noir, chignon légèrement flou, lunettes rondes. Elle dégage une élégance froide, presque musicale. Chase la décrira plus tard comme une “postpunk bibliothécaire envoûtante”.
Il ne peut s’empêcher de chuchoter à Chris, en désignant sa broche en forme de guitare :
— Tu crois qu’elle joue… ou qu’elle catalogue ?
— Elle peut cataloguer ce qu’elle veut, c’est Dave le plus sexy ici , répond Chris, hilare.
Rachel sourit. Elle a entendu.
Puis descend Laren de Valduc, cofondateur du label. Costume anthracite impeccable, lunettes fines, calme monacal.
— Pete ! Trente ans que tu ne changes pas… Tu continues à ramener des gamins qui mettent le feu avec une boîte d’allumettes.
L’atmosphère se détend aussitôt. Les garçons déposent leurs sacs, Chris étire les épaules, Chase tripote machinalement les potards de sa Télécaster. Alan observe tout, silencieux. Dave pianote sur ses doigts une mélodie qui lui tournait dans la tête.
Laren se penche vers Rachel et souffle, à voix basse :
— Tu les sens comment ?
— Bruts. Ensemble. Comme s’ils se connaissaient depuis toujours.
Pete, lui, se tient un peu en retrait, le regard serein.
— Je vous amène quatre allumettes… À vous de voir si vous avez la bonne mèche.
Le feu ne va pas tarder à prendre.
Les garçons sont installés dans un petit studio vitré, murs couverts de guitares, amplis bringuebalants, une boîte à rythme cabossée sur la table. De l’autre côté de la vitre, Rachel, Laren et Pete observent.
Alan prend la basse. Chase accorde sa guitare. Dave régle sa Gibson. Chris s’installe derrière la Tama prêtée par le studio, frappant un roulement léger sur le bord de la caisse claire. Sans cérémonial, ils se lancent.
Pas des maquettes. Pas des prestations. Des morceaux vécus, vibrants, encore rugueux, mais terriblement vivants. Des cris d’âme unis par un groove presque organique.
Au deuxième titre, Rachel pose son carnet. Laren ferme les yeux. Pete sourit comme un père content de voir ses enfants piloter un avion qu’il aurait dessiné en rêve.
Quand le dernier accord s’éteint, un silence. Puis Laren, simplement :
— Rejoignez-nous.
La suite se passe dans une autre pièce, autour d’un café tiède et de quelques biscuits mous. Rachel et Laren prennent Pete à part.
— Ils sont encore bruts, dit Rachel. Mais ils ont une cohésion... comme s’ils se répondaient avant même de se parler.
— Et ils écrivent. Tous. Pas des tubes. Des chansons vraies, répondit Pete. Il faut leur laisser le temps de se casser les dents pour apprendre à mordre juste.
Chris, en se servant un café trop amer, glisse à Chase :
— Tu crois qu’elle dort avec ses lunettes ?
Chase éclate de rire :
— Elle ? Non. Mais avec ses partitions, sûrement.
Ils rient. Quelques silences complices. Puis Laren prend la parole, direct :
— Chez HITE, on ne signe pas vraiment. On s’engage. On vous propose un studio, un soutien technique, un regard extérieur, mais tout ce que vous créez vous appartient. On est là pour aider, pas pour encadrer.
Rachel ajoute, avec un sourire :
— Mais si vos parents insistent pour voir un papier, on leur en imprimera un joli.
Alan hausse les épaules. Dave sourit. Chase ouvre une bière. Chris tapote une boîte d’archives avec des baguettes invisibles.
Rachel repose sa tasse de café, les yeux fixés sur le carnet froissé que Chase a posé sur la table.
— Vous avez un nom de groupe, au moins ? demande-t-elle.
Un silence. Les quatre garçons échangent un regard. Puis Chase lance, mi-gêné, mi-provocateur :
— On en a testé quelques-uns… “The Night Pushers”, “Basement Poets”, “Croydon Line”…
Alan hausse les épaules :
— Et puis y a "The Spilders"… Un jeu de mots à la con. Spider (araignée) + To Spill (renverser). Comme nous, quoi : un peu tordus, un peu trop pleins.
Alan ajoute, un peu plus sérieux :
— Mais ça nous ressemble. On n’est pas des modèles. On déborde. On déborde de sons, de mots, d’envies.
Rachel les regarde longuement, puis prend son stylo, tourne lentement une feuille vierge et écrit en lettres droites et nettes :
“17 mars 2024 – Début de l’aventure avec The Spilders.”
Elle souligne deux fois le nom, puis relève la tête :
— C’est bancal. C’est piquant. Et ça s’écrit en italique. J’adore.
Un petit silence. Puis Chase :
— Attendez, vous validez ?
Rachel sourit.
— Je valide.
Chris tape dans ses mains, Dave sourit franchement, Alan hoche lentement la tête. Le nom est scellé.
Pete, en retrait, lâche simplement :
— C’est une bonne table. À vous d’y jouer vos cartes.
Ils sortent sans contrat. Mais liés.

Une fois la porte de HITE refermée derrière eux, ils restent un instant figés sur le trottoir. Pas un mot. Juste le bruit de la circulation, le chant lointain d’un oiseau désorienté, et leurs cœurs qui battent trop fort pour qu’ils s’entendent penser.
Ils marchent d’abord en silence. Quelques rues à pas feutrés, presque furtifs. Comme s’ils craignaient que Rachel ou Laren les rappellent pour leur dire qu’il y avait eu erreur. Comme s’ils sortaient d’un rêve fragile, et qu’un mot trop fort pouvait les réveiller.
Puis, au coin de Greek Street, Chase explose :
— PUTAIN LES GARS ! ON L’A FAIT !
Il lève les bras, sa guitare manque de percuter un cycliste. Chris éclate de rire, renversant son sac de baguettes. Alan, même Alan, sourit à pleines dents. Dave, lui, sort un carnet et y griffonne un mot qu’il ne montra pas.
Pete les rejoint à l’intersection suivante. Il avait gardé son calme jusqu’ici. Mais en les voyant sauter comme des gosses, il ne peut s’empêcher de hurler :
— MERDE, VOUS ÊTES DES FOUS ! VOUS ÊTES DES FOUS ! MAIS VOUS ÊTES DEDANS !
Ils rient, se cognent les épaules, font un cercle rapide et absurde, au milieu d’un trottoir qui n’avait rien demandé. C’est ridicule. C’est parfait.
Ils entrent dans le premier pub ouvert : *The Old Jack’s Taproom*. Une odeur de houblon, de plancher usé et de promesses envolées. Alan paie la première tournée, Chase se plante au jukebox. Dave réclame des cacahuètes. Chris tente d’improviser un beat avec deux sous-bocks.
Ils portent leurs pintes et, presque naturellement, prononcent la phrase :
— Un pour tous…
Et tous, en chœur :
— Tous pour un.
Ils savent que ce n’est pas qu’un cri de fanfare. C’est une règle. Une promesse. Toutes les décisions désormais devront être prises à l’unanimité. Pas d’ego. Pas de soliste sans accord collectif.
Alan, calmement, pose son verre et dit :
— On ne peut pas préparer les enregistrements ici ou dans le garage. Pas maintenant. Il nous faut un endroit. Un vrai.
Il marque une pause.
— Couveyres’ Hill.
Les trois autres le regardent.
— La vieille maison de mes grands-parents, dans le Sud. Elle est vide. Perdue dans les prés et les collines. De la place, du silence, du temps. On y allait quand j’étais gosse. On y écrivait des poèmes sur les murs, avec ma sœur.
Chris siffle.
— Poétique. Mais y a l’électricité, au moins ?
— Une vieille ligne. Suffisante pour brancher un ampli. Et chauffer un café. Pas plus.
Dave hoche la tête. Chase hausse les épaules.
— Ça me va. Si on peut faire du bruit jusqu’à trois heures du mat, je suis partant.
Ils trinquent.
Et ce soir-là, dans un pub oublié, les Spilders décidèrent que leur premier album naîtrait dans une maison perdue, loin de tout, mais pleine de ce qu’il fallait : eux.

Les Studios HITE Records de Londres
Interlude 4
Les murmures de Sansac
À Sansac, charmant hameau d’East Sussex, niché entre les collines et les brumes, le temps s’écoule lentement, au rythme des tondeuses à moutons et des cloches d’église. On y cultive les traditions avec amour, le jardinage avec fierté et la méfiance envers les jeunes chevelus avec méthode.
Juste après la scène émouvante où les garçons décident de travailler sur les morceaux de leur premier album dans la maison de campagne des parents d’Alan, des rumeurs commencent à circuler dans le petit village. Entre le facteur, la coiffeuse, et un certain Michael Barbey (ancien instituteur à la retraite qui pense qu’un groupe de rock est synonyme de sabbats sataniques), chacun y va de son interprétation. On parle de jeunes débraillés venus « réveiller les pierres », d’un culte New Age, ou d’un tournage porno déguisé.
Alors, quand la rumeur enfle que la « vieille maison », Couveyres’ Hill, jusqu’alors un peu délaissée depuis le décès du grand-père d’Alan, allait de nouveau vibrer de voix, mais aussi de guitares et de battements de batterie… les réactions ne se font pas attendre.
Le maire, Reginald "Reggie" Farrow, se fendit même d’un rapport au Chief Constable de la Sussex Police s’inquiétant de l’arrivée de "quatre garçons dans le vent" sans autorisation préalable.
Au bout de quelques jours , la réponse lui revient :
« Monsieur le Maire,
Je fais suite à votre courrier daté du 17 mai dernier concernant les rumeurs circulant à Sansac au sujet de l’arrivée prochaine d’un groupe de musiciens dans la propriété de Couveyres' Hill.
À ce jour, je vous informe que ni Monsieur Alan, ni ses « associés » ne sont connus de nos services. Aucun signalement, ni plainte, ni procédure n’est en cours les concernant.
Je prends toutefois bonne note de vos préoccupations quant à la tranquillité de votre commune et me permets de vous rappeler que la Sussex Police reste, bien entendu, à la disposition des autorités locales en cas de perturbation avérée à l’ordre public ou d’incident nécessitant notre intervention.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le Maire, l’expression de mes salutations respectueuses.
Chief Constable John-Christopher Foylerby
Sussex Police Headquarters – Lewes »
Au Queen’s Pint, le pub du coin, les spéculations vont bon train. C’est Barry, le patron, qui l’annonce un jeudi soir :
- Y paraît qu’ils viennent de Londres. Un groupe de rock. Trois, quatre mômes, et peut-être même des filles. Le genre à fumer de l’herbe bio et jouer pieds nus dans la rosée du matin.
À la table des habitués, Arthur, ancien militaire reconverti en cynique du village, lève un sourcil :
- Qu’ils restent à Brighton, ces beatniks. Sansac n’est pas un festival de yoga et ne veut pas de rave party.
Mais dans la salle, certains sourires se dessinent. Sally, la coiffeuse aux mèches lavande, confie qu’elle aime bien l’idée d’avoir un peu de jeunesse dans le coin.
- Et puis franchement, on s’ennuie ici. Ça mettra un peu de piment en attendant la demi-finale contre Hastings.
Même les plus sceptiques se radoucissent lorsque, un soir, des accords discrets s’échappent de la colline. Rien d’agressif. Une guitare folk, une voix douce, des paroles qu’on n’entend pas bien… mais l’ambiance est paisible. Poétique. Une chaleur inconnue.
Le surlendemain, à la boulangerie, Madame Holloway, 78 ans, après avoir commandé un pain de seigle et un petit épeautre, déclare à la cantonade :
- Je ne sais pas qui ils sont, mais ils ont redonné vie à cette maison. On dirait qu’elle respire à nouveau. »
Le facteur confirme que depuis une semaine, les volets s’ouvrent tôt, la cheminée fume parfois, et il a même vu un garçon, probablement Alan, tondre et lire un carnet en marchant dans le verger.
Ce qui étonne le plus, c’est l’absence de bruit. On attendait des amplis, des cris, du grabuge. Mais non. Il y a du respect. Du calme. Même les mésanges sont revenues. Certains commencent à parler de miracle.
Alors, le dimanche suivant, Barry, le patron du pub, glisse, presque à regret :
- Faudrait peut-être leur apporter une tarte. Pour la bienvenue. »
C’est à ce moment-là que les garçons reçoivent, un peu gênés mais touchés, leur premier panier de provisions locales : confitures, pain, pommes du verger voisin, et une carte signée :
“Bienvenue à Sansac. On vous a vu à Couveyres’ Hill, et on vous aime bien.”
Et Pete, venu passer le week-end auprès de ses protégés et toujours aussi pragmatique, marmonne en déballant le tout :
- Si ça, c’est pas du buzz organique, je sais pas ce que c’est. »
Chapitre 5
Juin – Septembre 2024

Mise au vert à Couveyres’ Hill:
En sortant de chez HITE, Alan avait donc proposé de se retirer à Sansac, dans la demeure familiale : Couveyres’ Hill.
Située non loin de Hastings, la vieille bâtisse devient leur sanctuaire. Alan et Chase sont les premiers à arriver.
Le jardin est envahi par les herbes folles, la piscine est verte, le terrain de tennis impraticable. Ils passent dix jours à tout remettre d’aplomb. La journée, ils bossent la terre ; le soir, ils ressortent leurs carnets.
Parmi les feuilles gribouillées, les souvenirs de scènes de bar et des idées griffonnées à la va-vite, ils sentent que quelque chose prend forme.
Leurs compagnes, Jane et Freya, viennent rapidement les rejoindre, apportant calme, douceur, rires et raviolis en boîte.
La maison se transforme en refuge tendre, un laboratoire où la musique émerge entre deux tontes de pelouse.
Tout quitter pour essayer
Mais avant Sansac, il y avait des contrats, des boulots. Alan livrait des journaux, Chase servait des bières tièdes au 'Railway Arms', Dave donnait des cours à deux gamins rêveurs, Chris faisait de l’animation événementielle déguisé en Elvis (personne n’a osé lui demander les vidéos).
Petit à petit, tous démissionnent, avec des excuses maladroites ou des silences pleins d’aplomb. Le saut dans le vide est lancé.
La demi-finale : Sansac vs Hastings
Le 15 juin, toute la région vibre pour un événement qui n’arrive qu’une fois par génération : la demi-finale de la Coupe de l’East-Sussex.
Les Sansac Athletics, petits mais teigneux, affrontent les mastodontes de Hastings Rovers.
La première mi-temps est un siège des buts de Sansac par Hastings. 0-1 à la 23e. Puis sur un corner mal tiré, une contre-attaque fulgurante, et Sansac égalise par le jeune Kenny Fields, électricien de métier 1-1. Le second but vient d’un cafouillage comique où le ballon rebondit sur une pancarte publicitaire. 2-1. Hastings égalise sur penalty 2-2, mais à la 89e, alors que tous retiennent leur souffle, une frappe de 40 mètres déviée involontairement par le chien du gardien du stade rentre dans la lucarne. 3-2.
Exploit historique.
Le pub, les cuivres, la promesse
Le soir même, au pub The Queen’s Pint, c’était bière chaude et cris rauques. Alan et Chase, encore couverts de terre, attirés par le bruit, s’y rendent.
Un petit orchestre s’est formé au fond : le Sansac County Band. Ils jouent faux, fort et joyeux.
Leur chef, Ben Fields, le père du jeune Kenny, à tout jamais buteur mythique, propose entre deux Guinness, après qu’Alan et Chase lui eurent demandé s’il pouvait ajouter des instruments sur leurs chansons : 'On vous accompagne si c’est pas trop hurleur.' C’est le début d’une collaboration inattendue, douce, artisanale, marquée par les rires et les fausses notes tendres.
1er juillet : Dave et Chris débarquent
Le 1er juillet, la deuxième vague arrive. Dave, silencieux, posé, avec sa Télécaster. Chris, éclatant, transportant sa batterie dans une Twingo empruntée. Il lançe d’entrée : 'Trois chansons de moi par album. Pas plus. Mais vous ouvrez toujours avec l’une d’elles. » Alan, stressé par cette question depuis deux semaines, soulagé, lève les yeux au ciel et répondit : 'Deal.'
Et c’est ainsi que les Spilders se retrouvent au complet.
Les sessions d’enregistrement commencent le week-end suivant.

Les sessions d’enregistrement (juillet-août)
Ils décident de ne pas tout enregistrer d’un bloc. Certains jours, il faisait trop chaud. D’autres, trop de pluie. Le Sansac County Band ne pouvait venir que le week-end. Alors on s’adapte, on bricole, on grave ces chansons avec de la patience, de l’intuition et des horaires absurdes.
6-7 juillet – Night of Fire (Chase) : Composé avant même le Chazelet, ce morceau était un pilier des sets live depuis cinq ans. Énergie brute, texte minimaliste, riff obsessionnel. Alan dira : 'C’est un vieux pull qu’on n’ose pas jeter. Il gratte, mais il nous manque quand on l’enlève.'
8-9 juillet – Gus’ Good Times (Chase) : Un clin d’œil sincère à Aurore et Gwen, du pub "The Gus", qui les ont nourris et abrités pendant les années de vaches maigres. La ligne de basse imite le rythme du vieux frigo du pub. Les chœurs imitent… Gwen. Avec un succès douteux.
13-14 juillet – Chains of Love (Alan) : Un des morceaux joués au Chazelet. Alan l’avait écrit dans le dortoir, sur un carnet Froggy. Il a gardé les fautes d’orthographe dans les paroles.
17-18 juillet – Money Pit (Chase) : Un hommage à Uncle Albert, son piano droit et les factures sans fin. Style ragtime, mais avec des grommellements en fond. C’est Chris qui marmonne 'bloody keys' à la fin.
20-21 juillet – Easy Hearts (Alan) : Écrite pour Joëlle B. pendant leur fugace histoire. Une ballade simple, presque naïve. Chase dira : 'C’est pas du rock, mais ça la touche, alors on l’a gardée.'
22-23 juillet – Upet In The Sky (Alan) : Un hommage déchirant à Upet, la chienne décédée d’Alan. Il n’a jamais pu la jouer deux fois de suite. C’est Chase qui a enregistré les backing vocals en cachette.
26-27 juillet – Love You, Jet (Alan) : Une chanson pour les enfants de Chris. Enregistrée un dimanche matin avec Dave sur un tabouret d’enfant et Chris tapant sur une boîte à outils. Julia, Edward et Timothy rient à la fin. On les a gardés.
29-30 juillet – Whisper In The Mist (Alan) : Composée un matin de brouillard. April, sans le savoir, chantonne en arrière-plan. Sa voix est gardée. Chase lui offre un surnom qui restera : 'Lady Mist'.
2-3 août – Love At First Sight (Chris) : Le morceau qui ouvre l’album. Chris l’a écrit après une soirée silencieuse avec Susan. Tout le monde se demande si c’est pour elle. Susan n’a jamais répondu.
5-6 août – Oh, Lovely Lady (Alan) : Chanson légère et populaire, un peu rétro. C’est le tube évident. Même Chris aime le jouer, et ça, c’est rare.
10-11 août – Arthur & Susan’s Day (Chris) : Composée pour une garden party donnée par les voisins. Jouée avec le matériel du petit groupe embauché. Le père d’Arthur a demandé une copie. Il l’a reçue.
14-15 août – Turn On Your Left (Alan) : Un des seuls vestiges de la période Jessie. Alan et Chase l’ont dépoussiérée. Dave n’a jamais demandé pourquoi il n’y avait pas de solo. Il a compris.
17-18 août – Beyond Borders (Chris) : Un pamphlet contre les murs. Une explosion sonore. Chris a cassé une baguette et une peau de caisse claire. On l’a laissé hurler sur la dernière prise. Ça passe.
24-25 août – Country Miles (Alan) : La chanson des balades matinales avec Iägger. Le Sansac County Band chante les refrains. Ben Fields lance le morceau d’un ‘Go’. Alan dira : ‘C’est la maison sur disque.’
Tout était là. Dans des fichiers, sur des cahiers, dans les rires et les cernes. Le 25 août, les instruments furent rangés. Ils rentrent à Londres avec des disques durs pleins de vérité.

L'album COUNTRY MILES – Oct.24
Le 25 octobre 2024, l’album *COUNTRY MILES* sortait. Ce fut un début. Et une promesse.
Le rythme est donné, approuvé par Laren et Rachel de HITE :
- Un album tous les trimestres
- Un single les mois intermédiaires
Et des fans qui ne comprennent pas comment un groupe inconnu peut produire autant, aussi vite.
La réponse est simple : « ils ne viennent pas de nulle part ».
Ils viennent de dix années de cave, de galère, de répétitions dans le froid et de cafés réchauffés sur un ampli.
“Ce n’est pas qu’on veuille aller vite. C’est juste que les chansons ne veulent plus attendre.” – Dave
“On ne joue pas pour percer. On joue parce qu’on n’a rien d’autre qui nous tienne en vie.” – Chase
Avec HITE, ils trouvent la liberté qu’ils n’attendaient plus. Pas de pression, pas de formatage.
Juste un label minuscule… avec une oreille géante.
Autour d’eux, le “Groupe du Chazelet” s’est reconstitué.
Les 25 jeunes du camp de 2013, désormais adultes, suivent, soutiennent, relaient. Le “Groupe de la Meije” s’agrandit, accueillant les fans, les curieux, les fidèles.
Et HITE Records, dans sa minuscule structure, tient bon.
“On ne vend pas un produit. On accompagne une légende qui s’écrit en direct.” – Pete Halberg
C’est ainsi que les Spilders deviennent, sans l’avoir prévu, le groupe le plus prolifique de la décennie, et peut-être, l’un des plus authentiques.

Le groupe du Chazelet – Oct.24
Devant la boutique HITE Records de Manchester
Interlude 5
Les Lapins et les Clés
Dans les jours qui suivirent la sortie de "Country Miles", les Spilders n’eurent pas vraiment le temps de souffler. Si l’accueil médiatique se révélait tiède, les réactions sur le terrain étaient autrement plus vivaces. Et parfois, un brin surprenantes…
À Sansac, petit village de l’East-Sussex où le groupe avait enregistré la plupart des pistes, la nouvelle de l’album avait traversé les collines comme un vent d’ouest.
Au pub « The Queen’s Pint », les avis se heurtaient à coups de verres et de souvenirs. Les plus âgés saluaient “la belle énergie des gamins” — mais regrettaient qu’ils aient « un peu trop tapé dans les cymbales ».
Les plus jeunes, eux, juraient que le riff de "Country Mile"s était un clin d’œil à la rythmique des matchs de foot ou de rugby du samedi.
Mais c’est ailleurs que la tempête prit vraiment. À Croydon, au sein du Groupe du Chazelet, les débats devinrent brûlants.
Il faut rappeler que ce cercle de vingt-cinq membres, soudés depuis leur séjour dans les Alpes françaises en février 2013, formait un fan-club intime et exigeant. Tous avaient vécu les préparatifs dans la salle commune du centre de vacances et le premier concert de Chase et Alan au Chalet Municipal du Chazelet. Tous se considéraient comme les gardiens du feu sacré.
L’idée de Pete, leur manager, de transformer ce cercle d’initiés en fan-club élargi provoqua une levée de boucliers.
« Il faut s’ouvrir, créer un vrai fan-club avec adhésions, stickers, merchandising ! » lança un “ouvreur”.
« Et perdre notre âme ? Être envahis par des touristes du fandom ? Jamais ! » rétorqua un “fermeur”.
Les mots montèrent, les voix tonnèrent, les menaces de départ fusèrent. On parla d’usurpation, de trahison, de “mainmise londonienne sur l’héritage alpin”.
Pris au dépourvu, Pete en référa aux Spilders eux-mêmes, réunis en studio pour enregistrer Shadows of the Past. Autour de lui, les garçons, Laren, Rachel, Joëlle B. (venue poser sa voix), et Evie Kroll — sœur d’April et déjà confidente du groupe.
Alan haussa les épaules. Chase grogna que les histoires de fan-clubs, “c’est pas de la musique”, Chris faisait semblant de régler sa batterie. Dave, comme souvent, résuma le sentiment de ses amis:
— On peut pas décider à leur place. Qu’ils règlent ça entre eux.
Mais c’est Evie qui eut l’idée lumineuse et eut les mots justes:
— Et si on créait un deuxième cercle ? On garde le Groupe du Chazelet tel quel, mais on crée un "Groupe de la Meije", ouvert à d’autres, mais sur parrainage. Les anciens restent les anciens, et les nouveaux n’entrent pas comme dans un moulin.
Pete, flairant l’issue de crise, retourna vers les fans. Il n’était pas encore descendu de sa voiture que le parking du centre associatif grondait d’insultes feutrées :
« Nobliaux conservateurs ! »
« Fossoyeurs mondialistes ! »
Mais quand il expliqua, d’un ton calme, que “Dave était d’accord”, l’effet fut immédiat. Les regards s’adoucirent, les cœurs s’apaisèrent. Et l’assemblée adopta la proposition par acclamations unanimes.
La crise était évitée.
“On pensait que le plus dur, ce serait les maisons de disques. On avait sous-estimé le fan-club.” – Chase
“Il paraît que dans chaque fan-club, il y a deux espèces : les jardiniers et les gardiens. Les uns veulent semer partout, les autres garder la clé du potager. Heureusement, dans le monde des Spilders, on finit toujours par chanter ensemble — quitte à accorder un peu ses accords… et ses rancœurs.” – Pete
Morale de l’histoire ?
"Quand un lapin veut garder sa tanière mais que la clé traîne dans la clairière… mieux vaut inventer une double-porte".
Chapitre 6
Octobre – Décembre 2024
L’album avait été enregistré sans pression, sans producteur, sans tempo imposé. Dans la vieille maison de Couveyres’ Hill, perdue au milieu des prés, chaque morceau avait été capté comme on capte une lumière rare. Pas une prise chirurgicale. Une prise vivante.
Au retour, le groupe confia les bandes à HITE Records. Laren de Valduc, d’abord enthousiaste, proposa un mixage studio plus poussé, une correction des défauts, un polissage. Chase fronça les sourcils. Dave ne dit rien, mais sa mâchoire se crispa. Alan parla le dernier :
— Ce qu’on a enregistré là-bas, c’est nous. Si tu le nettoies, tu risques d’effacer ce qui le rend humain.
Laren hésita. Puis sourit.
— Vous ne voulez pas un album parfait. Vous voulez un album vrai.
Ils en gardèrent les accidents. Les souffles trop longs. Le plancher qui grince sur le pont de “Money Pit”. Le chant d’Alan trop fragile sur “Chains of Love”. Les petits bruits de tasses au fond de “Gus’ Good Times”.
La tracklist fut validée mi-septembre. Quatorze titres, dont dix issus des sessions de Couveyres’ Hill, deux enregistrés live dans le grenier à Croydon, et deux morceaux plus anciens réarrangés par Alan. L’album s’appellerait “COUNTRY MILES” – une référence à l’éloignement, au chemin parcouru, aux kilomètres avalés loin de la lumière.
Pete Halberg pleura en écoutant "Upet in the Sky".
La sortie fut fixée au vendredi 25 octobre 2024.
Les semaines précédentes furent fébriles. Des réunions improvisées dans les locaux de HITE. Rachel Ives discutant des visuels avec Alan, Freya et Joëlle B. Chase dessinant la pochette à la main sur un coin de nappe. Chris hésitant sur l’ordre des morceaux (Love at First Sight en intro ou plutôt Beyond Borders ?). Dave retravaillant une ligne de guitare jusque tard dans la nuit sur "Country Miles", seul dans le studio.
Ils ne savaient pas ce qu’ils attendaient. Mais ils attendaient.
Le matin de la sortie, ils se retrouvèrent dans un petit café à Soho. Il pleuvait doucement. Alan avait à peine dormi. Chase compulsait Twitter. Dave gardait les écouteurs vissés. Chris commandait des toasts pour se donner une contenance.
À 9h, “COUNTRY MILES” était disponible sur toutes les plateformes.
À 10h30, rien.
Pas une mention. Pas un article. Pas un relais presse.
Rachel appela un contact à la BBC. Silence poli. Trop d’albums aujourd’hui. Pas de place pour un quatuor inconnu avec un son brut et sans filtre. Même les blogs indépendants hésitaient : trop sincère, trop nu, pas assez calibré.
Mais à Croydon, dans les cafés, les bars, les garages, les postes de radio bricolés, on écoutait. Et au sein du Groupe du Chazelet, dans un petit groupe WhatsApp toujours actif depuis 2013, les commentaires affluaient.
« On dirait qu’ils jouent pour nous. »
« ‘Whispers in the Mist’ m’a retournée. »
« Alan m’a encore tuée avec ‘Oh, Lovely Lady’. »
Ils n’étaient pas célèbres. Mais ils étaient entendus par leurs amis. Et parfois, c’est plus précieux.
Chase le dit le soir même, autour d’une bière tiède :
— On n’a pas percé. Mais on a creusé un trou. Et j’aime ce qu’on y trouve.
Pete sourit. Il connaissait cette lenteur-là. Celle qui prend racine au lieu d’éclater.
Le feu n’était pas vif. Mais il y avait comme une étincelle.

Le Groupe du Chazelet lors de la sortie de COUNTRY MILES – Oct.24
Le week-end qui suivit, ils organisèrent une écoute privée dans le grenier de Croydon. Une trentaine de personnes, quelques bières, des coussins au sol, un ampli relié à une platine. Le groupe ne joua pas. Ils laissèrent parler les morceaux. Et, pour la première fois, ils virent leurs chansons vivre ailleurs que dans leurs têtes.
Un ancien prof de musique d’Alan, venu par curiosité, leur glissa en partant :
— Je n’ai pas tout compris. Mais vous touchez juste. Continuez comme ça.
La presse restait muette. Les radios aussi. Mais l’album circulait de téléphone en téléphone, de cœur en cœur. Rachel, avec sa clairvoyance habituelle, leur dit :
— Vous avez fait un disque pour ceux qui écoutent vraiment. Ceux qui n’ont pas besoin qu’on leur dise ce qu’il faut aimer.
Au sein de HITE, quelques voix s’inquiétaient : fallait-il relancer avec une campagne ? Ajouter un clip ? Proposer une version remastérisée ?
Laren trancha :
— On ne touche à rien. On les laisse germer.
Et pendant que les gros albums du mois, parmi lesquels Moon Music de Coldpay ou Cutouts de The Smile, faisaient la une des playlists, “COUNTRY MILES” traçait sa route. Pas à pas. Comme son nom l’indiquait.
Si “Country Miles” avait été un feu de camp discret, “Painful Road” fut l’étincelle qui échappa aux braises.

Les deux morceaux avaient été écrits peu après le retour de Couveyres’ Hill, pendant cette période étrange où le groupe flottait entre euphorie créative et vide médiatique. Alan, dans une nuit d’insomnie, griffonna les paroles de “Painful Road” sur un carnet à spirales. Une chanson douce, pleine de retenue, une confession murmurée à demi-voix, enregistrée à la basse et au piano.
Chase, de son côté, composa “Come Back Together” comme une réponse joyeuse à la torpeur ambiante. Une rythmique vive, des clins d’œil assumés aux Beatles, et un refrain fédérateur : un appel au lien, à la fête, à la musique comme ciment.
Cette fois, HITE décida de faire les choses autrement.
Laren de Valduc prit les commandes. Pour la première fois, il assuma pleinement le rôle de producteur. Il demanda à Alan de réenregistrer sa ligne de piano avec un Steinway accordé dans les studios principaux. Il isola la voix, retravailla le mix. Il proposa un pont instrumental sur “Painful Road”, suggéra une prise unique pour le couplet final.
Avec Chase, les échanges furent plus vifs. Laren voulait raccourcir l’intro. Chase refusait.
— Si tu touches à ça, tu casses le clin d’œil.
— Je ne casse rien, je coupe la nostalgie stérile.
Ils trouvèrent un compromis. Chase raccourcit d’une mesure. Laren ajouta un fade-out au lieu d’un arrêt sec.
L’enregistrement prit cinq jours. La sortie fut programmée pour le vendredi 22 novembre 2024, en hommage officieux à un autre 22 novembre, celui de 1968, date de sortie du White Album des Beatles.
Alan n’attendait rien. Il s’était même absenté pour la journée, parti voir ses parents dans le Sussex.
À 11h02, alors qu’il roulait sur une petite route du réseau secondaire humide, son téléphone se mit à vibrer sans interruption. Messages, appels, notifications.
Il s’arrêta sur le bas-côté, confus, croyant à un souci familial.
Mais non. C’était Radio Meadow, une station FM indépendante de Croydon, qui venait de diffuser “Painful Road” dans son émission matinale.
« Une pépite locale, pleine d’émotion. Le genre de chanson qu’on n’écrit qu’une fois dans sa vie », avait dit la présentatrice. Le standard avait explosé.
Alan appela Chase en riant nerveusement :
— Je crois qu’on vient de passer en radio. Et j’ai failli me foutre dans un fossé.
Les jours suivants, les choses s’accélérèrent doucement. Des blogs régionaux mentionnaient le titre. Des playlists locales sur Spotify ajoutaient “Painful Road”. Des émissions de nuit passaient “Come-Back Together” comme un clin d’œil vintage.
Ce n’était pas un raz-de-marée. Mais c’était une vague.
Et elle venait dans leur direction.
Dès la mi-septembre, alors que les dernières touches de mixage de "Country Miles" étaient encore en cours chez HITE, les Spilders avaient déjà entamé les premières sessions de leur prochain album. Un besoin presque vital d’avancer, sans attendre les réactions à l’album précédent.
Le tout premier morceau mis en boîte, le 5 septembre, n’est autre que "Free, Paul Watson!", écrit par Chris quelques jours après l’arrestation du fondateur de Sea Shepherd au Groenland. Ce fut le seul morceau enregistré à Couveyres’ Hill, tous les autres le furent dans les studios de HITE. Un titre rageur, martelé d’une batterie nerveuse et sincère, enregistré en moins de deux jours dans une fièvre militante. Chase y ajoute des textures de guitare éraillées, et Dave, un solo désenchanté. Laren, en studio mobile, capte chaque souffle. Ce morceau, diffusé en catimini le 12 décembre sur les réseaux, s’impose déjà comme un appel à la désobéissance joyeuse. Hasard ou coïncidence, cinq jours plus tard, Paul Watson est libéré.
De retour à Londres, dans les semaines, qui suivent, le groupe enchaîne avec un rythme étonnamment régulier dans les studios de HITE:
17–18 septembre : "Tears in the Woods" (Chris), chanson anti-chasse, où la forêt semble pleurer la mort des animaux.
20–22 septembre : "On My Way" (Chase), hommage à Uncle Albert, jouée d’une traite, sans presque aucune retouche.
25–26 septembre : "Glastonbury" (Alan), ressuscitée du temps de Jessie, devient une ballade psyché-pop arrangée par Laren.
28–30 septembre : "Forever and a Night" est captée lors d’un concert-test dans une salle louée devant quelques amis du Groupe du Chazelet. La version finale sera enregistrée à l’Amberlight Hall le 30 décembre.
Le mois d’octobre débute sur un autre rythme. Alan fatigue. Il est partout à la fois : briefings avec Rachel, relations presse, choix des visuels pour les singles, logistique du merchandising, questions d’ego à calmer parfois. Jane le sent moins présent, moins habité. Un soir, elle le trouve, casque sur les oreilles, le regard vide dans le salon de Couveyres’ Hill.
"Je n’arrive plus à faire silence dedans", dit-il simplement.
Le groupe ralentit. Pour le protéger.
3–4 octobre : "When a Tree Falls" (Chase), enregistré au petit matin, quand les oiseaux du domaine chantent encore.
6–8 octobre : "A Burning Vice" (Alan), un morceau introspectif sur la difficulté d’être fidèle à ses engagements de couple.
10–11 octobre : "Summer Camp" (Chase), léger, sautillant, presque enfantin.
14–15 octobre : "Thank You, Cindy" (Alan), ironique et émouvante, évoquant les années collège.
17–18 octobre : "Young & Wild" (Chase), un vrai hymne rock enregistré en une seule prise, guitare Telecaster à fond.
À ce stade, l’album est presque achevé.
Mais Alan peine à finir ses titres :
21–23 octobre : "You, I, We" est entièrement réarrangée avec Laren pour lui redonner une âme.
25–27 octobre : "I Wrote These Songs for You", titre phare de l’album, sort dans la douleur.
30–31 octobre : "Back Seat of My Car", aux paroles suggestives, donne lieu à d’interminables discussions avec Rachel. Faut-il les édulcorer ? Elle décidera que non.
3–4 novembre : "Dark Forest Theory", l’ultime morceau, écrit seul par Alan au milieu de ses lectures de science-fiction chinoise, termine l’enregistrement sur une note cosmique, troublante et brillante en hommage à Liu Cixin, l’auteur du Problème à Trois Corps.
Le mastering est lancé mi-novembre. L’album est prêt. Alan, vidé mais debout, conclut : "C’est comme une clairière. On y est arrivés, non ?"
Personne ne répond. Mais tout le monde sourit.
Après la réception encourageante de “Painful Road”, HITE proposa de profiter de la période des fêtes pour sortir un nouveau single. Chase proposa un morceau enjoué, presque naïf, qu’il avait commencé à écrire dans la cuisine de Couveyres’ Hill : “Christmas’ Coming”.

Un piano joyeux, un chœur léger, des grelots discrets. Rien d’ironique. Juste une chanson sincère, un peu nostalgique, offerte comme une carte postale sonore à ceux qui avaient cru en eux.
Pour la face B, Alan déterra une vieille mélodie écrite des années plus tôt, jamais finalisée : “Shadows of the Past”. Une ballade dépouillée, presque murmurée, sur les amis perdus, les souvenirs qui restent, les visages qu’on n’oublie pas.
C’est Rachel qui, la première, proposa que la chanson devienne un duo.
— Et si Joëlle B. chantait dessus ?
Laren leva les yeux de ses notes. Alan hésita. Mais Dave, toujours lui, trancha :
— C’est une chanson sur les liens. Elle en fait partie. Alors oui.
L’enregistrement se fit en un après-midi. Joëlle entra en studio, un bonnet sur la tête, un sourire timide. Sa voix, douce mais assurée, se posa sur la seconde moitié du morceau avec une évidence presque troublante.
Lorsque la session prit fin, personne ne parla. Laren lança la lecture. Rachel ferma les yeux. Alan tourna lentement sa chaise.
Chris brisa le silence :
— C’est pas un duo. C’est un souvenir vivant.

La décision fut prise aussitôt : Joëlle B. chanterait aussi sur le prochain single, prévu pour février 2025. “When I Was a Spilder”. Un titre hommage. Une mémoire partagée.
Evie Kroll, amie intime de Joëlle et proche de Rachel, facilita les choses. Joëlle signa chez HITE. Pas comme choriste. Comme artiste à part entière.
Le single “Christmas’ Coming / Shadows of the Past” sortit le 12 décembre 2024, accompagné d’un message manuscrit diffusé sur les réseaux du groupe :
“Pour celles et ceux qu’on aime. Présents, absents, ou entre les deux. Merry Christmas.”
Les fêtes approchaient. Mais aucune pause n’était prévue.
Car quelques jours plus tard, Pete leur annonça une nouvelle qui les laissa muets :
— Vous jouez à l’Amberlight Hall, le 30 décembre. Trois mille personnes.
Alan blêmit. Chase tomba assis. Chris hurla. Dave sourit à peine, mais son regard brillait.
Ils répétèrent deux semaines d’affilée. Ils choisirent un medley d’ouverture, écrivirent un pont inédit, re-travaillèrent “Forever and a Night” avec une tension nouvelle.
Et ce soir-là, sur scène, dans un grondement de cris et de lumière, Chris ouvrit le concert avec une version live de ce morceau. Elle fut enregistrée. Et devint le premier titre du prochain album : “DARK FOREST THEORY”.

Le feu couvait encore. Mais il avait trouvé de l’oxygène.
Interlude 6
« Mais c’est Chris, non ? »
Vendredi 10 janvier 2025, 23h57.
Comme chaque semaine, dans un pavillon modeste de la banlieue nord de Manchester, Jack, un chaudronnier à la retraite, termine sa journée dans le salon encore tiède. La télé diffuse les dernières minutes de "Later… with Jools Holland" sur BBC2. Il ne raterait ça pour rien au monde.
À ses côtés, sa femme s’est endormie dans son fauteuil, les lunettes glissées sur le nez.
Dans la cuisine, leur fille — infirmière célibataire, de garde jusqu’à 22h — mange à la va-vite un plat réchauffé tout en scrollant sur son téléphone.
Et soudain, Jools annonce, d’un ton complice:
« Et maintenant, venus de Croydon… un groupe dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, mais que vous suivrez bientôt partout.
Voici The Spilders, dans une version live de "Forever and a Night", enregistrée il y a quelques jours à l’Amberlight Hall… »
Jack regarde d’un air distrait. L’image apparaît. Lumières chaudes, salle comble. Et là, au centre de la scène, un blond massif tape comme un damné sur sa batterie tout en chantant avec rage et ferveur.
Le retraité fronce les sourcils.
Il croit connaître ce visage… Il lui semble le voir chaque semaine… N’est-ce pas lui qui l’a même aidé à porter un meuble dans sa voiture, l’été dernier ?
Il secoue sa femme.
— Eh, Maggie, réveille-toi. Dis donc, tu le reconnais, ce type-là ?
— Mmh ? Quoi ? Qui ?
— Ben là, le grand blond qui tape et qui chante comme un fou dans un groupe de Croydon !
Elle ajuste ses lunettes. Regarde. Cligne des yeux.
— Non, je ne crois pas. On ne connaît personne à Croydon.
— Mais c’est pas la question. Je te demande pas où il vit, je te demande si on le connaît ?!
—Tu commences à m’énerver avec tes reconnaissances faciales à minuit passé… !
À ce moment, leur fille entre dans le salon, alertée par les voix qui enflent.
Elle se fige.
— Mais… c’est Chris ! Qu’est-ce qu’il fout à la télé, en train de chanter, en plus ?
— Chris ? Quel Chris ? répondent les deux parents en chœur.
— Ben… Chris, le mari de Susan, tu sais, la copine de boulot de maman. Je vais souvent garder leurs enfants quand Susan est de nuit et que Chris part je sais où. Ils habitent à deux maisons, en face de chez nous.
Un silence. Puis le père éclate :
— À ce Chris-là ! Je croyais qu’il bossait dans les assurances !
Le lendemain matin, tout le lotissement est au courant.
Le surlendemain, c’est tout le quartier.
Et à la fin de la semaine, Susan doit repousser trois adolescentes en extase qui traînent devant leur pelouse avec des pancartes écrites au feutre :
« Chris, Marry me! »
C’est ainsi que naissent les légendes.
Chapitre 7
Entre l’ombre et la parole
Janvier- Mars 25
I. Le murmure après la forêt
Quand *Dark Forest Theory* sort le 22 janvier 2025, les Spilders ne s’attendent pas à une révolution. L’album, fruit de leurs mois de doutes et de longues nuits à Couveyres’ Hill, est à la fois complexe et abrasif. Rien d’évident. Et pourtant, il se passe quelque chose.
Les chroniques se succèdent, de plus en plus nombreuses. *Clash Music* ouvre le bal avec un papier élogieux titré *“Sons of Fog”*. Suivent *NME*, *The Line of Best Fit*, quelques webzines indépendants d’Allemagne et de Scandinavie. Le titre *Free, Paul Watson*, en particulier, intrigue : un rock brut et politique comme on n’en entend plus.
L'album entre discrètement dans les indie charts britanniques début février, porté par le bouche-à-oreille. Sur Spotify, les streams explosent lentement mais sûrement, notamment via les playlists alternatives allemandes. HITE envoie une édition vinyle numérotée, qui se vend en trois jours.

Mais derrière les chiffres, il y a Alan. Silencieux. Fatigué. Vide.
Les interviews sont espacées. Lorsqu’il parle, ses phrases sont lentes, parfois décousues. Chase prend le relais. Dave sourit beaucoup. Chris détourne la conversation. Mais rien n’efface ce sentiment étrange : Alan s’éloigne.

Alan et Jane – Jan.25
II. En parallèle, une autre histoire commence
Dès le 6 janvier 2025, avant même la sortie officielle de l’album précédent, les premiers enregistrements pour leur prochain projet débutent dans leur studio de Brighton. Ce sera How Can You Talk?
Premier morceau enregistré : Don't Be Blind, de Chase — riff puissant, texte engagé. Deux jours plus tard, Dave signe sa toute première composition, A Simpler Life. Un titre sobre, presque dépouillé, et déjà une signature personnelle. Alan le félicite discrètement, d’un simple hochement de tête.
Le 10 janvier, Chase pose Winter’s Blizzard. Alan, à la basse, retrouve un souffle. Puis vient How Can You Talk?, qu’il enregistre le 12 janvier dans un silence presque religieux. Il ne dira rien après la prise. Il rangera simplement ses papiers.
Le 14 janvier, Chris entre en scène avec Odin’s Visions. Un morceau ancien, déjà joué lors de leur audition chez HITE, mais désormais enregistré avec la maturité acquise.
L’album se construit comme un puzzle. Laren, leur producteur, propose un rythme d’une session tous les deux jours. Ils enregistrent My Wife le 16 janvier, Rock'n Roll Men le 18, puis Atlantic Tour le 20. Le son est brut, les mots précis. Le 22, pendant que l’album "DARK FOREST THEORY" sort, ils captent Fuel The Fire dans une ambiance électrique.
La tournée allemande interrompt le travail du 5 au 9 février. Mais dès leur retour, l’élan reprend : Alan enregistre Old Age Is A Shipwreck le 11 février. Une chanson triste, presque douloureuse. Puis Little Sister, de Dave, captée le 13 février. Chase enchaîne avec Golden Sun le 15. Enfin, les dernières sessions — Dark November’s Power (Chris), Islands’ Night (Alan, Chase & Dave) — sont enregistrées à Couveyres’ Hill, entre le 18 et le 25 mars.
Tout est prêt. L’album sera finalisé dans les délais.
III. Cinq nuits pour tenir — la tournée allemande
C’est Pete, leur manager, qui avait reçu le coup de fil en janvier. Un programmateur de Berlin, séduit par "Free, Paul Watson" entendu sur une playlist indépendante, cherchait un groupe britannique capable de tourner rapidement dans cinq villes moyennes. HITE Records, flairant une opportunité, avait immédiatement validé la proposition. Pete s’était chargé de la logistique en un temps record : un van, cinq dates, deux techniciens locaux cooptés, hébergements sommaires mais corrects. Les garçons avaient hésité. Alan, notamment, n’était pas certain d’avoir l’énergie. Mais Chase, toujours prêt, avait fini par les convaincre :
“Cinq nuits, les gars. Cinq scènes. Cinq occasions de foutre le feu.”
Ils avaient dit oui. Et sans le savoir, ils s’apprêtaient à allumer bien plus qu’une étincelle.
Le 5 février, les Spilders entament une mini-tournée de cinq jours en Allemagne : Berlin, Hambourg, Cologne, Francfort, Munich. Cinq concerts, cinq soirs. Cinq villes qu’ils découvrent vraiment pour la première fois.
Le public est là. Pas massif, mais fervent. Des jeunes tatoués, des quadragénaires en manteaux sombres, des étudiants en Erasmus. Chris embrase chaque soir la scène avec "Love, Liebe", Dave surprend sur les solos de "Dark November Power", et Chase devient chaque soir un peu plus le leader visible du groupe.

Alan, lui, vacille. Certains soirs, il peine à accorder sa basse. D’autres fois, il chante comme jamais, comme s’il brûlait ce qu’il lui restait de voix. À Cologne, après le rappel, il s’effondre en coulisses. Pas un malaise. Juste… un trop plein. Le vide qui déborde.
C’est ce soir-là qu’elle apparaît. Sylvia.
Elle n’est pas de l’équipe. C’est une étudiante de Bonn, venue avec un ami technicien. Elle a un pass backstage temporaire, un sourire calme et un regard qui écoute. Elle ne dit rien. Elle tend un verre d’eau à Alan, s’assied à côté de lui, attend qu’il respire. Il la regarde. Il boit. Il hoche la tête. Rien d’autre.
Le lendemain à Francfort, elle est là encore. Puis à Munich. Sans bruit. Sans rôle. Mais personne ne s’y oppose.
Pete dira plus tard : “Elle ne prenait pas de place. Mais elle en créait.”
IV. Une chanson, un adieu ? — Le single de février
Le 21 février sort le single *When I Was A Spilder / Love, Liebe*.

Le Single "WHEN I WAS A SPILDER" – Fev.25
When I Was A Spilder, c’est Alan qui l’a voulue. Une chanson qu’il appelle « testament ». Il l’a écrite seul, en pleine nuit, à Couveyres’ Hill, la veille de leur départ pour l’Allemagne. Les paroles sont simples, presque enfantines. Des souvenirs. Des regrets. Une confession chantée à deux voix, avec Joëlle, qui a accepté de revenir juste pour ce morceau.
Le titre est déchirant. Il n’a pas de climax, pas de refrain éclatant. Juste une voix, puis deux, qui s’accrochent à des souvenirs comme à des épaves.

En face B, Love, Liebe, chanté par Chris, capté en live à Cologne, rugit. Deux langues, un seul cri. Un appel à aimer sans peur, sans barrière. La dualité est totale.
Le clip de When I Was A Spilder est tourné dans une église désaffectée, éclairée à la bougie. Joëlle y apparaît comme une ombre, Alan comme un fantôme. Le public est saisi. Certains parlent d’un adieu. D’autres d’une renaissance. Personne ne sait encore.
V. Les silences du studio
Dès leur retour à Londres, quelque chose cloche. Ou plutôt… scintille. Des affiches griffonnées à la main apparaissent dans Camden. Le disquaire de Chalk Farm vend trois exemplaires vinyles de Dark Forest Theory le matin même de leur arrivée — un record, pour lui. Pete reçoit deux mails de radios. Les garçons haussent les épaules. Chris, lui, dit simplement :
- J’crois qu’on a foutu le feu.
Après la tournée, le groupe se replonge en studio à Brighton, puis à Couveyres’ Hill. Objectif : finir d’enregistrer HOW CAN YOU TALK? Mais rien n’est fluide.
Alan ne parle presque plus. Il écrit. Il rature. Il recommence. Il reste des heures immobile, guitare sur les genoux, sans gratter une corde.
C’est là que Sylvia revient.
Personne ne l’a appelée. Elle arrive un matin, avec une valise. Pete hausse les épaules. Laren sourit. Alan ne dit rien.
Elle ne fait rien de spécial. Elle prépare du thé. Elle note des idées qu’elle entend. Parfois, elle s’endort dans un fauteuil pendant que les autres enregistrent.

Mais elle est là. Et ça change tout
Une nuit, Alan descend dans la cuisine. Il la trouve assise, carnet en main. Elle ne lève pas les yeux.
— Tu ne dors pas ?
— Pas quand la musique est vivante, répond-elle.
Il sourit. Pour la première fois depuis des semaines.
Jane, restée à Londres pendant la tournée allemande, débarque quelques jours plus tard pour passer le week-end à Couveyres’ Hill. Elle découvre Sylvia sans surprise — Alan l’en a prévenue — mais l’observe avec la prudence calme de celles qui ont déjà aimé un homme fatigué. Elle ne dit rien. Mais Alan, lui, comprend. Et peut-être qu’un jour, il lui expliquera pourquoi Sylvia lui a simplement permis de tenir.

À partir de là, il recommence à écrire. Une chanson. Puis deux. Puis trois. Pas des chefs-d'œuvre. Mais des morceaux vrais.
Dave, Chase au chant, Chris au premier plan
Sylvia, Jane et Alan au second plan
Laren adapte les prises : en nocturne, à la lueur d’une lampe, sans casque parfois, juste un micro et une guitare. Les autres suivent. Chase improvise des harmonies. Dave trouve des lignes inattendues. Chris enregistre une batterie avec des balais pour une ballade fragile.
L’album prend forme. Lentement. Par respiration.
VI. Le miroir de mars
Le 21 mars sort le second single : *We’re Torn Apart / I Believe In You*.
Face A : Alan. Une chanson brute, en accords ouverts, avec des phrases comme des gifles retenues. Il y raconte la fin d’un couple sans nom. Mais tout le monde comprend. Joëlle. Lui. Eux.
Face B : Chase. Réponse lumineuse, presque naïve, mais d’une sincérité désarmante. Un “je t’aime” adressé à Alan, au groupe, à la vie. Il la chante droit dans le micro, sans effet, sans artifice.
Les deux clips sont tournés en split screen : deux chambres, deux visages, deux mondes qui tentent encore de se rejoindre.
La presse adore. Les fans se divisent. Certains parlent de crise. D’autres de chef-d’œuvre..

Le Single "WHEN WE'RE TORN APART" – Mar.25
VII. La voix retrouvée
Fin avril, l’album est terminé.
Alan part quelques jours seul avec Jane à Couveyres’ Hill. Il laisse un mot à Sylvia :
“No one noticed you were the loudest silence I ever heard. Thank you ».
(Personne n'a remarqué que tu étais le silence le plus bruyant que j'aie jamais entendu. Merci).
Elle disparaît. Comme elle est venue.
Dave, resté sur place, compose un morceau instrumental pour lui. Une ballade douce, sans titre. Juste une guitare qui respire.
Chase écrit dans son carnet :
“On ne compose pas pour être écoutés.
On compose pour ne pas disparaître.”
"HOW CAN YOU TALK?" est prêt.

Et Alan aussi.
Pas guéri. Mais debout.
Interlude 7
“Berlin, Hambourg, Cologne, Francfort, Munich : naissance d’un phénomène”
par Iris.M. "The Red Mirror", mars 2025)
Ils étaient attendus. Mais personne — pas même eux — ne s’attendait à ça.
Quand les Spilders ont posé leurs valises à Berlin début février, ce n’était qu’une mini-tournée. Cinq dates en cinq jours, un van, des salles modestes, quelques affiches bricolées, et une équipe technique à flux tendu. Rien d'extraordinaire. Juste un groupe qui trace sa route, comme toujours, avec sérieux, tendresse, et un mélange d’idéalisme et d’épuisement lucide.
Mais ce qui s’est passé ensuite appartient déjà à une autre dimension.
L’Allemagne est tombée amoureuse.
Le groupe : une force tranquille prête à déborder
Dès le premier soir à Berlin, le ton était donné. Pas de grandiloquence. Pas de slogans. Juste quatre musiciens habités, un son brut et finement ciselé, des voix qui se croisent sans s'écraser, et cette capacité rare à faire d’une salle de 300 personnes un lieu sacré.
Chris ouvre chaque concert comme un boxeur entre dans le ring. Puissant, précis, presque sauvage. Chase, avec son insouciance contrôlée et ses mouvements désinvoltes, déclenche cris et sourires. Dave, discret, lumineux, fait l’unanimité chez les guitaristes du public. Il joue chaque note comme si elle pouvait guérir quelque chose. Et Alan — Alan... lui, il saigne en silence, mais il est là, il tient la ligne, il tend la main au public et le public la saisit.
Une complicité vibrante, une absence de posture
Ce qui frappe, au-delà de la musique, c’est l’alchimie. Pas de pose, pas de hiérarchie visible. Quatre personnalités, quatre âmes différentes, et une même pulsation intérieure. Quand ils montent sur scène, ils n’essaient pas d’être un groupe. Ils sont un groupe. Et c’est précisément ce naturel-là qui bouleverse.
Aucun d’eux ne cherche à dominer la lumière. Ils savent que c’est ensemble qu’ils la créent.
La Spildermania : un feu allumé sans prévenir
À Hambourg, le public double par rapport à la veille. À Cologne, les billets sont revendus trois fois leur prix. À Francfort, des étudiants se tatouent les initiales “T.S.” sur la nuque. À Munich, une fan brandit une pancarte : “Wir sind Spilders!”
Les réseaux sociaux explosent. Les vidéos amateures tournent en boucle sur TikTok. Une journaliste de la Süddeutsche Zeitung titre :
“Die Beatles von morgen sind schon da — und sie tragen keine uniforme.”
(Les Beatles de demain sont déjà là — et ils ne portent pas d’uniforme.)
Joëlle, l’alliée libre
Si elle ne monte que rarement sur scène pendant cette tournée, Joëlle est pourtant là, partout. Dans les coulisses, dans les vans, dans les regards. Elle soutient, elle observe, elle sourit. Elle travaille aussi à la finalisation de son propre EP, "Qui est la Belle ?", dont les extraits filtrent en Allemagne dès la fin du séjour. Elle est une présence rassurante, une grande sœur, une voix qu’on entend même quand elle ne chante pas.
Retour à Londres : le boomerang
Quand le groupe revient à Londres, quelque chose a changé. Les téléphones chauffent. Les demandes d’interviews affluent. Un disquaire de Camden qui n’avait jamais entendu parler d’eux la semaine précédente vend cinquante exemplaires de "DARK FOREST THEORY" en deux jours. BBC Radio 6 les programme en boucle. Les playlists s’ouvrent. Les majors observent.
Les Spilders ne sont plus un secret.
Et la beauté de tout cela, c’est qu’ils ne l’ont jamais cherché.
Épilogue temporaire
Alan s’est tué à la tâche pour tenir debout.
Chase a tenu la barre quand ça tanguait.
Dave a écrit ses premières chansons, en silence.
Chris a frappé comme si c’était leur dernière chance.
Et c’est peut-être pour ça que cette tournée a été un choc : parce qu’elle était vraie.
J’étais là. Pas comme critique. Pas comme journaliste. Comme témoin. Et je peux le dire sans aucun doute :
Cinq nuits ont suffi et les Spilders sont devenus un phénomène.
Pour le Red Mirror — Iris.M.
CHAPITRE 8
EN PLEINE LUMIÈRE
Le succès ne les a pas changés. Il les a révélés.
21 avril 2025 – Sortie de l’album How Can You Talk?

L’album arrive dans une atmosphère paradoxale : à la fois fébrile et silencieuse. Alan, toujours discret, ne fait aucune déclaration. Chris, en trek à Snowdonia la semaine de la sortie, poste simplement une photo de ses chaussures boueuses avec la légende : "How can you walk?". Dave partage un extrait instrumental du morceau "A Simpler Life". Seul Chase, fidèle à lui-même, multiplie les allusions cryptées sur Instagram, mêlant vers poétiques et émojis chaotiques.
Malgré cela, "How Can You Talk?" fait son chemin. Il entre directement n°7 au UK Indie Albums Chart, porté par les fans fidèles et les premiers échos critiques. Une semaine plus tard, il grimpe à n°4, puis à n°3. Le 20 mai, il est n°2, juste derrière un album surprise de Florence + The Machine. Il y restera deux semaines avant de redescendre doucement. Mais le symbole est là.
L’accueil critique est unanime. Clash Music, par la plume de Cameron Vale, parle d’un “album-maison, aux pièces ouvertes et aux fenêtres encore battantes”. The Guardian titre sobrement : “Les Spilders, au complet”. Rolling Stone UK loue la montée en puissance de Chris et Dave, et salue la finesse collective de Islands’ Nights.
Le public suit : des playlists Spotify incluent A "Simpler Life", "How Can You Talk?" et "Islands’ Nights" dans leurs sélections du mois. Les forums spécialisés comparent le groupe à une fusion entre Elbow, Blur et The National. Une vidéo non-officielle de fans illustrant "How Can You Talk?" et raillant la politique de Kennedy Jr, atteint 500 000 vues en dix jours.
Rachel Ives de HITE Records déclare dans une interview : “Ce n’est plus un pari. C’est un groupe qui s’installe.”

Les Spilders lors de la sortie de « How Can You Talk ? »
23 mai 2025 – Sortie du single Let Us Sit / Sunny Bicycle Day
Ce premier single post-album étonne. Non seulement parce qu’Alan n’y figure pas, mais aussi par son atmosphère contrastée.
"Face A – Let Us Sit" : une chanson douce-amère signée Chris, à contre-courant des titres punchy de l’album. Il y chante la solitude ressentie au cœur même des foules, une guitare sèche nue, une rythmique retenue, et une voix plus tendre que d’habitude. Les critiques saluent “un Chris inattendu, presque fragile”.

"Face B – Sunny Bicycle Day" : signée Chase, cette chanson est née d’une anecdote authentique — une balade en vélo avec Freya, cheveux au vent, dans un quartier de Brighton. Légère, insouciante, elle offre un contrepoint lumineux.
Le Single "LET US SIT" – Mai 2025
Le single ne vise pas les charts, mais ancre l’idée que les Spilders ne comptent pas se reposer sur leur début de reconnaissance. Ils avancent, doucement, à leur rythme.
Cameron Vale écrit un court billet dans The Line of Best Fit : “Let Us Sit n’est pas un tube. C’est un souffle. Et parfois, c’est tout ce dont on a besoin pour continuer.”
Fin mai, le groupe est éclaté géographiquement mais uni dans l’intention. Dave travaille depuis Londres. Alan compose tard le soir sans rien dire. Chase commence à enregistrer des démos plus satiriques. Chris, déjà tourné vers l’avenir, parle à Pete d’un nouveau morceau intitulé "You're Not Back In USSR", évoquant la situation en Ukraine et allusion évidente au "Back in USSR" des Beatles;
La lumière est là. Mais personne n’en profite vraiment. Pas encore.

Début juin – Arrivée “à l’essai” de Nicoël Jaffres
Ils ne l’attendaient pas. Et lui ne s’attendait à rien.
C’est Rachel qui a glissé son nom dans une visio, un matin de juin :
“Je vous envoie un type, un technicien du son. Il est Français et ... spécial.”
Spécial, il l’était.
Quand Nicoël Jaffres est arrivé à Soho début juin, il portait un sac à dos militaire, une vieux T-shirt des Cranberries et une boîte en bois contenant ce qu’il appelait “son cœur” : un micro binaural fabriqué maison.
Pete, d’abord perplexe, l’a installé dans la petite salle de mastering.
Chase, curieux, lui a offert une bière.
Chris l’a mis au défi de deviner quel ampli vibrait le plus dans les basses. Il a eu bon. Deux fois.
Dave a demandé s’il aimait Supertramp. Il a répondu : “J’aime les morceaux tristes en majeur.” Dave a souri.
Quant à Alan… il ne l’a pas regardé dans les yeux pendant trois heures. Mais il lui a tendu la première version brute de Carry Me Home.
Trois jours plus tard, Nicoël est revenu avec un son. Un frisson. Une piste test, où les basses ne s’entendaient pas, mais se ressentaient.
Alan a fermé les yeux. Et a dit simplement : “C’est lui.”

Le reste a suivi tout seul. Nicoël n’a rien imposé. Il proposait. Il ajustait. Il captait les silences.
Il utilisait des mots inconnus du lexique pop : granularité du silence, tension périphérique, intensité floue.
Mais les Spilders comprenaient. Ils se comprenaient.
Rachel, toujours prudente, a envoyé un contrat d’un an “renouvelable”.
Laren, surpris mais pas jaloux, a même commenté :
“Je n’ai jamais vu Alan parler aussi longtemps à un technicien du son.”
Et ainsi, sans cérémonie, sans badge, sans tambour ni flûte, Nicoël est devenu membre de la Spilders Team.
Pas officiellement. Mais tout le monde savait.
21 juin 2025 — “Beagles of Burgundy”

Le Single "Beagles of Burgundy" – Jun.25
Le mois de juin s’ouvrit sur une période de calme apparent, mais les apparences, chez les Spilders, étaient souvent trompeuses. En coulisses, l’énergie ne faiblissait pas. Trois morceaux, très différents, allaient pourtant en dire long sur les états d’âme du groupe — à commencer par ceux de Chris, Chase et Alan.
Le 21 juin, jour du solstice d’été et de la Fête de la Musique, les Spilders sortent un single caritatif inattendu : "Beagles of Burgundy / Music Day".
L’idée venait de Virginia, une amie de longue date du groupe, passionnée par la sauvegarde des chiens Beagles utilisés dans le cadre de l’expérimentation animale par certains laboratoires pharmaceutiques. L’association Beagles of Burgundy, qu’elle avait fondé, œuvrait à la réhabilitation de ces chiens dans des fermes d’accueil du sud de l’Angleterre et du nord de la France.
Touchés par la cause — et probablement aussi par l’énergie tranquille de Virginia — les quatre Spilders avaient spontanément proposé de lui reverser l’intégralité des revenus du single.
Le montant dépassa toutes les espérances. En une semaine, les téléchargements cumulés atteignirent 62 000 unités payantes, et les royalties numériques, additionnées aux diffusions radio (BBC 2, FIP, Radio Swiss Pop), permirent de générer près de 18 000 livres sterling de revenus. L’ensemble fut versé à l’association, sans la moindre déduction. Le geste fut salué par plusieurs articles dans The Guardian, Le Parisien et Der Tagesspiegel. Mais les Spilders refusèrent toute récupération médiatique. “On a juste soutenu une belle idée, rien de plus”, avait conclu Alan.

Les Spilders lors de leur visite au foyer de Virginia
28 juin 2025 – Deux singles pour deux mondes
Le 28 juin profitant de l’exode estival, HITE Records surprend tout le monde en annonçant la sortie simultanée de deux nouveaux singles extraits de "How Can You Talk?", chacun destiné à un territoire spécifique. Pour la première fois, la stratégie de diffusion devient géographique.
Le single “Spécial Espagne”, en partenariat avec le petit label indépendant catalan LuzMar Records, basé à Barcelone, comprend :
Face A : Golden Sun (chantée partiellement en espagnol et en duo par Alan et Chase, ode solaire à la Catalogne),
Face B : My Wife (interprétée par Chris, dans un registre rock romantique).
Distribué uniquement dans la péninsule ibérique et sur les plateformes latines, ce single vise clairement les vacanciers allemands, néerlandais et britanniques en Catalogne, où les Spilders jouissent d’une popularité grandissante et devient très vite un tube d'été inattendu. Les radios locales l’adoptent, notamment à Barcelone, Valence, Cadix et Palma. Le clip, tourné en partie à Sitges quelques semaines plus tôt, accentue la chaleur du morceau.
Les retombées sont immédiates : Golden Sun entre dans le Top 50 espagnol et atteint la 3e place à la mi-juillet. Le public européen en vacances sur les plages andalouses, catalanes et baléares adopte la chanson.

En parallèle, sort le single “Reste du Monde”, avec :
Face A : Islands’ Nights (morceau lumineux co-écrit par Alan, Chase et Dave, unanimement salué dès la sortie de l’album comme un sommet discret mais magistral, l’une des très rares créations chantée à trois voix),
Face B : My Wife (à nouveau, mais cette fois dans une logique de visibilité internationale pour Chris qui complète ainsi le quatuor).
Ce single est largement diffusé au Royaume-Uni, mais également en France, Allemagne, Benelux, Italie et Scandinavie. Il entre dans les playlists indie d’Apple Music et Spotify dès le 1er juillet.
Le morceau, salué pour ses harmonies aériennes et sa structure à trois voix, devient le préféré des chroniqueurs “indie sentimentaux”. Un critique allemand écrira : “C’est comme si Elbow et Midlake s’étaient souvenus qu’ils avaient un cœur.”
Au Royaume-Uni, le morceau atteint la 7e place du UK Indie Chart le 12 juillet, confortant la reconnaissance critique de l’album et montrant que les Spilders, tous auteurs-compositeurs-interprètes peuvent séduire bien au-delà de leurs fans historiques.
La presse britannique et européenne souligne la cohérence du groupe, la qualité de la composition et le fait que chaque membre est mis en avant.

Pour HITE Records, c’est un double coup réussi. Le groupe ne se repose pas sur son succès précédent, il l’étire intelligemment et est visible partout — mais sans surexposition.
Et ce n’est que le début.
Un morceau allait profondément marquer les mois suivants : "Carry Me Home".
Alan l’avait commencé seul, au piano, un soir de pluie en mai à Couveyres’ Hill. L’idée lui était venue après une dernière lettre de Sylvia, sobre mais impossible à oublier. Il n’en parla à personne. Ni du message, ni de l’émotion qu’il ressentait à nouveau. Il composa le morceau en deux nuits, enregistra une démo en solo, puis rangea le tout dans un dossier nommé “CMH_v1”.
Ce n’est que plus tard qu’il se décida à le faire écouter aux autres.
Et bien qu’ils ne le disent jamais, tous comprirent à qui était dédiée cette ballade lancinante, lumineuse dans sa tristesse.
Alan, pour la première fois depuis des mois, se remettait à écrire. Et sans le savoir encore, venait de tracer la première ligne de son propre rebond.
Loin du bruit et des chiffres, les Spilders prennent du recul. Dès le 1er juillet, chacun entame un temps de pause. Chris part avec Susan et les enfants dans les Highlands écossais. Dave s’offre une parenthèse romantique avec April à Paris puis dans la vallée de la Loire. Alan et Chase, inséparables, s’envolent pour la Catalogne avec Jane et Freya. HITE leur a réservé une villa sur les hauteurs de l’Ametlla de Mar.
C’est dans cette période suspendue que l’impact grandissant du groupe se fait sentir dans les lieux les plus inattendus — mais cela appartient à une autre page de cette histoire.
Dans l’ombre de ces vacances, pourtant, le travail continue. Des visios régulières sont organisées, notamment avec Chris, toujours volontaire, et Nicoël Jaffres, déjà présent lors de l’enregistrement de "Carry Me Home" et pressenti pour superviser la prochaine session de studio.
Cameron Vale, invité discrètement à la villa catalane, observe, prend des notes, sans idée encore de ce qu’il en fera.

Rien n’est figé. Le calme est relatif. Mais le silence est volontaire. Les Spilders reprennent leur souffle.
25 juillet 2025 – Sortie de "Carry Me Home".
Tout ce qui précède mène à cet instant.
Le Chazelet. Le garage de Croydon. La kermesse de Dave. Le festival de Brighton avec Chris. Le rendez-vous chez HITE. Les premières maquettes. La mini-tournée allemande. Le burn-out d’Alan et le relais de Chase. Les silences. Les regards entre frères. Couveyres’ Hill. Sansac. Country Miles.
Et maintenant, ce 25 juillet 2025, un seul titre : *Carry Me Home*.

Le Single "CARRY ME HOME" – Jul.25
La chanson arrive comme on entrouvre une porte après une tempête. Une intro sobre. Une voix posée. Alan. Entier. Calme. Vrai. Il ne revient pas en fanfare, il revient en profondeur. Et personne, absolument personne, ne s’attendait à ce qu’un morceau aussi doux, aussi simple, vienne frapper aussi fort.
Car il n’a pas seulement touché le public. Il a changé la perception du groupe, définitivement.
Une de ses particularités est l’utilisation pour la première fois d’infra-basses en musique. Cette innovation est en grande partie due à Nicoël Jaffres, tout juste arrivé dans l’équipe HITE Records, dont le frère travaille au sein de la base sous-marine de l’Ile Longue en Finistère sud (Presqu’île de Crozon). C’est ce dernier qui a soufflé l’idée à Nicoël d’utiliser une gamme de fréquences non audibles, couramment utilisées dans l’armée dans la détection des sous-marins, pour renforcer l’effet sensoriel des basses ordinaires.
Alan, interrogé discrètement, a simplement confié : “Je voulais que cette chanson se ressente dans le ventre, pas seulement dans la tête, et c’est notre ingé-son, Nicoël, qui, avec l’aide de son frère, nous a apporté la solution sur un plateau.”
Dès les premières heures, les réactions se multiplient. Sur les réseaux, les fans postent des vidéos de paysages, de visages, de silences. "Carry Me Home" devient le fond sonore d’innombrables histoires personnelles. Les forums parlent d’un "nouveau Let It Be". Même la BBC s’y met, diffusant le morceau trois fois dans la même journée.
Dans les charts, la progression est fulgurante. Le 1er août, il entre à la 12e place. Le 8 août, il grimpe à la 6e. Le 15 août, il atteint la 3e place. Et surtout, tout le monde en parle. Des journalistes, des artistes, des adolescents qui ne les connaissaient pas la veille. C’est là. Ils y sont.
Le clip, tourné discrètement quelques semaines auparavant dans une chapelle abandonnée du Yorkshire, sort deux jours plus tard. Alan y est seul, assis à un vieux piano, éclairé par une lumière dorée qui passe à travers les vitraux dépolis. Pas de mise en scène. Pas de superflu. Juste lui. Et la musique.

À Aviemore, dans les Highlands, Chris paie trois tournées générales dans un pub. Grimpé sur une table, il poste une photo du jukebox avec un mot : “ Ô Brothers !”
Dans la vallée de la Loire, Dave appelle d’abord ses parents, puis Evie à Camden, avant de lancer une visio improvisée avec le groupe. “T’as pas juste écrit une chanson, mec. T’as créé un point de bascule.”
À Londres, Pete ne décroche pas de la journée. Il envoie à Alan : “Je t’appelle demain. Ce soir, je bois à toi. Et puis à Chase, à Dave, à Chris … Il est possible que je dorme au bureau ce soir.”
Chez elle à Camden, Joëlle écoute. En boucle. Evie lui dit : “C’est lui, n’est-ce pas ?” Elle sort marcher, sans répondre.
Chez HITE, Laren regarde les streams grimper. Rachel murmure : “Comme une étoile. Et pas une étoile filante.”
À Sansac, les anciens du café demandent qu’on passe et repasse le titre. Un vieil habitué murmure : “C’est pas du bruit, ça. C’est... vrai.”
Cameron Vale, au cœur de la villa catalane, bombardé "Attaché de presse officiel provisoire", est assailli de messages, sollicitations, demandes d’interview. Il répond à tous par la même phrase : “Le morceau parle pour lui. Écoutez-le. Moi, je me tais.”

Ce 25 juillet 2025, les Spilders ont franchi un cap. Et tout le monde l’a vu. Même ceux qui ne les cherchaient pas.
25 juillet 2025 – Sortie de 'Killer Queen' (Face B de 'Carry Me Home')
Alors que le monde entier pleure de bonheur au son de 'Carry Me Home', un autre morceau, glissé en Face B comme un bonbon empoisonné, fait son petit effet dans l’ombre : Killer Queen.
Et c’est une toute autre affaire.
Chase l’a écrit en une soirée, entre deux éclats de rire et un gin-tonic corsé. Inspiré par un dîner catastrophique chez son père, où un ami de ce dernier présentait sa toute jeune épouse comme une perle tombée du ciel, Chase n’a vu qu’un scénario de polar absurde. Une veuve noire. Un vieux riche. Un surfer amant. Une clause d’assurance. Une fuite. Un restaurant. Et un chat accusé à tort.
C’est le morceau le plus ironique que les Spilders aient jamais sorti — un genre de crime song en vers rimés, emballé dans un groove désinvolte et un refrain accrocheur. Le pont final, avec la phrase : “It wasn’t me, it was the cat!” suivi de “That’s a fat cat!” a déclenché un mème viral dès le premier week-end.
Trois jours après la sortie, un mouvement queer activiste écossais du nom de The Kaledonian Queers (K.Q.) publie une image de Chase en fond avec la légende : “Killer Queen est notre hymne. Merci aux Spilders pour leur soutien sans faille.”
La toile s’enflamme. Le titre est repris dans plusieurs défilés drag. Un compte TikTok poste une chorégraphie sur le Pont de Pierre à Tours en France de la chanson avec des oreilles de chat. Succès immédiat.
Chase, interrogé par un journaliste de NME, répond, hilare : “Je ne les connais pas, mais pourquoi pas... Si ça les amuse, moi ça me va. Faut juste pas me coller des oreilles de chat.” Il termine par un clin d’œil à la caméra.
Chris s’éclate. Dave dit juste : “Chase reste Chase.” Alan, de son côté, résume : “C’est la première fois qu’on sort une Face B qui se transforme en sketch radiophonique… Mais ça nous amuse.”
La BBC 6 Music diffuse "Killer Queen" en intro d’un débat sur le glam rock queer. La chanson entre dans les classements viraux de Spotify UK et Espagne. Les fans commencent à se déguiser en “fat cat” pour les concerts.
Un clip et une rumeur. Chase aurait proposé un scénario où la Killer Queen serait jouée par Alan, déguisé, dans un film muet en noir et blanc. Alan aurait répondu : “Seulement si c’est Jane qui réalise. Et si je peux tuer le chat.”
Le studio de production californien Touchstone Films a même demandé les droits pour créer une série policière du même nom, utilisant la chanson au générique. Chase a simplement répondu: “J’espère qu’ils prendront un vrai chat.”

🏡 Le Commando Immobilier
Dès leur retour à Londres, alors que les garçons reprenaient les répétitions à Couveyres’ Hill, leurs compagnes, elles, se réunirent une fois de plus sur une terrasse ensoleillée — cette fois dans un café de Greenwich. La décision, mûrie en silence pendant les vacances, était devenue évidente.
Il était temps de prendre les devants.
On aurait pu croire à une blague, à un coup monté, à une fiction dans la fiction. Mais tout était vrai.
Ce matin-là, les quatre compagnes s’étaient installées autour d’un grand cahier quadrillé, de cafés glacés, et de tablettes pleines d’onglets ouverts. Le besoin de trouver, enfin, des lieux de vie adaptés à la nouvelle réalité ne faisait plus débat.
La tournée allemande, la montée en puissance du groupe, les regards de plus en plus présents — tout cela avait fait basculer l’équilibre fragile entre vie privée et exposition. Elles en avaient toutes conscience. Et si leurs garçons n’étaient pas encore prêts à le dire à voix haute, elles, si.
C’est ainsi que naquit le "Commando Immobilier".
Quatre femmes, quatre styles, quatre priorités.
Mais une mission commune : veiller à l’ancrage discret mais solide des Spilders, pour la suite.
Chris et Susan furent les premiers à trancher.
Avec leurs trois enfants (Julia, Edward et Timothy), ils décidèrent de quitter leur maison de lotissement dans la banlieue de Manchester. Trop petite, trop visible, trop accessible.
Leur choix se porta sur Briar Lodge, une grande maison contemporaine en pierres blondes, nichée à Rosegate Hill, à 10 minutes du centre de Harrogate.
Close de murs, avec portail automatique, vaste jardin et une maison de gardien indépendante, elle cochait toutes les cases. Les grands-parents vivraient à proximité. Les écoles du coin avaient bonne réputation. Et Susan avait été claire : elle ne suivrait Chris en tournée que si les villes visitées en valaient vraiment le coup.

Dave et April, eux, firent un saut dans un rêve ancien.
Ils posèrent leur regard sur le Château de Moncontour, perché sur les coteaux de Vouvray, à dix minutes de l’aéroport de Tours. April, canadienne d'origine, fascinée par la culture française, et le père de Dave, amateur de grands crus et rêveur de vignes, tombèrent sous le charme du domaine.
Le château, vaste et sobrement rénové, pouvait accueillir tout le monde : les parents, Evie (la sœur d’April) et sa compagne Joëlle, et bien sûr leur future famille nombreuse. La scolarisation se ferait à Marmoutier, établissement proche et renommé, déjà fréquenté par les enfants d’autres musiciens français.
Dave y vit aussi une filiation symbolique : Mick Jagger, propriétaire du château de Fourchette à moins de quinze kilomètres, avait montré la voie. Il envisagea sérieusement de passer son brevet de pilote. Ici, le commando n’avait rien à trier. Elles vinrent simplement valider. Tout était évident.

Le Château de Moncontour – Vouvray - France
Alan et Jane étaient dans un cas un peu à part.
Ils disposaient déjà de Couveyres’ Hill, à Sansac, ce havre que le village avait fini par sacraliser. Les réticences du début avaient laissé place à une vigilance protectrice presque tendre. Il n’était pas question de bouger de là.
Mais il fallait un pied-à-terre à Londres. Un lieu sécurisé, discret, dans un quartier vivant mais pas trop exposé. De préférence non loin des studios de HITE, à Soho.
Jane prit la tête des recherches, épaulée par Freya. Elles écartèrent les maisons trop tape-à-l’œil et dressèrent une shortlist sans failles.
Le choix se porta sur un duplex en attique dans Kensington Court Residences, à cinq minutes à pied de Holland Park, au 27 Goldenmead Crescent. Vue dégagée sur les toits de Londres, ascenseur privé, service de conciergerie discret mais efficace. Un lieu où les autres membres du groupe pourraient aussi loger durant les sessions londoniennes.
L’idée d’un QG d’écriture collectif flottait dans l’air, mais personne n’osa encore l’exprimer.

Restaient Chase et Freya.
Leur cas était plus flou. Ils n’avaient pas encore de ligne précise, ni d’envie arrêtée. Mais une certitude : ils ne voulaient plus habiter au-dessus d’un pub, ni partager leur boîte aux lettres avec des livreurs.
De toutes façons, ils avaient en permanence une chambre chez Alan et Jane.
Ils confièrent donc au commando la mission de trouver une maison tranquille, avec jardin, quelque part au sud de Londres. Une maison simple, chaleureuse, avec un studio pour les maquettes, et pas trop loin des petits cafés où Chase aimait écrire.
Le bien idéal semblait se dessiner à Dulwich Village, dans une petite rue arborée appelée Acorn Hill Lane. Maison en briques claires, trois chambres, studio de jardin, rosiers anciens. “On saura quand on la verra”, avait dit Freya. Et cette fois, tout le monde sut.

Il ne s’agissait pas d’excès. Ni de caprice.
Mais d’adaptation à une nouvelle réalité.
Les Spilders n’étaient plus quatre garçons dans le vent.
Ils étaient devenus, par la force des choses, des adultes à protéger.
Et personne ne s’y employait mieux que leurs compagnes.
Août 2025 – Un riff, une révolution
Ce n’était qu’un extrait.
Dix secondes, balancées sur X (ex-Twitter) le 10 août, par un compte fan des Spilders.
Le riff d’ouverture du prochain single, “In The Name Of…”, capté à la volée pendant une répétition à Brighton. Une boucle saturée, mélodique, entêtante.
En moins de quatre heures, le post fait le tour des réseaux. Et tombe sur un autre compte. Celui de Gojra.
Le groupe français, héros d’un métal éco-conscient et explosif, envoie une story sibylline : “La Révolution ? On y était. Vous n’avez qu’à l’écouter.”
Le message aurait pu passer inaperçu. Mais un journaliste de France Inter le relaie avec une précision assassine : “Référence au discours d’Alan sur la ‘révolution non violente’ ?”
Dans la foulée, une vidéo d’archive ressurgit : Alan, interrogé en mai sur les JO de Paris, déclarant qu’il trouvait “intéressant que les hymnes républicains français aient été remplacés par des morceaux plus abstraits.”
Or, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, Gojira avait joué leur morceau “Mea Culpa”, considéré par beaucoup comme une claque artistique en direct mondial.
La connexion est faite. La presse s’emballe.
Titre du Guardian : “Spilders vs Gojira – duel de révolutions”
Libération : “Riff anglais, réponse française”
NME : “Alan ne veut pas de sang, Gojira en a mis dans le riff”
Pete Halberg tente de calmer le jeu.
Chase trouve ça hilarant. Il publie un post :
“Si on avait voulu répondre à Gojira, on aurait sorti un single intitulé ‘Sea Shepherd Karaoke Club’.”
L’allusion n’était pas innocente : tout le monde savait l’engagement de Gojira aux côtés de Sea Shepherd.
Et les fans des Spilders n’avaient pas oublié que Chris avait lui-même composé en décembre 2024 « Free Paul Watson! », un morceau diffusé clandestinement pendant l’incarcération au Groenland du cofondateur de Sea Shepherd et militant écologiste célèbre pour ses actions directes en mer.
Cinq jours plus tard, Paul Watson était libéré.
Hasard ? Peut-être.
Mais certains criaient déjà à la “Spilder touch”.
Alan, lui, se contente d’un message sobre sur Threads : “Il n’y a pas de révolution contre, seulement des révolutions intérieures.”
Sur X (ex-Twitter), les fans remixent “In The Name Of…” et “Mea Culpa” dans des mashups improbables.
Un compte argentin poste une vidéo avec la mention : “Le vrai Brexit, c’est maintenant.”
Cameron Vale, interviewé au téléphone, déclare : “Je crois qu’ils se provoquent parce qu’ils s’estiment. Et aussi parce qu’ils s’amusent. Mais dans le fond, tout le monde adore le chaos.”
Le 21 août au soir, Gojira publie un GIF silencieux : un chat noir vomissant un drapeau britannique. Chase le like. Puis repost avec un seul mot : “Respect.”

Le post de Gojira et la réponse de Chase
Fin août – Déjeuner chez Gladys
Le rendez-vous a été fixé au mardi 26 août, à midi pile, dans la maison de Gladys Brantham, à Primrose Hill. Une villa discrète, entourée de glycines, avec vue sur les toits de Camden.
Sont présents : Pete Halberg, manager des Spilders, Rachel Ives, co-directrice de HITE Records, Laren de Valduc, directeur artistique du label. Et Gladys elle-même, responsable historique des finances.
La table est dressée en extérieur. Les verres sont frais, les mots choisis.
Rachel commence : “Les Spilders génèrent à présent près de 1,8 million de livres par mois. C’est à la fois magnifique… et instable. On veut solidifier les bases.”
Gladys réagit immédiatement : “Solidifier, d’accord. Diluer, non.”
Pete sourit : “Je suis là pour eux. Et pour vous. Mais il est temps de clarifier les choses. Ils ne sont plus un espoir. Ce sont des piliers.”
Laren tempère avec humour : “Et en tant que piliers, ils supportent tout l’édifice ?”
“La répartition actuelle est simple”, rappelle Pete. “50 % pour l’auteur-compositeur principal, 30 % répartis équitablement entre les quatre Spilders en tant qu’interprètes, et 20 % pour la gestion de production, incluant HITE.”
Puis il ajoute, plus doucement : “Et vous le savez, je suis rémunéré à hauteur de 10 % de leurs gains bruts, directement par eux. Cela ne vous coûte donc rien.”.
Le ton est cordial, mais les enjeux sont réels. Pete veut plus de visibilité sur la répartition des revenus à moyen terme. Il demande à ce que les Spilders aient un droit de regard renforcé sur les usages marketing de leurs titres.
Rachel propose un pacte de stabilité : les pourcentages actuels sont maintenus, mais une clause de revalorisation est ajoutée si les ventes dépassent 10 millions sur un trimestre glissé.
Gladys hésite. Puis elle demande une pause. Dans le jardin, elle fume une longue cigarette. Quand elle revient, elle dit : “Je vous accorde la clause. Mais je garde la main sur les provisions. Et je veux les rencontrer, tous les quatre, à mon bureau avant la fin septembre.”
Accord à la main, verres levés. L’ambiance se détend. Pete évoque un futur concert au Royal Albert Hall. Rachel répond qu’on pourrait y inviter Gojira, “pour faire la paix en amplis croisés.” Laren rit tellement qu’il en fait tomber un biscuit.
Rachel se penche légèrement vers Pete : “Il est temps que tu entres officiellement chez nous. Pas seulement pour les Spilders, mais pour les nouveaux talents. On pense à Joëlle, à d’autres… Tu ferais un directeur de pôle remarquable.”
Pete ne dit rien, mais son sourire suffit à laisser la porte entrouverte.
Et comme souvent chez Gladys, la dernière tasse de café est silencieuse. Mais au moment où tout le monde se lève, elle lance :
“Ne vous y habituez pas. Mais aujourd’hui, c’est moi qui fais tourner la maison Spilders.”

Les enregistrements du 4ème album : "LONELY LITTLE ONE"
4–5 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Such A Shade"
C’est une lourde chaleur qui écrase Londres ce lundi 4 août. Le studio de Soho, pourtant parfaitement climatisé, semble baigner dans une atmosphère de tension diffuse. Pas de stress négatif, non — mais l’intuition que ce nouveau projet commence sur un morceau chargé. Et c’est bien le cas.
"Such A Shade" n’est pas un titre léger. Chase l’a apporté comme une plaisanterie amère, né d’un rêve étrange et d’une vieille conversation avec Joëlle autour d’une femme mystérieuse. Personne ne connaît vraiment son identité — ce n’est pas nécessaire. Ce qui compte, c’est l’énergie brute du morceau. Un riff en cascade, une rythmique dense, des paroles acérées. Et surtout : deux voix qui s’affrontent, se croisent, s’embrasent.
Le premier jour est dédié aux instrumentaux. Dave enchaîne les prises de guitare lead, cherchant la bonne saturation. Chris donne tout derrière sa batterie, déterminé à ce que son intro sonne comme un orage. Alan, au piano électrique, pose des nappes discrètes pour épaissir le fond du mix. Pendant ce temps, Nicoël règle les micros et vérifie les harmoniques avec un petit sourire satisfait. Il sait qu’il tient là un son qu’on n’oubliera pas.
Le 5 août est réservé aux voix. Chase enchaîne les prises avec fougue, parfois provocant, parfois cassé. Joëlle, concentrée, refuse de jouer la “douce contrepartie”. Elle attaque ses parties avec une justesse glacée. À la fin d’un duo presque crié, tout le monde se regarde. Pete, en retrait, murmure : « Ça, c’est du Spilders pur jus. »
En fin de session, Laren écoute le mix casque sur les oreilles, yeux fermés. Il ne dit rien pendant deux minutes. Puis simplement :
“Premier titre. Premier coup dans la table.”
6–7 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Resolution"
Deux jours après l’électrochoc de « Such A Shade », l’atmosphère dans le studio a changé. Le 6 août, une tension plus maîtrisée s’installe. Alan arrive le premier, casque autour du cou, les doigts déjà dans l’air, comme s’il pianotait une mélodie invisible. Il ne salue personne. Il dit seulement : « Je veux du feu. Et de l’ombre. Et que ça résonne longtemps. »
Le morceau s’appelle "Resolution". Et ce n’est pas un hasard. Alan l’a écrit en une nuit, sans trop réfléchir, comme un défi lancé à lui-même. Un retour en force, avec des accords rugueux, un tempo rapide et des paroles qui claquent comme des portes. Chris sourit dès la première écoute : « T’as fumé quoi, Alan ? Du punk spirituel ? »
La première journée est une cavalcade d’énergie. Chase prend la guitare rythmique et cogne sec, comme s’il réglait un compte imaginaire. Chris, hilare, propose de doubler certaines percussions avec des objets métalliques : une chaîne de vélo rouillée et un couvercle de cocotte-minute. « Pour le réalisme industriel », plaisante-t-il. Alan, à la basse, utilise un filtre disto inédit conseillé par Nicoël, qui jubile.
Le lendemain, les voix. Alan ne veut pas de chœurs légers. « Je ne suis pas seul sur ce coup, vous me suivez. » Il chante d’une voix droite, tendue, presque tranchante. À la deuxième prise, personne ne bouge. La lumière du studio baisse imperceptiblement. Pete appuie sur le talkback et dit simplement : « C’est dans la boîte. »
Rachel, présente pour cette session, résume tout d’un regard : « Ils se sont cassés la voix. Quel pied ! »
8–9 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "The Girl on the Train"
8 août. Joëlle est arrivée à Londres deux jours plus tôt. Elle loge chez elle et Evie, à Camden, mais passe ses journées au studio. Quand elle apprend qu’ils vont enregistrer "The Girl on the Train", elle ne pose pas de question. Elle sourit seulement et dit : « J’ai une valise vocale pour celle-là. »
Alan a écrit cette chanson en pensant à une scène banale — les regards qui peuvent s’échanger entre passagers des mêmes trains se rendant chaque jour au travail, les relations qui peuvent s’y créer … ou pas. C’est une chanson obsédante, narrative, mais pas nostalgique. Une rencontre qui n’a jamais eu lieu, et qui pourtant reste entière.
Le 8 août, Dave pose des arpèges légers à la guitare acoustique. Nicoël fait ramener un vieil harmonium trouvé dans un magasin de Notting Hill. Alan l’utilise pour quelques nappes en arrière-plan, ajoutant une touche de vertige au refrain. C’est aussi Nicoël et lui qui ajoutent des samples de FX tout au long du morceau et toute l’outro est leur œuvre.
Le 9 août, les voix. Alan commence. Il murmure presque les couplets, comme si sa voix avait du mal à se remettre de la séance de " Résolution". Joëlle, elle, entre au premier pré-chorus et prend peu à peu le lead dans les refrains. Leur duo n’est pas symétrique, mais complémentaire. Elle éclaire les doutes d’Alan. Il ralentit ses élans. Ensemble, ils racontent ce qui ne s’est pas passé. Et c’est bouleversant.
À la dernière prise, tout le monde dans la cabine est silencieux. Puis Chase dit : « C’est plus qu’un souvenir. C’est une absence en chanson. »
10–11 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Midnight Magic"
La nuit tombait déjà sur Couveyres’ Hill quand Chris est descendu en chaussettes au sous-sol, avec une feuille chiffonnée à la main. « Je crois que j’ai un texte, mais… c’est chaud. » Le silence de ceux qui l’écoutent ensuite est révélateur : "Midnight Magic" est un morceau sensuel, moite, inspiré d’un souvenir brumeux et d’une conversation tardive avec Larry, le frère de Susan.
Le rythme est lent, chaloupé, presque hypnotique. Dave commence par poser des nappes de guitare en delay, puis une ligne de basse descendante qui évoque les pulsations nocturnes d’une ville en sueur. Alan, hilare mais concentré, bidouille des sons sur un synthé analogique trouvé dans le grenier du studio. Chris insiste : « Pas trop de lumière, pas de plafond sonore. Je veux une ambiance... charnelle. »
Chase enregistre deux solos, tous deux rejetés. Le troisième, un simple glissando brisé à la wah-wah, est conservé. Nicoël capte les respirations, les frottements de peau sur le tabouret, les frôlements de doigts sur le micro. « On laisse tout », tranche-t-il. « C’est vivant. »
La voix de Chris est plus posée que d’habitude, presque caressante. Il murmure plus qu’il ne chante, et les refrains montent en tension sensuelle, portés par les chœurs aériens ajoutés par Joëlle sur les dernières prises.
Le morceau se conclut sur un fondu progressif. Mais juste avant cela, un cri de Chris – mi-halluciné, mi-possédé – donne le frisson à toute l’équipe. Dave applaudit lentement. Joëlle dit simplement : « C’est la chanson la plus sexuelle du groupe. Et pourtant, il n’y a aucun mot vulgaire. »
Le lendemain matin, Nicoël a mixé la version définitive dans un silence religieux. Pete, depuis Londres, envoie un simple SMS : « Putain. »
13–14 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Light Me Up!"
13 août. À 9h du matin, Chris est déjà debout sur une caisse retournée au centre du studio.
« Cette chanson, c’est comme faire l’amour sous un orage. Et je veux que ça s’entende. »
"Light Me Up!" est tout ce qu’on attend de Chris dans son versant le plus débridé : riffs puissants, batterie qui cogne, et textes à double voire triple sens. Un morceau qui s’écoute fort, qui se crie plus qu’il ne se fredonne, et qui, dans les concerts, fera sans doute sauter plus d’un plafond.
Le 13, les Spilders sont en mode “live”. Chase chauffe la guitare rythmique comme une allumette, Dave glisse des licks déchaînés en solo, et Alan pose une ligne de basse méchamment groovy. Chris, en poste, dirige les sessions comme un général sous acide. Nicoël se bat avec la compression et la saturation pour que le tout ne vire pas à la bouillie. Mais à la pause, il a le sourire.
« On a un truc bien sale. » dit-il. Et dans sa bouche, c’est un compliment.
Le 14 août, la voix. Chris arrive torse nu, transpirant d’avance. Trois prises seulement. À la dernière, il hurle littéralement les mots « burn me down, light me up! » en frappant sur une cymbale avec un câble d’alim débranché. C’était prévu ? Absolument pas. Était-ce parfait ? Oui.
Joëlle, en régie avec Rachel, lâche : « Ce gars est un délire contrôlé. »
À la fin, Pete note dans son carnet : « Single potentiel. Mais interdit aux moins de 16 ans. »
15 août 2025 – Jour de repos
Le 15 août, le studio de Soho est étrangement silencieux.
Pas de basse vrombissante, pas de test micro. Juste les bruits lointains de la rue, les vibrations du métro, et quelques pigeons sur le toit voisin.
Chris est parti courir le long de la Tamise au lever du jour. Chase est resté dans son lit, les rideaux tirés, binge-watchant des vieilles rediffusions de Top Gear. Dave, en bon élève, est venu au studio quand même, a fait trois gammes puis est reparti boire un café avec April à Primrose Hill. Joëlle et Evie les y ont rejoints, éclats de rire garantis.
Alan, quant à lui, a simplement erré dans la grande salle vide, mains dans les poches. Il a fini par s’asseoir devant le vieux piano droit du fond, et jouer quelques accords d’un morceau sans titre. Cameron, qui passait par là avec un carnet Moleskine, a griffonné : « Le silence est une autre forme de tension. »
Nicoël, pour sa part, en a profité pour nettoyer ses racks, classer ses presets, et noter dans un coin : “Demander un compresseur à lampe à Laren. Urgent.”
À 18h, ils se retrouvent tous autour de bières tièdes et de chips froissées, dans le salon du studio. Une playlist de titres jamais sortis tourne en boucle. Pete est là aussi, chemise ouverte, lunettes de soleil à l’intérieur. Il ne dit pas un mot. Il sourit.
C’est le calme avant le reste. Et tous le savent.
16–17 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Lonesome Road Blues"
16 août. Retour en studio après la parenthèse de la veille. L’ambiance est plus calme, presque recueillie. Dave est le premier arrivé, suivi de Chase qui le salue d’un clin d’œil complice.
"Lonesome Road Blues" n’est pas vraiment un blues, ni complètement une ballade. C’est un hybride, une trace d’ancien morceau que les trois membres fondateurs jouaient à l’époque des concerts sans batteur. Mais cette fois, c’est Dave qui le mène. Il a repris le thème, réécrit certaines lignes, arrangé le pont. Il le revendique. Et les autres l’écoutent.
Le 16 est entièrement instrumental. Alan retrouve sa basse d’époque, un vieux modèle qui vibre un peu faux mais “dans le bon sens”. Chase relance ses accords de 2017-2018, sourit en les reconnaissant. Dave, concentré, règle chaque prise au millimètre. Chris, volontairement discret, joue au plus simple. « Laisse-le respirer », dit-il à Nicoël.
Le 17, Dave se lance au chant. Ce n’est pas sa voix habituelle. Il parle presque autant qu’il chante, comme s’il racontait à quelqu’un ce qu’il ne pourra plus jamais lui dire. À mi-chemin du morceau, Chase le rejoint. À deux, ils reforment brièvement un duo qui date de loin. C’est doux, c’est modeste, et ça sonne comme un souvenir commun remis en musique.
Nicoël, dans la régie, murmure à Pete : « C’est peut-être pas un hit, mais c’est de l’histoire vivante, ça. » Pete approuve en silence.
Avant de partir, Dave range soigneusement sa guitare, salue tout le monde, et dit : « Celle-là, elle est pour nous trois. » Et il désigne Chase et Alan sans les regarder.
18–19 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Dance of Desire"
18 août. Londres est moite. La clim tourne à plein régime dans le studio, mais rien n’y fait : l’atmosphère est déjà brûlante. Et Chase n’y est pas pour rien.
"Dance of Desire", c’est un morceau qui ne s’explique pas, il s’incarne. Chase a griffonné le premier riff un soir de février en regardant Freya danser dans leur salon. Le lendemain, il avait déjà la moitié du texte. Depuis, il n’a cessé de le réécrire, de le polir, de le rendre plus suggestif, plus fluide. Aujourd’hui, il est prêt à le lâcher.
Le 18, tout se joue sur la rythmique. Chris se régale : tempo chaloupé, cymbales sensuelles, caisse claire qui claque juste. Alan pose une ligne de basse “vibratoire” selon les mots de Nicoël. Dave construit une guitare lead discrète mais élégante. Joëlle, en retrait dans la régie, tape du pied sans même s’en rendre compte.
Dès les premières mesures en répétition, Chase a annoncé la couleur. "Dance of Desire" est une explosion de sensualité, une comparaison torride entre l’amour et la danse — les corps qui s’effleurent, se défient, s’embrasent.
Le riff de guitare, lourd et entraînant, est signé Chase lui-même. Il veut une ligne qui « transpire le désir ».
Chase, lui, veut danser. Il enregistre les guitares en mouvement, écoute les prises debout, fait trois tours du studio avant chaque refrains. « Si tu peux pas le danser, tu peux pas le chanter », dit-il. Nicoël rit jaune, mais ne s’y oppose pas.

Le 19, Chase entre dans la cabine, chemise ouverte, micro à la main. Sa voix flirte, glisse, effleure les lignes. Joëlle suggère un doublage de certaines parties pour donner l’effet “haleine chaude”. Effet réussi. Rachel écoute la dernière prise et dit : « C’est pas une chanson. C’est un trouble. »
Les Spilders et Joëlle – HITE Studios – 19 août 2025
Le solo final, furieux et presque sale, est capté en une prise. Nicoël ne touche à rien. « C’est de la sueur pure », lâche-t-il. Il pousse ensuite le mix jusqu’à l’extrême : infrabasses pulsées, panoramique tournoyant, distorsions contrôlées.
Le soir même, Freya envoie un message sibyllin à Chase : « Ta chanson, elle est interdite aux moins de 18 ans ou je rêve ? » Chase répond : « Tu ne rêves pas. Mais c’est toi, la censure ? »
À la fin de la journée, Laren, les bras croisés, résume tout : « Ce morceau devrait être interdit dans les ascenseurs. Trop de risques. »
20–21 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Vinyl Crackles"
20 août. Une pluie fine tombe sur Soho. Alan arrive tôt au studio, les cheveux encore humides, un carnet noir à la main. Sur la première page, une phrase : « Every memory deserves a little static. »
"Vinyl Crackles" est une chanson sur la mémoire. Pas la grande, pas celle des manuels. La mémoire personnelle, sensorielle, celle qu’on entend, qu’on effleure, qu’on rejoue dans le noir. Alan voulait un morceau simple, presque fragile, porté par une ligne de piano et ces fameux craquements de vinyle qu’il a enregistrés lui-même dans sa cave à Couveyres’ Hill.
Le 20, c’est la mise en place. Le piano est accordé un demi-ton plus bas, pour “adoucir les angles”. Dave propose des chœurs en canon sur le refrain, idée accueillie avec enthousiasme. Chase ajoute de petites touches de guitare acoustique slide, presque imperceptibles. Chris ne joue qu’aux balais : « Trop délicat. C’est Alan en solo collectif, cette chanson. »
Nicoël, ravi, utilise un préampli à lampes pour donner ce grain chaud à la voix d’Alan. On dirait une pièce enregistrée dans les années 70, mais avec une clarté de 2025. À la pause, Joëlle murmure : « On dirait qu’il chante à travers la poussière d’un vieux salon. »
Le 21, les chœurs. Alan, Dave, Chase et Chris s’installent dans la cabine à deux micros. Ils chantent les lignes finales comme s’ils se souvenaient d’un après-midi d’enfance.
Le soir, Alan et Laren, seuls dans le studio, rajouteront, des cordes délicates.
À la fin, un silence. Puis Pete dit simplement : « Celle-là, elle va vieillir comme du bon bois. »
22 août 2025 – Deuxième jour de repos
C’est le 22 août. Deuxième jour de repos. Mais c’est aussi, coïncidence ou clin d’œil du destin, le jour de sortie du single *In The Name Of… / Back to the Pleasure*.
Le groupe ne se réunit pas ce jour-là. Chacun reste dans sa bulle. Certains lisent, d’autres nagent, d’autres font la sieste. Mais tous gardent un œil distrait sur leur téléphone.
Pete leur transmet les premières données : "In The Name Of..." entre directement à la 14e place des UK Indie Charts. La progression est encourageante. Le public semble réceptif.

Le Single "IN THE NAME OF…" – Aug.25
Chris lève son verre dans une petite auberge écossaise. Chase poste une photo floue d’un chat sur le toit de leur nouvelle maison avec la légende : « He knows ». Alan n’écrit rien. Mais Jane dira plus tard qu’il n’a pas lâché son téléphone de la journée.
Dave et April visitent les jardins de Villandry. Il prend une photo des topiaires et l’envoie à Cameron avec la mention : « C’est dans l’ordre des choses, non ? ». Cameron répond par une citation d’Emerson.
Ce jour de pause est aussi un jour d’équilibre. Une respiration entre deux pulsations. Une trêve avant la ligne droite finale de l’enregistrement.
Et sans qu’ils le sachent encore, ce 22 août marque le début d’un succès durable pour *In The Name Of…*.
23–24–25 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Lonely Little One"
Dès les premières heures du 23 août, quelque chose flotte dans l’air du studio de Couveyres’ Hill. On entend presque les murs se taire. "Lonely Little One" est ce genre de chanson : un cœur offert à nu. Alan, yeux baissés, installe son clavier sans dire un mot. « Pour Clémence », dit-il juste.
Tout le monde comprend. Cette chanson, il l’a écrite après avoir vu sa nièce seule dans la cour de son école, assise contre un mur, un livre sur les genoux, indifférente aux jeux bruyants des autres enfants. Le texte, d’une douceur poignante, est un message d’amour universel adressé à tous les enfants solitaires.
Les deux premières journées sont consacrées à la structure. Alan joue les arpèges sur sa guitare acoustique personnelle avant d’ajouter sa ligne de basse, soutenu par une progression d’accords classique (A/F#m/D/E) qui évoque "Zombie" des Cranberries, mais en plus intime. Dave ajoute des nappes de guitare discrètes, presque suspendues. Chris, inhabituellement silencieux, propose de rester clean sur ce morceau. Chase, lui, s’agenouille à côté d’Alan et improvise un contre-chant de guitare acoustique slide presque imperceptible.
Joëlle, présente dès le début, prend des notes en silence. Le 24 août, elle enregistre des harmonies vocales sur les refrains, doublant certaines lignes d’Alan et ajoutant ces « oooooooo » qui rappellent les berceuses nocturnes. Elle ne chante pas, elle veille.
Le 25 août, Nicoël propose une dernière prise avec une spatialisation 3D du mix, créant l’illusion que la voix d’Alan vous entoure. « C’est pas une chanson, murmure-t-il. C’est une main tendue dans la nuit. »
À la fin de la dernière prise, Alan lève les yeux, les larmes aux cils. Il regarde Jane, silencieuse dans l’encadrement de la porte. Personne n’applaudit. Personne n’ose bouger. Le morceau est terminé. Le silence est son dernier accord et tout le monde sait que l’album a trouvé son titre,
26 août 2025 – Session d’enregistrement de "Two Goals, Two Years"
Dès le petit-déjeuner, Chris avait ce sourire un peu rêveur qui précède souvent ses meilleures idées. « Je l’ai retrouvée », lâche-t-il sans contexte. Ce n’est qu’au moment d’entrer dans la cabine que les autres comprennent : il parle d’Emel (ML=Maria-Lisa, un amour de jeunesse).
"Two Goals, Two Years" est une chanson ancrée dans la mémoire tendre de Chris : une époque bénie, où le foot local d’Harrogate et les premières amours s’entremêlaient dans la pluie du Nord. Une histoire vraie, enjolivée peut-être, mais qui touche immédiatement tous ceux qui l’entendent.
La base instrumentale est volontairement simple : guitares lead et rythmique électriques, batterie sèche, batterie simple mais efficace, un clavier Rhodes discret et quelques nappes de guitare saturée. Chris chante en voix claire, le regard un peu ailleurs, presque fragile sur les premiers couplets.
À la demande de Nicoël, Alan enregistre des harmonies de fond très légères sur les refrains. Dave ajoute une ligne mélodique douce en fingerpicking qui vient ponctuer chaque "Emel" du refrain. Alan, Chase et Dave proposent de doubler certains "Two goals, two years", ce qui crée une sensation de flottement entre souvenirs et réalité.
À mi-parcours, Dave enregistre un solo de guitare en slide, simple et pur, qui fait frissonner tout le studio. On entend presque le vent d’Harrogate souffler dans les cordes.
Lorsque la prise finale est validée, Chris prend un long moment de silence. « Je ne sais pas si c’est une chanson d’amour, ou un adieu », murmure-t-il. Alan répond doucement : « Parfois, c’est les deux. »
Et si la veille, le dernier morceau de l’album avait été enregistré dans l’émotion générale, d’instinct tous choisissent ce morceau typique du “rocker au coeur tendre” pour en signer l’ouverture,
27–28 août 2025 – Sessions d’enregistrement de "Golden Roadway"
C’est un Dave étonnamment énergique qui ouvre la session du 27 août. Il arrive le premier, guitare en bandoulière, inspiré. « C’est venu comme ça, d’un rêve. Une route déserte, des néons, une ambiance de fin du monde. Mais belle, tu vois ? »
"Golden Roadway" est une ballade psychédélique et sombre, à mi-chemin entre Pink Floyd et The War on Drugs. Le riff d’intro, en arpège répété, évoque le ronronnement hypnotique d’un moteur nocturne. Chase pose rapidement une rythmique en picking serré, pendant que Chris expérimente des textures sur tom basse et cymbales suspendues.
Joëlle est invitée à poser des voix très aériennes, presque fantomatiques, sur les *ooooooooo* du refrain. Elle s’y fond parfaitement, donnant au morceau une ambiance de rêve hanté. Alan, de son côté, ajoute une ligne de piano descendante en contrepoint du riff principal, puis propose un glissando de synthé analogique pour relier les refrains.
Nicoël s’amuse avec les delays inversés et le panoramique extrême : certaines phrases semblent partir de la droite avant de réapparaître à gauche, comme dans un tunnel sensoriel. Il termine le mix en ajoutant un effet de souffle de vent sur le pont final. « Ça donne froid, mais c’est beau », commente-t-il.
À l’écoute de la version finale, April est émue : « C’est ta route dorée vers moi, non ? » Dave rougit. « Ou vers nous. »
29 août 2025 – Dernier jour de repos,
29 août. C’est le dernier jour sans casque, sans clic, sans micro ouvert. Mais ce n’est pas pour autant un jour sans musique. Pete a convié les quatre Spilders à Couveyres’ Hill, sous les platanes, autour d’un déjeuner tardif qui tient autant du pique-nique que de la réunion.
Il revient tout juste de Londres, encore empreint du rendez-vous financier avec Rachel, Laren et Gladys. Il sait qu’il doit faire passer le message. Et il sait qu’avec eux, ça ne passera pas avec des slides.
Alan écoute, les bras croisés. Chase pianote sur la nappe avec une brindille. Chris coupe des tomates. Dave prend des notes dans un carnet qui n’est pas à lui.
« Je sais, dit Pete, que vous vous en fichez un peu. Mais ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de liberté. De contrôle. De longévité. »
Il leur explique la ventilation réelle des revenus. Les pourcentages : 50 % pour l’auteur-compositeur principal, 30 % pour le groupe en tant qu’interprète (répartis à parts égales), 20 % pour la production. Que lui-même perçoit 10 % de leurs gains bruts, et que Rachel et Laren lui ont proposé un rôle élargi pour accompagner d’autres artistes HITE.
Personne ne parle pendant dix secondes. Puis Chris dit : « Tant que t’es là à la batterie à 19h pour la prise, ça me va. » Rires.
Pete reprend. Il évoque les trimestrialités glissées, les projections à deux ans, les marges créatives. Et aussi les dangers de devenir trop vite dépendant d’une mécanique de sortie sans réflexion.
Alan conclut d’un hochement de tête : « Alors faisons en sorte que l’argent ne soit jamais un sujet. Parce qu’on saura toujours où il va. »
Ils terminent la bouteille de rosé. Une guêpe tourne autour des verres. Dave écrit une phrase au dos du carnet de Pete : « Parfois, être sérieux, c’est ce qui nous permet de rester légers. »
30 août 2025 – Session d’enregistrement de "Our Secret Place"
Il fait chaud à Couveyres’ Hill, en cette fin août, où tout le monde est resté après la réunion de la veille.
Dave s’est levé tôt, il s’est isolé dans le jardin pour répéter, adossé au vieux mur, face aux prés. "Our Secret Place" est la toute première chanson qu’il a écrite à Moncontour, quelques semaines plus tôt, en regardant April dormir sous la treille.
La chanson est une déclaration d’amour en creux, une fugue douce vers un ailleurs paisible et protégé. Le ton est rêveur, mais jamais mièvre. Dès les premières notes, tout le monde comprend qu’on est dans une chanson signature de Dave : harmonies planantes, images poétiques, ligne de guitare cristalline.
Alan l’accompagne au piano puis à la basse avec retenue. Chris ajoute une rythmique discrète, presque jazzy, avec balais et charley. Chase improvise quelques lignes de guitare acoustique en contrepoint, mais reste volontairement en retrait. Dave a ciselé un solo de guitare claire en fin de morceau tout en retenue et émotion.
Nicoël, arrivé tôt et inspiré par la douceur du moment, place les micros au plus près : « On doit entendre les respirations, les silences, même les frottements du tissu. » Sur le bridge, il ajoute en post-prod un souffle de vent mêlé au chant lointain d’un merle enregistré dans le jardin même de Couveyres.
À l’écoute finale, personne ne parle. Puis Freya dit en souriant : « Je suis jalouse. » April répond : « Tu veux que je te prête Moncontour une semaine ? »
Pete résume tout en un mot dans son mail à Rachel : "Épuré."
31 août–1er septembre 2025 – Sessions d’enregistrement de "Tossing and Turning"
Toujours à Couveyres’Hill, les Spilders entament une session toute en contrastes avec Tossing and Turning, un morceau signé Chase, né d’une insomnie à 3:04 du matin. Le texte, griffonné sur un carnet froissé au bord de son lit, évoque l’angoisse de ne plus savoir créer, et le doute qui s’installe dans la nuit.
C’est Alan qui repère immédiatement le potentiel mélodique du refrain, auquel il ajoute une ligne de basse entêtante.
La session est efficace : dès le premier jour, la structure générale est en place. Le lendemain, Chris s’éclate à tester différents breaks sur la fin du deuxième chorus, tandis que Dave ajoute des touches cristallines en guitare claire.
L’interprétation de Chase est brute, presque à vif, mais incroyablement juste. Nicoël peaufine les transitions avec soin, et, à la fin de la deuxième journée, tous sentent que le morceau est prêt.
Le titre, qui semblait d’abord mineur, s’impose finalement comme l’un des morceaux les plus authentiques de l’album. Pete, de passage dans l’après-midi, le dit sans détour :
“Ça, c’est du Spilders pur jus.”
1–2 septembre 2025 – Sessions d’enregistrement de « Christine’s Endless Light »
Ils pensaient tous que la session finale des 1er et 2 septembre serait la plus tranquille. Un au revoir joyeux, un toast à l’album achevé, des projets de repos.
Ils étaient de retour à Londres, Alan et Chase arrivent à Couveyres’ Hill les bras chargés. Dans une pochette sobre, les paroles d’une chanson que personne n’a encore entendue. Le titre seul fait frissonner : "Christine’s Endless Light".
Christine était leur amie. Une sœur d’âme. L’une des premières à croire en eux. Membre du Groupe du Chazelet depuis les débuts, elle s’est éteinte début juillet, emportée par un cancer contre lequel elle s’est battue en silence. Les garçons, accompagnés de leurs compagnes, ont assisté à ses obsèques juste avant leur départ en vacances. Mais personne ne savait ce qu’Alan et Chase, bouleversés, avaient commencé à écrire dès leur arrivée en Catalogne.
Le morceau est né dans le salon de la villa d’Ametlla, entre deux nuits blanches, les conseils tendres de Jane et Freya, et les souvenirs partagés. Avant de le proposer au groupe, ils ont contacté Mark, le mari de Christine, pour obtenir son accord. Il a dit oui. Et il a ajouté : « Merci. »
Le studio est silencieux comme une église. Chris s’installe sans un mot derrière sa batterie. Dave sort sa guitare en pinçant les cordes avec gravité. Alan commence au piano puis enchaine sur une prise basse. Chase prend la guitare rythmique. La première prise est déjà très belle.
La voix d’Alan tremble. Celle de Chase la soutient. Joëlle, qui connaissait aussi Christine, ajoute des *ooooooo* discrets, comme des lueurs. Nicoël mixe le tout dans une lumière tamisée, les larmes aux yeux : « Je ne l’ai jamais rencontrée, mais maintenant je la connais. »
À la fin de la dernière prise, personne ne parle. Puis Dave murmure : « Elle aurait adoré. » Pete, à distance, poste sur le groupe privé : « La plus belle chanson du groupe. »
L’album s’achève sur cet hommage. "Lonely Little One" est dédié à Christine. Et ce soir-là, aucun d’eux n’a dormi.
🎙️ Conférence de presse – The Spilders, août 2025 –
Studios HITE, Soho, Londres
Contexte: À la demande des dirigeants de HITE Records, et sur proposition de leur manager Pete Halberg, les Spilders se prêtent à un exercice qu’ils fuient d’ordinaire : une conférence de presse.
L’objectif : clarifier certaines zones d’ombre autour de leur incroyable productivité, des tensions médiatisées avec Gojira, du modèle HITE, et d’un éventuel passage de flambeau dans la pop européenne.
La rencontre a lieu dans une salle de projection réaménagée du 27 Millcaster Lane, siège de HITE. Les 4 membres du groupe sont présents, accompagnés de Pete Halberg, leur manager, et de Laren de Valduc, co-directeur du label. Une dizaine de journalistes ont été conviés, triés sur le volet. Café, jus de fruits, micro-brioches et bienveillance générale sont de mise.
Les questions commencent. L’ambiance est posée, parfois drôle, souvent sincère. Tout le monde sent que quelque chose a basculé cet été.
🎤 Cameron Vale – The Guardian
Q1 : Alan, comment expliquez-vous que les Spilders touchent autant le public, dans une époque où tout va vite et où la profondeur semble passée de mode ?
Alan :
Je crois qu’on écrit des chansons qui racontent quelque chose. Elles ne sont pas forcément vraies, mais elles viennent de nos expériences, de nos souvenirs, ou de ceux des gens qu’on aime.
Et puis on prend le temps. La durée moyenne d’un titre dans le Top 50 UK en ce moment c’est quoi… 3 minutes 15 ? Les nôtres font plus de 4 minutes en moyenne, "Carry Me Home" est à 5 minutes 10 et "Lonely Little On"e qui porte le nom de notre prochain album à plus de 8 minutes. Ça laisse le temps d’installer une atmosphère, une histoire. On laisse les silences vivre. On respire.
🎤 Louise Malkin – Rolling Stone UK
Q2 : Chase, vous êtes au cœur d’une rivalité médiatisée avec le groupe français Gojira. Qui va remporter ce Crunch improbable entre métal et pop ?
Chase (grand sourire) :
Ah, le Spilders–Gojira Slam ! On dirait un match de catch.
Ils jouent fort, nous on joue long. Je dirais : ils tapent dans le plexus, on vise le cœur. (Rires)
Plus sérieusement : j’adore qu’ils existent. Ils nous réveillent. Mais le public choisira. Et franchement, si leur prochain album s’appelle Lonely Little Goat, on porte plainte. (Éclat de rire général)
🎤 Mathieu Renault – Les Inrockuptibles
Q3 : Chris, comment expliquez-vous cette productivité délirante ? Trois albums, des singles tous les mois, un EP chacun bientôt… on dirait que vous carburez aux champignons magiques.
Chris :
(Rires) Non, on carbure à l’ennui bien géré.
Sérieusement, Alan et Chase écrivent des chansons depuis douze ans. Des montagnes de chansons. Et quand je suis arrivé, ils m’ont appris à m’y mettre. Vous devriez vous y mettre, ce n’est pas si difficile, (Rires)
Depuis six ans, j’écris aussi. Dave s’y est mis depuis l’an dernier. On est un groupe de musiciens mais aussi un club d’écriture.
Si je vous dis qu’on a du matériel jusqu’en août 2026, vous me croyez ? Non ? Vous avez tort. (Applaudissements)
🎤 Giulia Ventresca – Il Manifesto
Q4 : Laren, comment une petite maison de disques comme HITE a-t-elle réussi à signer et garder ce qui est en train de devenir le plus grand groupe d’Europe ?
Laren de Valduc :
On les a crus avant que tout le monde n’y croie.
Et ils nous ont fait confiance quand ils auraient pu aller ailleurs.
Chez HITE, on a une règle : pas d’algorithme en chef, pas de marketing sans musique, pas de calendrier si l’émotion n’est pas là.
Ils nous obligent à rester humains. C’est rare, et c’est précieux.
🎤 Rob Elkington – BBC 6 Music
Q5 : Pete, comment expliquez-vous la fidélité des fans ? Le public grandit avec eux. Ce n’est pas juste un engouement, c’est une forme d’adhésion.
Pete Halberg :
Parce que les Spilders ne jouent pas un rôle.
Ce ne sont pas des influenceurs, ni des produits.
Ils sont comme leurs chansons : imparfaits, drôles, un peu cabossés parfois, mais profondément sincères.
Et le public le sent. Et le chérit.
🎤 Tori Matsuda – Pitchfork Japan
Q6 : Une tournée aux USA est-elle envisagée ? Vous y êtes encore peu connus.
Pete:
On y pense. Mais disons que nos amis américains ont un petit côté “c’est pas d’ici, donc c’est pas pour nous”.
On attend qu’ils en aient assez de manger des burgers sonores. Ensuite, on arrivera avec un bon cassoulet pop-rock. (Rires)
🎤 Anya Goldstein – The Times
Q7 : Est-ce que vous êtes… plus grands que les Beatles ? (Silence dans la salle)
Chase :
Bien sûr que non.
On n’a pas encore fumé assez de trucs pour le penser.
Mais ce serait drôle si, un jour, quelqu’un disait qu’on est plus drôles que Jésus. (Rires, regards entre les musiciens)
🎤 Patrick Gellner – Der Spiegel
Q8 : Quel est le rôle exact de Nicoël Jaffres, votre nouvel ingénieur du son ? Et pourquoi avoir changé d’équipe technique ?
Dave: :
Ce n’est pas un changement, c’est un élargissement.
Nicoël est… un génie borderline, un fou des fréquences, et surtout un mec de notre âge. Il comprend nos références. Il vit avec nous.
Et quand il a trouvé cette astuce pour les infra-basses de "Carry Me Home", on s’est tous regardés : on savait qu’on tenait notre homme.
🎤 Inès Lemoine – Télérama
Q9 : Dernière question : avez-vous conscience d’être peut-être… un rêve auquel le public a envie de croire ?
Alan (sourit) :
Peut-être.
Mais si c’est un rêve, alors on fait tout pour qu’il reste habité.
Et puis, les rêves sont ce qui nous rend vivants, non ?

Fin de la conférence – Prolongée par une série de photos officielles, et un café partagé dans le hall vitré du siège de HITE. Pete jure qu’il n’y aura pas de conférence suivante avant l’été 2026. Personne ne le croit.
Veille de la sortie de l’album "LONELY LITTLE ONE"
Jeudi 25 septembre au soir, Couveyres’ Hill
Alors que les derniers communiqués sont relus à Soho et que les précommandes s’affolent sur Bandcamp, Alan s’accorde une courte pause en fin de journée. Assis sur la terrasse ouest de Couveyres’ Hill, face aux collines mordorées par le soleil déclinant, il savoure un rare moment de calme.
Il tient en main un exemplaire vinyle test de "Lonely Little One", fraîchement pressé, encore dans sa pochette cartonnée. Pas de nervosité dans son regard. Plutôt une concentration douce, lucide, posée. Il sait ce que contient ce disque : une photographie fidèle du groupe à l’instant T, un reflet de leurs deuils, leurs désirs, leurs réconciliations.
« On a fait un album d’adultes », dit-il simplement à Jane, venue s’asseoir près de lui. « Et c’est ce qu’il fallait. »
Aucune nostalgie. Juste la conscience d’avoir retrouvé sa place — celle de moteur artistique, certes, mais aussi de musicien au service du collectif. Un rôle qu’il n’échangerait contre rien.
Premiers échos à l’étranger – La vague Spilders dépasse la Manche,
Dans les 48 heures précédant la sortie officielle de l’album, les signaux se multiplient : "Lonely Little One" semble déjà en passe de franchir les frontières de l’archipel britannique.
En Allemagne, le site Tonspur annonce l’album comme « un virage splendide et maîtrisé vers une maturité pop d’orfèvre ».
En Espagne, El Mundo Sonoro met en ligne un article dithyrambique sous le titre : « De Ametlla al mundo: el folk-pop que emociona », citant notamment "Golden Roadway" comme « la plus belle déclaration d’amour qu’un groupe anglais ait jamais offert à la Catalogne ».
Aux Pays-Bas, l’émission culte Studio Noorderlicht diffuse en avant-première "Christine’s Endless Light", provoquant une pluie de messages sur les réseaux. Un auditeur écrit : « J’ai perdu ma sœur l’an dernier. Merci pour cette chanson. Elle me réconcilie avec l’automne. »
Même au Canada, Radio One Montréal place "Lonesome Road Blues" en playlist nocturne, le qualifiant de « croisement parfait entre George Harrison et Daniel Lanois ».
Interlude 8
✉️ Lettre de Cameron Vale à Flora
Ametlla de Mar, le 28 juillet 2025
(Non destiné à la publication)
Ma chère Flora,
Je ne pensais pas t’écrire depuis l’Espagne, et encore moins t’envoyer ce genre de récit, mais ce que j’ai vécu cette semaine mérite d’être posé quelque part. Tu comprendras.
Je suis arrivé à l’Ametlla de Mar sur une invitation de dernière minute de Chase — tu sais comment il est. “Viens passer deux jours à la villa, on n’a pas de promo. Alan joue des trucs magnifiques le soir, tu pourras les voler discrètement avec ton micro-cravate.” J’avais prévu l’Écosse ou rien du tout. J’ai pris un vol pour Reus, Chase est venu me chercher à l’aéroport.
La villa, louée par HITE, est perchée dans les hauteurs de Tres Calas. Vue mer. Piscine d'un bleu presque presque indécent. Jane m’a tendu un verre de tinto de verano en guise d’accueil. Alan bouquinait "SILO de Hugh Howey" sur une chaise longue. Freya m’a désigné une chambre, la mienne, comme si tout était prévu. Je suis resté bien plus que deux jours.
Lundi 21 juillet – Cala Vidre.
Le matin, avec Freya et Jane, crique étroite, pins, eau limpide. Chase et Alan sont arrivés avec une guitare et un ukulélé. Un couple allemand les a reconnus. Photo floue, sourires figés.
Alan a simplement dit : “On est reconnus pour ce qu’on fait. Et c’est déjà pas mal.” Il avait raison.
Mardi 22 juillet – Riz noir et George Ezra.
Chase a cuisiné, Alan a mis du George Ezra à fond dans la cuisine.
Le vin a fait le reste.
On a parlé de l’enregistrement de "Carry Me Home". Alan a dit : “Ce n’est pas une chanson, c’était un point d’ancrage. Mais aujourd’hui, c’est devenu une voile.”
Freya a lancé : “C’est aussi une chanson, Alan. Les fans vont vouloir un T-shirt.” Rires. Vraiment.
Mercredi 23 juillet – El Ranxo.
En ville, sur le port, trois jeunes néerlandais écoutaient "Golden Sun" sur une enceinte JBL. Ils n’ont pas vu Alan passer à côté d’eux. Chase, lui, les a salués d’un clin d’œil.
Le bruit a couru qu’ils étaient là. Le soir, deux adolescentes anglaises ont attendu devant la barrière de la villa, espérant un autographe.
Jane leur a offert des boissons fraîches. Chase, puis Alan ont signé un carnet.
A minuit , nous sommes allés à El Ranxo, une discothèque en plein air, tapie sous les caroubiers. La musique était forte, les cocktails aussi mais plus fruités, les lumières comme dans un film des années 90. Au bout de vingt minutes, une bande d’Allemands les a reconnus. D’abord Chase. Puis Alan.
Selfies, tapes dans le dos, cris de joie. Jane a gardé le sourire, Freya a ri :
“Voilà, les vacances sont terminées.”
Alan a tenu bon. Il a dansé avec Jane, longuement. Mais à trois heures, il m’a pris à part :
“On rentre. Il faut savoir partir avant d’être dévoré.”
On est remontés dans le van. Je les ai regardés refermer les grilles de la villa avec calme. Le silence leur allait bien.
Le succès, vu de l’intérieur, est une lumière qui chauffe, mais qui brûle si on s’en approche trop près.
Jeudi 24 juillet – Visio.
À midi, Chris a appelé depuis le nord de l’Écosse. Le wifi crachotait un peu, mais sa voix était intacte. :
“Je vous envoie une version brute de "Midnight Magic". J’ai besoin d’un mix simple, pas de fioritures.”
Dave s’est joint depuis Paris.
Alan a hoché la tête, puis dit :
“C’est la plus belle chose que tu aies jamais écrite.”
Pas besoin d’en dire plus.
Vendredi 25 juillet – Sortie officielle de "Carry Me Home".
Alan est resté concentré tout l’après-midi. Il a peaufiné une démo, en silence. Chase a mis Bowie à fond et a dansé avec Jane sur la terrasse.
À 18h, le morceau était partout. Les streams ont explosé.
Alan est revenu au dîner, serein. Il a simplement dit:
“Merci d’avoir attendu que je revienne.”
Il ne parlait pas que du diner ni du groupe, je crois.
Samedi 26 juillet – La clôture.
Terrasse, soleil tombant. Alan et Chase chantent "Let Us Sit" en acoustique. Jane fait les chœurs, Freya filme, je souris.
Je pars demain matin. Je les laisserai entre eux. Tant d’amitié qui déborde. J’ai rangé mon carnet.
Ils ne sont pas devenus des stars, Flora.
Ils sont devenus eux-mêmes sous les yeux de ceux qui les aiment.
Et j’ai eu la chance d’être là et ce que j’ai vu m’a changé à jamais.
Avec toute mon affection,
Cam.
Chapitre 9
Automne 2025
1. L’avant-sortie de l'album "LONELY LITTLE ONE"(15 → 25 septembre 2025) : La Montée en Pression
Lundi 15 septembre :
Annonce officielle de HITE Records : L'album est prêt. “Lonely Little One — Sept. 26. L'attente est terminée.”
➔ Teasers courts avec extraits de "Lonely Little One", "Vinyl Crackles" et "Such a Shade".
➔ Campagne visuelle : photos intimistes des Spilders en studio, ambiance “raw & sincere”.
Jeudi 18 septembre :
BBC Radio 6 dévoile en exclu "The Girl on the Train".
➔ Première réaction virale : “Une chanson feu-de-camp pour une génération perdue.”
➔ Les Indie Forums s’enflamment : “Cela va-t-il être leur moment « rumeurs »?”
Samedi 20 septembre :
Chase balance une story :
“Il s'appelle Lonely Little One parce que c'est ce que nous avons ressenti en l'écrivant. Mais ce n'est plus le cas.”
➔ Effet d’identification immédiat.
Mardi 23 septembre :
Alan poste une vidéo acoustique de "Lonely Little One" depuis Couveyres’ Hill.
➔ La vidéo dépasse 500 000 vues en 24h, boostant l’attente autour de l’album.
Jeudi 25 septembre :
HITE envoie un mail officiel :
“Demain, pas de distractions. "Lonely Little One" mérite toute votre attention.”
➔ Les précommandes atteignent 80% des stocks vinyles limités.

2. Le jour de la sortie (26 septembre 2025) : L’onde de choc douce mais profonde
Le vendredi 26 septembre 2025, à 8h00 précises, "Lonely Little One" est dévoilé au monde.
Chez HITE Records, à Soho, l’effervescence est palpable, mais retenue. Pete Halberg tourne en rond dans le bureau comme un capitaine sur son pont avant la tempête. Rachel Ives, l’oeil rivé sur les courbes de présaves Spotify, joue de la cafetière comme d’une arme de guerre.
Pendant ce temps, Alan et Chase sont restés à Kensington. « On voulait être chez nous pour ce jour-là », dira Chase plus tard. Installés dans leur repère habituel, un salon encombré de vinyles, de matos de studio et de mugs vides, ils scrutent les premières notifications. Pas de champagne, pas de caméras : juste eux deux, une enceinte Bluetooth et un air de vieux frères qui savent déjà.
« Tu crois qu’on l’a fait, cette fois ? » demande Alan.
« Non. Mais eux, ils vont croire qu’on l’a fait. » Chase sourit.
Dans les lycées français, à Tours, Lyon ou Nantes, des centaines de téléphones se connectent en douce sur Spotify. LLO ("Lonely Little One") devient en moins de 2 heures la chanson la plus partagée sur WhatsApp des Groupes de la Meije. Au Café de la Fontaine, à Bordeaux, une équipe d'étudiants fait retentir "Vinyl Crackles" sur l'enceinte du bar, vidant les derniers thés glacés en mode chant de bataille.

Alan et Chase à Kensington Court Residences le 26 septembre 2025 – Freya est en ligne avec Pete Photo prise par Jane
La machine s’emballe.
Les premiers articles tombent :
NME : « Les Spilders embrassent la vulnérabilité et écrivent leur album le plus cohérent à ce jour. »
El País : « Lonely Little One est le refuge émotionnel dont j'avais besoin cet automne. »
The Guardian : « Pas une résolution, mais une confirmation sereine. »
Pendant ce temps, Dave, paisible à Moncontour, poste une photo de lui en train de bruncher avec April :
« A simple life, and a new album. »

En début d'après-midi, Chris, toujours en décalage, poste une vidéo depuis son garage à Harrogate : il répète sur "Vinyl Crackles" avec ses enfants en choeurs improvisés. La vidéo est relayée sur TikTok avec le hashtag #SpildersFamily.
19h00. HITE balance les premiers chiffres : 100 000 streams en 11h. Freya filme Alan, qui se laisse tomber sur le canapé avec un simple : « Bloody hell... ». La vidéo est postée et devient virale en moins de 20 minutes.
Le lendemain, l’album passe la barre des 250 000 streams.
Le Groupe du Chazelet lance spontanément l’opération « Lonely Challenge » : poster une vidéo de soi chantant en duo avec l’album, peu importe l'endroit.
Le challenge prend une ampleur inattendue : des duos dans les métros parisiens, sur les plages catalanes, dans une rizière japonaise.
Alan et Chase enchaînent les reposts, avec un mot pour chacun.
Dans les jours suivants, la progression continue :
Semaine 1 : n°1 UK Indie Charts, n°7 UK Top 40 Albums.
Semaine 2 : "Resolution" devient l’hymne des mouvements européens anti-conservateurs. Alan poste une vidéo acoustique de "Lonely Little One", reboostant l’album.
Semaine 3 : Nicoël Jaffres partage des séquences de mixage en mode coulisses, qui font un tabac. Chase ironise sur X (ex-Twitter) : “Nous sommes toujours en train de grimper, et nous n'avons même pas soudoyé Spotify ».
Semaine 4 : LLO grimpe à la 5ème place UK Top 40. Laren de Valduc publie un article LinkedIn intitulé : « Produire sans s’épuiser : le cas Spilders ».
Chris est nommé membre d’honneur de l’Harrogate Town AFC, club de foot de League Two (4ème division) anglaise dans lequel il a joué enfant et où il rêvait de devenir footballeur pro. "Two Goals, Two Years" devient l’hymne des supporters du club. L’album atteint son pic à la 5ème place UK Top 40, et la 2ème place en Europe Indie, juste derrière Arctic Monkeys.

Chris, aux côtés de Mme Fionna Radcliff, présidente de l’Harrogate Town AFC, lors de la réception de Newport County le 25 octobre 2025 au Wetherby Road Stadium.
Fin de Semaine 4 : HITE annonce en teasing : « Vous pensez que Septembre a été grand, Octobre sera explosif. Restez à l'écoute ». La rumeur enfle sur un EP à 4 voix.
En France, dans les cercles des Groupes de la Meije, le disque tourne en boucle. Une vidéo TikTok d’une jeune fille, les larmes aux yeux sur "Such a Shade", est relayée jusqu’aux comptes officiels du groupe. Chase lui répond avec un simple « Merci. On était seuls aussi, en l’écrivant mais maintenant vous êtes là. »
Pendant ce temps, Pete Halberg, lui, jongle avec les demandes d’interviews internationales. Il résume la situation à Rachel Ives par un SMS : « Les digues sont cassées. »
Tout le monde sent qu’un cap vient d’être franchi. Mais personne ne s’attend encore à la tornade d’octobre.
Et pendant ce temps la rumeur enfle d’un EP à 4 voix.
3. RÉUNION DE CRISE : LE CLIP DE "The Colt With A Champagne Coat"
Le 18 octobre 2025, dans la salle de visionnage de HITE Records, règne un silence tendu.
Sur l'écran principal, la pré-version du clip de "The Colt with a Champagne Coa"t s'achève : quatre silhouettes humaines dans des combinaisons de poneys scintillants sautillent au ralenti dans un champ en plastique doré. Une voix off, éthérée, murmure : « Through the haze of velvet dreams... ».
Personne ne parle. Puis, Chase rompt le silence.
— C'est une blague ?
Marsha De Winter, droite comme une barre de fer dans son tailleur noir, croise les bras.
— Absolument pas. C'est une vision. Onirique. Surréelle. Post-ironie animalière.
Chris lève un sourcil.
— Post-quoi ?
Dave tente la diplomatie, en regardant Marsha avec douceur.
— Tu sais que c'est une chanson sur un poulain réel ? Un vrai. Né prématuré dans une ferme. Rien à voir avec... avec ça.
Chase fulmine.
— On dirait une pub pour des yaourts bio sous LSD. Tu veux vraiment qu'on saute en poney pendant que Dave crie "Colt with a Coat" ?
Marsha, imperturbable :
— Vous ne comprenez pas. Le contraste entre l’absurde du costume et le caractère poignant du morceau crée une tension narrative. Une dissonance visuelle. C'est du Lynch métaphorique. Du Harmony Korine en basse lumière.
Chris :
— Et moi je t'offre un renvoi symbolique, ça te va ?
Dans le fond de la salle, Alan observe, bras croisés.
Laren de Valduc sirote un café, les yeux grands ouverts, visiblement ravi d'assister à ce qu'il appelle en interne "un vrai moment Spilders".
Nicoël Jaffres, lui, est assis par terre, adossé au mur, casque sur les oreilles. Il n’a même pas regardé le clip.
Dave, toujours calme :
— On peut faire simple. Une captation live. Des images du studio. Des flashbacks de la ferme. April pourrait nous prêter les photos. On garde l’émotion. Pas besoin de paillettes.
Chase :
— Et pas de queue en mousse.
Marsha serre les dents, vexée mais pas abattue.
— Vous manquez de vision.
Chris :
— Peut-être. Mais on a encore un peu de dignité.
Alan se penche enfin en avant.
— Je propose un vote. Pas pour ou contre le clip. Pour ou contre les poneys.
Main levée générale contre. Marsha lâche un long soupir, puis ramasse ses dossiers.
— Très bien. Mais la prochaine fois que vous me demandez de "faire quelque chose de fort visuellement", je vous envoie faire du montage à la BBC.
Elle quitte la salle d’un pas sec. Alan se tourne vers Chase.
— Tu crois qu'elle plaisantait ?
Chase, en secouant la tête :
— Pas une seconde.
4. Transition vers "Don’t Cry, Baby" (20 au 24 octobre 2025) : L’Alignement des Planètes
Les jours qui précèdent la sortie de "Don’t Cry, Baby" ont quelque chose de suspendu.
Comme si tout le monde retenait son souffle, en attendant qu’un déclic se produise.
Pete Halberg, toujours le premier à temporiser quand l’euphorie monte d’un cran, s’était exprimé dès le 22 octobre devant l’équipe de HITE :
— On ne vise pas le sommet du UK Singles Chart cette fois. Le trône est verrouillé jusqu’en novembre par les majors.
Il montre alors sur l’écran géant les prétendants intouchables du moment :
Taylor Swift — “Fortnight” (avec Post Malone)
Ed Sheeran — “Thinking Out Loud Again” (re-recorded deluxe)
Dua Lipa — “Electric Heart” (BO du film Marvel “Nova”)
— On serait fous de jouer dans leur cour cette semaine. Mais le n°1 Indie ? Celui-là est pour nous. Et il va compter.
Laren avait renchéri, sourire en coin :
— Les majors visent les vitrines. Nous, on vise les collectionneurs. À la fin, c’est eux qui restent.
Le 23 octobre, veille de la sortie de l’EP, chez HITE Records, les bureaux ont pris un air de ruche organisée. Il y a du monde, du bruit, des écrans allumés, et surtout des visages tendus.

Rachel Ives fait le tour des postes, tablette à la main, et distribue les dernières directives.
Sur la grande table de la salle de réunion est affichée la couverture de l’EP avec ses quatre chansons : "Don’t Cry, Baby" d’Alan, "The Colt With A Champagne Coat" de Dave, "Red Horn" de Chris et "From Square to Heart" de Chase. Quatre titres, quatre histoires.
Marsha la contemple avec un demi-sourire attendri.
— On ne sort pas un disque, on lance une constellation, murmure Laren, derrière elle.
Pete Halberg, lui, n’est pas d’humeur aux métaphores cosmiques. Il regarde les stats, les précommandes, les playlists en cours de validation. Et il finit par lâcher, à voix basse, mais assez fort pour qu’on l’entende :
— Si on rate ça, je vais finir par produire des podcasts sur les oiseaux rares.
Dans le studio B, Chris cogne comme un possédé sur sa Tama, pendant que Dave boucle les derniers overdubs de "The Colt with a Champagne Coat".

Le premier EP 4 titres – Oct.25
Alan et Chase, de leur côté, peaufinent les textes du communiqué de presse, debout côte à côte, dans un coin du couloir vitré qui donne sur Soho. Pas de phrases choc. Pas de slogans. Juste :
“Quatre voix, une vérité.”
Alan l’écrit. Chase hoche la tête. C’est validé.
Freya, elle, est dans un tout autre état. Accro au téléphone, casque vissé, elle coordonne avec une précision d’horlogère le plan “First Hour Bombing” imaginé avec les fans clubs.
À minuit, heure anglaise, les Groupes de la Meije de France, d’Espagne, des Pays-Bas, du Canada, de Nouvelle-Zélande… tous appuieront sur “play” en même temps.
— Et même l’algorithme de Spotify va transpirer, commente-t-elle sur un canal Discord.
Dans un petit studio improvisé, Nicoël termine le mastering de "Red Horn", sandwich au thon oublié sur une enceinte. Il parle tout seul à la DAW:
— Ça respire. C’est propre. C’est vivant. T’as fait du bon boulot, vieux gars.
Et puis vient la nuit.
Jeudi 23 Octobre. Il pleut. Londres bruisse doucement.
À 23h55, Pete est encore dans les bureaux. Il regarde la ville à travers la baie vitrée. Les feux rouges se reflètent sur les trottoirs mouillés. Il envoie un message au groupe, quatre mots, sans ponctuation :
“Demain on verra bien”.
5. 24 OCTOBRE 2025 — JOUR DE LA SORTIE DE L’EP “DON’T CRY, BABY”
00h01
Le communiqué HITE explose sur X et Insta :
➡️ “DON’T CRY, BABY — OUT NOW. L’EP qui va marquer leur premier n°1 Indie. Jouez-le FORT. #DontCryBaby #TheSpilders #IndieNo1?”
00h03
Les FanClubs déclenchent l’opération “First Hour Bombing” :
— Stories à la chaîne
— Challenges TikTok sur le refrain de From Square to Heart
— Vidéos de “réactions à chaud”
00h17
Le hashtag #DontCryBaby grimpe en Trending Topic UK jusqu’à la 4e place.
Freya poste une vidéo de Chase mimant Freddie Mercury :
— “Nous sommes les champions… du déni émotionnel !”
— 💥 Explosion de likes.
00h34
Les premiers mèmes affluent :
— Alan sur le site de Rolling Stone UK:
“Le journaliste m’a dit de ne pas pleurer. J’ai pleuré quand même.”
— Chase reposte avec un simple : “Mood.”
01h02 —
Spotify UK propulse Don’t Cry, Baby en tête de la playlist “Rock This Morning”.
35 000 streams en une heure.
Pete Halberg : un seul message sur le chat HITE — un GIF de dominos qui s’effondrent.
03h45
En Espagne, les charts digitaux annoncent :
➡️ Don’t Cry, Baby n°5 en progression.
Chase : “Vamos, carajo !”
07h10
Sur X, BBC6 Music publie :
➡️ “Les Spilders pourraient décrocher leur premier n°1 Indie UK ce matin.”
Rachel Ives commente : “Ils sont comme nous, ils le flairent.”
08h22
Les Spotify UK Indie Charts live confirment :
➡️ “Don’t Cry, Baby” — n°1
Laren de Valduc entre dans le bureau :
— “Bon. C’est gravé.”
08h38
En Allemagne, les stations de radio rock nationales relaient l’EP dès l’aube.
Le compte Deutschland RockRadio poste sur Threads :
— “The Spilders are back with a punch. ‘Don’t Cry, Baby’ ist ein echter Kracher.” (‘Don’t Cry, Baby‘ est un véritable tremblement de terre“)
08h45 —
Aux Pays-Bas, c’est 3FM qui dégaine une chronique enthousiaste :
— “Zij hebben Spanje veroverd, nu zijn ze terug bij ons.” (“Ils ont conquis l’Espagne, maintenant ils sont de retour chez nous.”)
08h57 —
Sur Spotify, "Don’t Cry, Baby" entre dans le Top 50 Europe, propulsée par les écoutes allemandes, néerlandaises et françaises combinées.
09h00 —
Le site officiel HITE Records est en surcharge.
Le vinyle édition limitée : sold-out en 17 minutes.
Marsha : “L’hystérie, ça commence par un simple refresh qui ne s’arrête plus.”
10h15
Rolling Stone UK publie sa double-page numérique:
➡️ “The Spilders – "Don’t cry, Baby" — mais ils pourraient bien briser le plafond de l'Indie.”
Les commentaires fusent :
“Le meilleur EP depuis ‘Sheer Heart Attack’.”
“La preuve qu’on peut être fragile et explosif.”
10h30
Pete Halberg, devant l’équipe HITE, bras croisés :
— “Ce n'est pas encore officiel. Mais on y va: N°1 Indie UK. Et n°9 UK. On va entrer dans la cour des grands.”
💥 Fin de matinée : le triomphe est presque scellé. Et il a du relief.
6. Du 25 au 31 octobre — La consolidation, ou l’art de durer
Le lendemain de la sortie de "Don’t Cry, Baby", une certitude s’installe : ce n’était pas une illusion. Le titre n°1 des Indie Charts UK ne redescend pas. Au contraire. Le 25 octobre au soir, il est toujours solidement installé en haut du podium, tandis que l’EP dans son ensemble se maintient dans le top 10 de six pays européens.
À 10h précises, le Spotify Editorial Update tombe :
“Don’t Cry, Baby" — reste #1 UK Indie, entre maintenant dans le Global Rock Rising.”
Laren de Valduc l’imprime et l’affiche dans les toilettes du bureau HITE, juste au-dessus du distributeur de savon.
— “Qu’on n’oublie pas que ça peut commencer par une éponge, mais finir en statue.” dira-t-il avec un sourire de vigneron victorieux.
La nouvelle tombe à 9h03, samedi 25 octobre 2025 :
➡️ Don’t Cry, Baby est officiellement n°1 des UK Indie Charts et entre directement n°9 du UK Singles Chart.
Dans les heures qui suivent, l’EP est également n°1 en Espagne, n°4 aux Pays-Bas, n°7 en Allemagne, et Top 20 en Italie et Belgique.
Chez HITE Records, l’ambiance est électrique mais concentrée. Rachel Ives félicite toute l’équipe dans un court message vocal :
“OK, on l’a fait. Mais on ne l’a pas volé. Et maintenant, on avance.”
Du côté du groupe, pas d’effusion, ni de pause.
Les quatre garçons se retrouvent dès le lundi à Couveyres’ Hill, leur repaire créatif à la campagne.
Au programme : peaufiner les enregistrements du prochain EP de novembre, "Home This Christmas", et poser les premières bases de l’album d’hiver "HOUSE OF BROKEN DREAMS ".
Dave, guitare en main dès l’aube, s’amuse à réharmoniser un passage de Gold & Blue.
Chris cale des riffs puissants dans ce qui deviendra sa reprise emblématique dans "The House of Broken Dreams".
Alan, lui, s’isole au piano et commence un brouillon intitulé "Let Them Dream".
Chase écrit dans son carnet, en majuscules.
“Ce n’est pas la fin, ni même un sommet. C’est juste un palier".
"Et les marches suivantes sont déjà là.” — ajoute Alan, dans une note vocale envoyée à Jane.
Dans les coulisses de HITE, on prépare la sortie du clip "Don’t Cry, Baby" prévue pour le 31 octobre.
Marsha De Winter valide la dernière version à 1h17 du matin avec ce commentaire sur Slack :
“Puissant, rugueux, élégant. Et surtout : eux.”
Nicoël Jaffres, en régie finale, ajoute en post-scriptum :
“Personne ne va s’y attendre. Et pourtant, ils attendaient ça.”
Le jeudi 30 octobre au soir, BBC6 Music clôture son émission New Sounds on the Rise avec cette phrase :
“Don’t Cry, Baby" n’est peut-être pas encore le n°1 global, mais il est déjà le numéro 1 du réel.”
Le vendredi 31 octobre, à 18h, le clip sort.
En 2 heures, il dépasse les 500 000 vues.
Détail croustillant : Joëlle apparaît furtivement en chœur, non créditée, mais les fans la repèrent immédiatement.
Mais à ce moment-là, les Spilders sont déjà dans une grange du Sussex, à tester un nouveau micro statique autour duquel ils chantent en cercle.
Ils ne regardent pas les chiffres.
Ils écoutent si leurs voix s’alignent.

7. ROLLING STONE UK — INTERVIEW EXCLUSIVE : ALAN & CHASE
24 OCTOBRE 2025
Le rendez-vous est donné dans une petite salle vitrée des bureaux de HITE Records, à Soho. Alan et Chase sont là, affalés sur le canapé, les yeux encore mi-clos, mais le sourire bien réveillé. À peine assis, la première question fuse.
Rolling Stone :
Votre premier n°1 UK Indie, comment ça vous fait sentir à 10h du matin, avant même votre deuxième café ?

Alan :
— Ça me donne surtout l’impression qu’on va avoir des cafés gratuits toute la semaine. Et vu la quantité que Chase descend, c’est pas du luxe.
Chase :
(rires) — Il est jaloux parce que son cappuccino ressemble à une flat white. Mais ouais, c’est étrange. On a toujours visé le long terme, alors voir ce premier n°1, même Indie … ça fait comme un plat mijoté. Long à cuire, mais meilleur à la fin.
La discussion glisse naturellement vers "Don’t Cry, Baby", le morceau phare de l’EP.
Rolling Stone :
La chanson a été décrite comme "l’hymne du déni émotionnel". C’était votre but ?
Alan :
— À la base, c’était plus une thérapie pour moi. Je l’ai écrite en faisant semblant que tout allait bien. Et finalement, beaucoup de gens font pareil. On se ment à soi-même avec le sourire. Cette chanson, elle tend juste un miroir… avec douceur.
(Alan (VO) :“We lie to ourselves with a smile. The song’s just holding up a mirror… gently.”)
Chase :
— Ouais, un miroir qui te met une baffe, mais qui t’offre un câlin juste après.
Rolling Stone :
C’est aussi le premier EP où chacun de vous a son propre morceau en spotlight. C’était prévu ?
Chase :
— Non. C’est venu naturellement. On est quatre têtes de mule avec des chansons dans les tiroirs. Pete a dit : “Pourquoi choisir une seule quand on peut en sortir quatre ?”
Alan :
— Et franchement, on s’est lassés d’entendre ma voix en boucle. La diversité, ce n’est pas un gadget marketing, c’est notre moyen de rester vivants.
Rolling Stone :
Dernière question : est-ce que ce n°1 va changer quelque chose pour vous ?
Alan :
— Non. On va continuer à ne pas être d'accord sur les tracklists, à enregistrer avec des cordes usées, et à faire semblant qu’on sait ce qu’on fait.
“Ce n'est pas une arrivée ; C'est juste un checkpoint.”
(Alan (VO) : « This isn’t an arrival; it’s just a checkpoint.”)
Chase :
— Mais c’est quand même un sacré checkpoint, tu trouves pas ?
Le sourire complice des deux Spilders dit tout : la route est encore longue, mais ils savent désormais que les gens les écoutent … sans avoir besoin d’y croire trop fort.

De gauche à droite : Martin D. Claybourne (Journaliste RS UK), Alan, Jo Mills (Responsable Presse HITE), Chase, Sadie Eltringham (Journaliste-Stagiaire RS UK)
8. STREET SPILDERS — Trois villes, trois chocs
Après la déferlante Don’t Cry, Baby, les Spilders auraient pu s’accorder une pause. Mais au lieu de ça, ils ont préféré frapper là où personne ne les attendait : dans la rue.
Entre le 2 et le 9 novembre 2025, au milieu de leurs séances de travail, le groupe organise trois mini-concerts gratuits et anonymes, annoncés le matin même via les fans clubs de la Meije et de mystérieux messages codés sur X et Instagram.
Baptisée par les fans eux-mêmes STREET SPILDERS, l’opération va marquer un tournant dans la relation du groupe avec son public.
1. Brighton — Le coup d’essai
📍 Mercredi 2 novembre, 17h30 — Pavilion Gardens, Brighton
Le premier set a lieu dans la ville qui les a vus jouer ensemble pour la première fois avec Chris. Aucun décor, juste quelques amplis, deux spots LED, et une caméra de Nicoël Jaffres, perchée sur un lampadaire.
Un message mystérieux posté à midi sur Insta — “Follow the sea breeze, music starts where the echoes end” — avait suffi à rameuter 300 personnes.
Setlist (25 min) :
"From Square to Heart"
"Resolution"
"Red Horn"
"We’re Torn Apart"
"Don’t Cry, Baby" (final acoustique)
Un fan dans la foule dira :
“On aurait cru que Lennon et McCartney avaient décidé de redémarrer au bord d’une fontaine.”
Marsha postera ensuite une vidéo en noir et blanc du final, avec en légende :
“No stage, no egos. Just songs.”

2. Bordeaux — Le chaos maîtrisé
📍 Dimanche 6 novembre, 11h45 — Place Fernand-Lafargue, Bordeaux
Cette fois, l’annonce est faite via une story du compte officiel :
“On vous doit une chanson et une chocolatine. On arrive.”
Le groupe joue au pied d’un kiosque désaffecté, face à un public médusé.
Dave ouvre avec un solo inédit, que les fans baptiseront plus tard “Un croissant, deux accords”.
L’ambiance devient électrique dès les premières notes de Red Horn. Une jeune fan tente un slam… à 11h56 du matin.
Chris termine le set en jetant ses baguettes dans le public — elles atterrissent pile dans les bras d’un retraité hilare.
Setlist (20 min) :
"Vinyl Crackles"
"Red Horn"
"The Colt with a Champagne Coat"
"Gold & Blue"

3. Amsterdam — La claque
📍 Jeudi 9 novembre, 18h15 — Leidseplein, Amsterdam
C’est la surprise la plus spectaculaire. Le message est cette fois ultra minimaliste :
“We owe you light. Meet us where it dances.”
En moins de 2h, près de 2000 personnes s’agglutinent autour d’un petit plateau improvisé. Les membres du groupe arrivent un par un, capuches sur la tête.
Alan commence seul au piano sur "Such a Shade". Les téléphones s’élèvent. Les lumières de la ville se reflètent sur les pavés mouillés.
À la fin du set, un feu d’artifice (organisé illégalement par des fans néerlandais ?) illumine le ciel. Chase rigole en plein solo :
“Amsterdam, you beautiful lunatics!”
Setlist (30 min) :
"Such a Shade"
"Don’t Cry, Baby"
"The House of Broken Dreams" (version pré-live)
"Come Back Together"
"Gold & Blue"

🎥 Impact et images
Des extraits des trois concerts sont montés dans un mini-documentaire de 4 minutes intitulé “Street Spilders : You have been there”, publié le 13 novembre.
En 24h, la vidéo dépasse les 1 million de vues.
BBC6 Music conclut son sujet avec ces mots :
“Ils auraient pu vendre des stades. Ils ont préféré offrir des places publiques.
Les Spilders sont peut-être devenus grands, mais ils n’ont jamais été aussi proches.”
9. Rivalité improvisée : Les Riffs et les volcans
La semaine suivant la sortie de "Don’t Cry, Baby", un journaliste de NME glisse à Chase, en interview, que le riff de "From Square to Heart" “aurait presque pu sortir d’un album de Gojira”.
Mauvaise pioche. Chase éclate de rire :
“Ouais, sauf qu’on n’a pas besoin d’un volcan pour faire du bruit.”
Le lendemain, le guitariste de Gojira poste sur X : “Certains préfèrent les volcans, d’autres les bougies parfumées.”
Les fans s’enflamment, les hashtags #TeamGojira et #TeamSpilders s’affrontent tout le week-end.
Alan, interrogé le lundi matin par BBC6 Music, répond avec un sourire tranquille :
“Chase a juste dit ce qu’il pensait. Et moi, j’aime quand il dit ce qu’il pense. On joue différemment, mais on brûle pareil.”
Pete Halberg, lui, conclut avec son calme légendaire : “C’est officiel : ils sont enfin dans la même conversation que les grands. Et ça, les gars, c’est le vrai bruit.”
10. 21 NOVEMBRE 2025 — SORTIE DE L’EP “HOME THIS CHRISTMAS”
Comme tous les ans, à Noël, cet EP est en fait double :
L’exemplaire pour les fans et l’EP 4 titres pour le grand public.
🎄 "HOME THIS CHRISTMAS" — FACE A & B – Pour les fanclubs:

FACE A — "Home This Christmas"
Chanson collective, symboliquement signée des quatre Spilders, "Home This Christmas" devient la deuxième chanson de Noël du groupe après Christmas’ Coming (2024).
Elle s’adresse directement aux fans, comme un remerciement pour l’année écoulée — un chant de gratitude plutôt qu’un single de saison.
Cette année, elle franchit un nouveau cap en devenant la chanson finale du film romantique britannique de Noël :

Avec Hugh Grayson, Lily Harcourt, Dev Patelton, Emma Mackeyson et Stephen Fryne.
Réalisé par Richard Curtis Jr. (le fils du scénariste de Love Actually).
Le film, sorti le 19 novembre 2025, se conclut sur le refrain du morceau, au moment où les protagonistes se retrouvent dans une gare enneigée.
Le titre grimpe aussitôt dans le Top 10 des téléchargements UK, entraînant une vague de partages sur les réseaux :
“They’re not just singing Christmas. They’re singing us.”
(« Ils ne se contentent pas de chanter Noël. Ils nous chantent. »)

FACE B — Messages to Our Fans
Sur la Face B du vinyle collector, cinq messages vocaux de quelques secondes chacun, enregistrés séparément par les membres du groupe, puis un message commun final avec Pete Halberg et Joëlle B (le crépitement léger du vinyle ajoute un charme irrésistible à ces voix familières).
🎙️ Alan :
“Every song we’ve written this year carried a bit of you inside it.
So, from my piano to your hearts, thank you — for listening, for feeling, for being part of this wild year.
Merry Christmas, and don’t forget to let the music in.”
(« Chaque chanson que nous avons écrite cette année portait un peu de vous en elle.
Alors, de mon piano à vos cœurs, merci – de nous avoir écouté, d’avoir vibré, d’avoir fait partie de cette folle année.
Joyeux Noël, et n’oubliez pas de laisser entrer la musique. »)
🎙️ Chase :
“We’ve been loud, messy, honest — and you loved us anyway.
You lot gave us the loudest gift of all: belief.
Keep singing, keep dancing, and may your Christmas be perfectly out of tune.”
(« Nous avons été bruyants, désordonnés, honnêtes – et vous nous avez aimé quand même.
De votre côté, vous nous avez donné le cadeau le plus bruyant de tous : le soutien.
Continuez à chanter, continuez à danser, et que votre Noël soit parfaitement désaccordé. »)
🎙️ Dave :
“When we started, we just wanted to write something true.
And somehow, you made it bigger than us.
I hope you find some peace in the quiet moments — and a smile when the record ends.”
(« Quand nous avons commencé, nous voulions juste écrire quelque chose de vrai.
Et d’une manière ou d’une autre, vous l’avez rendu plus grand que nous.
J’espère que vous trouverez un peu de paix dans les moments de calme – et un sourire à la fin du disque. »)
🎙️ Chris :
“It’s been a year of sweat, noise, and joy.
Thanks for shouting with us, crying with us, and standing in the rain at the gigs.
Merry Christmas, you beautiful maniacs!”
(« Ce fut une année de sueur, de bruit et de joie.
Merci d’avoir crié avec nous, d’avoir pleuré avec nous et d’être resté sous la pluie lors des concerts.
Joyeux Noël, bande de joyeux maniaques ! »)
🎙️ Final track — All together (Alan, Chase, Dave, Chris, Pete & Joëlle B.)
(Rires, bruits de verres qui s’entrechoquent)
“This one’s from all of us at The Spilders’ family — to all of you.
Thank you for making this year unforgettable.
Wherever you are, whoever you’re with… Merry Christmas, and a very, very Happy New Year!”
("Ce message vient de nous tous de la famille des Spilders - à vous tous.
Merci d’avoir rendre cette année inoubliable.
Où que vous soyez, avec qui que vous soyez... Joyeux Noël et une très, très bonne année ! »)
(La piste se termine sur quelques secondes de “Home This Christmas” jouée en acoustique, fondue dans le son du feu de cheminée.)
Les réactions des fans
La livraison du disque, crée une véritable effervescence dans les clubs de fans.
Sur X et TikTok, le hashtag #HomeThisChristmas dépasse le million de vues en 24 h.
Les vidéos d’ouverture des vinyles numérotés se multiplient :
Certains montrent les disques encore dans leur emballage doré, décoré d’un ruban rouge.
D’autres filment leur écoute dans des salons illuminés, souvent avec un chat sur les genoux ou un sapin en arrière-plan.
L’un des extraits les plus repris : une fan espagnole fondant en larmes à l’écoute du message collectif de fin — « Où que vous soyez, avec qui que vous soyez... Joyeux Noël et une très, très bonne année ! »
Les clubs de la Meije français organisent même des soirées d’écoute simultanée dans plusieurs villes.
À Lyon, un bar affiche complet, des bougies et des guirlandes scintillent pendant que les messages des Spilders résonnent à travers les enceintes.
La vidéo de ce moment dépasse 2,5 millions de vues et Alan la republie sur son compte avec une simple légende :
“Vous avez fait de nous une famille plus grande que Noël lui-même.”
Les réactions presse
Les magazines britanniques saluent unanimement la sincérité du projet :
- NME : « Pas de cynisme, pas de calcul : juste un groupe qui parle à cœur ouvert. »
- The Guardian : « Une tradition nouvelle est née : chaque décembre, The Spilders ramènent la chaleur dans nos foyers. »
- Mojo Magazine : « ‘Home This Christmas’ touche juste : c’est leur Happy Xmas (War Is Over) à eux. »
- Et même la BBC, dans son émission The Sound of Winter, diffuse le message de Chris en ouverture, suivi d’un extrait du morceau, avec ce commentaire du présentateur :
“Ils n'ont pas seulement écrit une chanson de Noël, ils ont écrit une carte postale à tous ceux qui se sont sentis un peu perdus en décembre.”
🎄 "HOME THIS CHRISTMAS" — EP 4 titres – Pour le grand public:
1. "Home this Christmas"
2. "You’re Not Back in USSR" — le retour du feu
Deuxième titre de l’EP, “You’re Not Back in USSR” marque le grand retour d’Alan dans l’écriture engagée.
Un morceau incandescent, bâti sur un riff de Chase et une batterie martiale de Chris, dont la voix s’élève comme une gifle aux nostalgiques des empires déchus.
Clin d’œil assumé à la chanson des Beatles, le texte détourne le sourire ironique du "Back in USSR" d’origine pour le transformer en hymne de résistance.
“Ukraine girl and Georgia wife / Will never bow and won’t forgive.”
Les Ukraine’s girls et les Georgia’s wives deviennent ici des symboles de courage face à la tyrannie, dans une chanson qui mêle puissance rock et conviction morale.
Dès sa sortie, le titre est immédiatement salué par la presse européenne pour son équilibre entre mélodie et message.
- Le Guardian titre :
“The Spilders remind us that music still has a conscience.”
(“Les Spilders nous rappellent que la musique a encore une conscience. »)
3. "Gold & Blue" — la patience du courage
C’est Alan qui signe ce troisième morceau de l’EP, un titre à la fois lumineux et mélancolique : “Gold & Blue”.
Il l’a écrit en 2024, quelques semaines après avoir vu à la télévision des volontaires ukrainiens chanter dans un abri, drapés de couvertures bleues et dorées. Depuis, il tenait à ce que la chanson sorte “au bon moment”.
Le bon moment, c’était maintenant.
Repoussée à plusieurs reprises pour ne pas brouiller la sortie des albums précédents, “Gold & Blue” trouve enfin sa place dans l’EP de novembre 2025, aux côtés de "Home This Christmas" et "You’re Not Back in the USSR".
Alan y livre un texte d’une simplicité bouleversante, soutenu par des chœurs planants et une guitare claire, presque douce.
“Fields of gold beneath a sky so blue,
Where the winds of freedom whisper through.”
Le morceau se déploie comme un poème visuel — une peinture sonore des couleurs de l’Ukraine et de l’Union Européenne, celles de la liberté et de la résilience.
Le refrain, repris en chœur par Chris, Dave et Chase, transforme ces deux couleurs en emblèmes universels de l’espoir :
“Gold and blue, the colors of dreams,
Of justice and peace, of love that redeems.”
Lors de sa sortie, ‘Gold & Blue’ émeut profondément le public européen, notamment en Pologne et en Allemagne où il est diffusé en boucle sur les radios culturelles.
Le morceau devient vite un symbole de solidarité artistique, un message sans slogans, porté par une sincérité rare.
4. "Breakfast Song" — le matin d’après
Il fallait bien que Chase vienne semer un peu de désordre dans ce Noël trop sage.
Avec “Breakfast Song”, il clôt l’EP de novembre sur une note aussi drôle que suggestive : un slow-rock faussement innocent, où les métaphores culinaires se mélangent à des allusions charnelles assumées.
“I wanna eat you for breakfast,
and drink you for dinner,
you’ll be my very best lunch
I’ll never be satisfied with you.”
Sous couvert d’humour, le titre cache une vraie construction musicale : riffs à la Stones, groove paresseux, basse sensuelle et un solo final que Dave décrit comme “le plus lubrique que j’aie jamais joué”.
Mais au fond, derrière la malice, c’est une chanson d’amour : une célébration du désir tranquille, du couple durable, de ces matins où la complicité a remplacé la fougue.
Freya, qui en a inspiré plus d’une ligne, confiera plus tard en riant :
“C’est la seule chanson où j’ai autorisé Chase à me comparer à un petit-déjeuner.”
Dans les fans clubs, les interprétations s’envolent : certains y voient une parodie du romantisme de "Home This Christmasé, d’autres un clin d’œil à "Brown Sugar" ou "You Can’t Always Get What You Want".
Mais tout le monde s’accorde sur un point : "Breakfast Song", c’est du Chase pur jus — désinvolte, drôle, et terriblement vivant.
La pochette de l’EP attire d’emblée le regard.

Pas d’effets clinquants, pas de studio aseptisé : les quatre Spilders y apparaissent tels qu’ils sont, réunis autour d’une table, le sourire tranquille, une lumière dorée sur leurs visages.
Cette simplicité assumée raconte mieux que n’importe quel discours la cohésion du groupe.
Au centre, une bougie allumée porte un ruban jaune et bleu. Un détail minuscule, presque invisible à première vue, mais qui dit tout : "Home This Christmas" n’est pas qu’une chanson de Noël.
C’est un message de paix, un appel à la fraternité au cœur d’une Europe troublée.
La composition entière respire la sincérité. Rien de fabriqué, rien d’ironiquement distant.
Les Spilders ont choisi la chaleur plutôt que le spectaculaire, le regard complice plutôt que la posture.
Et dans ce cliché où Alan semble presque veiller sur la flamme, où Chris lève son verre, on devine l’essentiel : le succès ne les a pas changés.
Ils sont rentrés à la maison — pas seulement pour Noël, mais dans leur propre lumière.
11. Enregistrement de l'album « THE HOUSE OF BROKEN DREAMS”
Depuis la mi-octobre, alors que retombaient à peine les échos de "LITTLE LONELY ONE", les Spilders avaient lentement ouvert les portes d’un tout autre monde. Un monde plus intérieur, plus fragile, plus brumeux. Celui de leur prochain album : "The House of Broken Dreams".
Tout avait commencé, comme souvent, entre les murs familiers de la maison de Sansac. Alan y était revenu dès le 15 octobre, avec un carnet raturé et quelques accords en tête. Jane dormait encore quand il s’était mis au piano. Une suite mineure, une image surgie de Couveyres’ Hill — une maison voilée de brume, chaque pièce gardienne d’un souvenir enfoui. La chanson-titre s'était esquissée là, presque à voix basse. Dave, arrivé dans l’après-midi, avait reconnu le ton et s’était installé sans un mot, guitare acoustique en mains.

Les premières pistes ont été captées à la volée, dans le salon, avec juste un micro, une couverture sur les genoux, et le souffle de l’automne en fond. Chase a ensuite proposé d'ajouter des textures de Mellotron, puis Chris, dans un coin, griffonnait déjà ses idées de rythmiques “organiques, presque fantomatiques”.
Les sessions officielles ont véritablement démarré début novembre, dans les studios HITE de Millcaster Lane. Et là, tout s’est transformé.
Le Studio A avait été plongée dans une semi-obscurité sur suggestion de Marsha, “pour respecter l’atmosphère onirique de l’album”. Pete, habituellement bavard, était presque silencieux, comme si le moindre mot risquait de briser l’équilibre.
Les prises se sont enchaînées avec lenteur, exigence, et un soin maniaque du détail. Pas de recherche de perfection, mais une quête d’authenticité viscérale. D’ailleurs, Chris a réenregistré certaines parties plus de dix fois, pour faire “exploser les silences”. Sa reprise au milieu du morceau a suffi, à elle-seule, à le propulser au sein des tout meilleurs batteurs de la décennie.
Chaque titre de l’album a été envisagé comme une pièce de cette maison aux rêves fissurés. Les arrangements se sont construits à tâtons, comme à la lueur d’une lampe tempête dans un grenier oublié.
Et pendant que le monde s’agitait dehors, à l’intérieur, dans les couloirs insonorisés de HITE, les Spilders posaient une à une les pierres d’un album-labyrinthe. Un disque qui ne se donnait pas, mais qui s’explorait.
Et au cœur de cette maison-là, une vérité simple : on ne guérit jamais tout à fait… mais on peut apprendre à habiter ses ruines.
- "Let Them Dream" (Alan)
Dès les premières heures de novembre, Alan s’est isolé dans le petit studio B de Millcaster Lane avec un objectif clair : signer non seulement une chanson phare, mais aussi en réaliser lui-même le clip.
Cette fois, il voulait tout contrôler, des arrangements jusqu’au plan final tourné dans un théâtre antique grec laissant s’échapper un voilier sur la mer. Chris, en écoutant les premières prises, lâcha simplement : « Cette chanson, c’est du cinéma sonore».
Lors de l’enregistrement final, Jane était dans la régie. Elle ne disait rien, mais on la vit discrètement essuyer une larme..
Alan, toujours pudique, dira simplement : « Je voulais que tu puisses rêver aussi. »
- "Birthday Call" (Chris)
Ce morceau a une histoire tendre, presque anodine. À l’origine, c’était un brouillon griffonné après le Covid, quand Chris n’écrivait encore que des débuts de textes qu’il finissait rarement. Il avait voulu souhaiter un anniversaire à l’un des trois autres Spilders – il ne se souvient même plus lequel – et ça avait donné ces quelques lignes maladroites mais touchantes.
En 2025, pendant les sessions à Sansac, il retrouve ce vieux carnet, rit tout seul, puis s’assoit à la batterie. Une heure plus tard, il appelle Dave :
— Viens mettre un peu de douceur là-dessus.
Le résultat, fragile et sincère, est une des surprises de l’album.
- "Brother in my Mind" (Dave)
Dans la pénombre du studio C, Dave semblait ailleurs. Il griffonnait des phrases sur un carnet, parfois s’arrêtait pour regarder fixement un point invisible.
Cette chanson, il l’a portée longtemps sans oser la montrer.
— C’est sur ce frère que je n’ai jamais eu. Ou peut-être que si.
L’arrangement s’est construit à quatre voix, avec un chœur discret d’Alan en arrière-plan. À l’écoute finale, Chase a juste soufflé :
— C’est l’une des plus belles que t’aies jamais faites.
- "Winds of Love" (Chase)
Chase l’a écrite par téléphone. Alan marchait dans les collines autour de Sansac quand Chase l’a appelé, une bourrasque en fond sonore.
— Tu fais quoi ?
— Je me bats contre le vent. Et toi ?
— J’écris une chanson dessus.
Le soir même, Chase débarque au salon avec un riff accrocheur et un couplet presque achevé. Freya passait dans le coin avec de la soupe. Elle entend la démo, s’arrête, sourit :
— C’est pour moi ?
Il ne répond pas.
Mais à la fin de la chanson, une phrase glissée entre deux accords sèmera le doute dans toute la Spildersphere: :
“ I met my love under the West Wind's autumn rain,
We loved through the North Wind's winter,
Married beneath the South Wind’s summer sun,
And the East Wind makes her more beautiful, more mysterious, as days run.”
Sont-ils mariés ? Ou est-ce un leurre ?
- "All Along The Riverside" (Chase)
En opposition totale à la précédente, cette chanson respire le soleil, la simplicité et l’insouciance.
Elle a été composée dans la cuisine du cottage, pendant que Dave cherchait les accords d’un solo et que Chris râlait sur la cafetière.
Chase, pieds nus, improvisait des paroles en mélangeant Beatles, Ray Davies et… slogans de shampoings.
— Je veux que ce soit une chanson qui sente bon.
C’est devenu l’anti-blues de l’album, une bouffée d’oxygène au cœur de l’hiver.
- "Through My Own Lens" (Dave)
Il en avait gros sur le cœur.
Ceux qui disent que les Spilders sont aidés par les machines, que ce n’est pas “du vrai rock”, que tout est assisté, gonflé, surfait.
— Comme si c’était facile d’être sincère avec une IA.
Dave a écrit cette chanson comme on plante un drapeau. Une défense de leur manière de créer. Une métaphore : la photographie naissante méprisée par les peintres.
Il a tout enregistré seul, d’un trait, un matin à Sansac.
Et à la fin, il a dit, sans ironie :
— J’ai même pas eu besoin de retoucher cette prise.
Alan a souri :
— Voilà qui devrait faire taire les puristes.
- "Happiness by the Fire" (Alan)
Un soir de novembre, alors que la pluie tambourinait sur les vitres de Sansac, Alan s’est assis au coin du feu, les chiens dormaient.
Jane lisait, April tricotait une écharpe bleue en silence pour Dave, et Chase faisait semblant de ne pas dormir.
C’est là qu’il l’a commencée.
Une ballade simple, calme, chaude comme un mug de thé.
En studio, il n’a rien voulu changer :
— « Si je touche, je casse. »
Elle clôturera peut-être l’album. Ou l’hiver. Ou l’année.
- "Silent Vows" (Chris)
Une chanson très Chris : sobre, profonde, sans fioritures.
Il l’a chantée d’une traite, dans une lumière tamisée. Personne n’osait parler dans la régie.
Pete Halberg a juste soufflé à Joëlle :
— Je crois qu’il vient de nous dire quelque chose d’important.
Certains fans y verront un message voilé à Susan. D’autres, un hommage au silence des hommes qui aiment.
Chris, lui, dira :
« C’est une chanson. Pas une lettre ouverte. »
- "A Wandering Soul" (Dave)
Initialement prévue pour avril 2026, elle a été reprogrammée pour figurer sur cet album. Trop forte, trop intime pour attendre plus lontemps.
« C’est une chanson qui voulait sortir maintenant. Pas plus tard. »
Dave l’a enregistrée les yeux fermés, presque en transe.
Alan a soufflé à Laren de Valduc :
— Il ne joue pas. Il cherche quelqu’un.
Et tout le monde a compris qu’elle avait trouvé sa place ici.
- "To Bed Tomorrow" (Chris)
Une chanson qui commence par un refrain. Rare chez les Spilders.
Chris l’a dédiée aux soignants, en particulier à Sophie Laurent, une infirmière française du NHS qu’il avait rencontrée par hasard dans un vol intérieur.
Elle ne l’avait pas reconnu tout de suite. Il l’avait trouvée drôle, un peu brute, très humaine.
« Elle m’a dit qu’elle dormait quatre heures par nuit. Et qu’elle avait oublié son propre anniversaire. »
Il lui a promis une chanson. Et une place au concert de Noël.
Promesse tenue.
- "I Walk Alone" (Alan)
C’est la première fois qu’un album des Spilders ne s’ouvre pas sur une chanson de Chris.
Et c’est Chris lui-même qui a demandé ce changement.
— Celle-là doit commencer l’album. C’est évident.
Alan a accepté avec une gêne presque visible.
— Je voulais pas briser la tradition.
— Tu l’honores.
Un morceau sombre, intime, presque murmuré.
Le silence après la dernière note valait toutes les critiques dithyrambiques à venir.
- "She Talks, I Write a Song" (Chase)
Un bijou d’autodérision.
Chase y raconte, guitare en main, ses tentatives pour suivre une Freya toujours un temps en avance.
Le refrain est un chef-d'œuvre d’ironie tendre :
“You came from Venus, I am from Mars,
No reason we should cross our paths.
But we collided here on Earth,
And wrote a love of cosmic birth..”
Freya, en entendant la démo, a éclaté de rire :
— Tu vas encore te faire adorer.
Et c’est exactement ce qui s’est passé.
_ "Sad January Day" (Dave)
Alan et Chase lui ont offert l’outro un soir d’hiver, à la fin d’une session où personne ne trouvait le sommeil.
— C’est toi qui peux l’amener là où il faut.
Dave a posé sa voix à peine plus fort qu’un souffle.
Le résultat est une chanson suspendue. Triste mais lumineuse.
Le genre de morceau qu’on écoute en silence, les yeux perdus dans la fenêtre.
Chase a dit :
— Elle me fait penser à la lumière sur la neige quand il n’y a personne.
- 'Lost in Your Memory" (Alan)
Écrite pour Iägger, son fidèle beagle, qui se remettait alors difficilement d’une grave opération.
— Il a toujours été là. Alors j’ai fait une chanson pour qu’il y reste.
La voix d’Alan y tremble parfois.
Mais jamais ne faillit.
Joëlle a ajouté des chœurs très discrets, comme un souffle en arrière-plan.
Et à la fin, un bruit très doux : une clochette de collier.
Iägger, bien sûr, s’est endormi à leurs pieds pendant le mixage.
- "Mist on the Mont-Long" (Alan & Chase)
Le Mont-Long existe vraiment.
Une colline au-dessus de Sansac, où la brume accroche les pins.
Alan y va pour marcher, Chase pour faire le pitre.
Ils y ont écrit la chanson ensemble, un matin de décembre.
Alan grattait doucement pendant que Chase faisait l’imbécile avec une écharpe tricotée.
— Le brouillard, c’est comme les doutes. Faut pas trop les fixer sinon tu t’y perds.
La chanson est née comme ça.
Et c’est elle devait refermer l’album avant que Laren et Rachel ne choisisse "The House of Broken Dreams".
Pas avec fracas.
Avec une brume.
🎸 ALAN – 5 1/2 chansons
"The House of Broken Dreams" (titre éponyme)
"I Walk Alone"
"Let Them Dream"
"Lost in Your Memory"
"Happiness by the Fire"
"Mist on the Mont-Long" (co-écrite avec Chase)
Alan domine cet album — à la fois en quantité et en intensité émotionnelle.
Il y tisse un fil rouge d’introspection, de douceur et de reconstruction.
🎤 CHASE – 3 1/2 chansons
"Winds of Love"
"She Talks, I Write a Song"
"All Along the Riverside"
"Mist on the Mont-Long" (co-écrite avec Alan)
Chase reste la lumière de l’album : solaire, ironique, toujours en contrepoint de l’introspection d’Alan.
Son écriture apporte l’air, l’humour et l’élan vital.
🎸 DAVE – 4 chansons
"Sad January Day"
"A Wandering Soul"
"Brother in My Mind"
"Through My Own Lens"
Dave signe ici ses morceaux les plus mûrs.
Sa plume se rapproche de celle d'Alan, mais sa sensibilité reste plus rêveuse, presque métaphysique.
🥁 CHRIS – 3 chansons
"Silent Vows"
"To Bed Tomorrow"
"Birthday Call"
Chris s’affirme désormais comme un vrai songwriter, avec des textes simples mais profondément humains.
Ses chansons sont des respirations sincères au milieu de la densité poétique de l’album.
🗓️ Calendrier des sessions – “The House of Broken Dreams” (Oct. 15 – Nov. 27 2025)
🎧 SEMAINE 1 — 15 → 20 octobre — Préparation à Sansac
15 oct. → "The House of Broken Dreams" (Alan) — Première esquisse au piano à Sansac.
17 oct. → "Happiness by the Fire" (Alan) — Écrite et enregistrée en direct au coin du feu.
19 oct. → "Brother in My Mind" (Dave) — Première maquette guitare/voix à la véranda.
🎧 SEMAINE 2 — 21 → 26 octobre — Sessions fondatrices à Sansac
21 oct. → "Silent Vows" (Chris) — Version acoustique, voix et batterie légère.
22-23 oct. → "Sad January Day" (Dave) — Alan et Chase écrivent l’outro sur place.
25 oct. → "Winds of Love" (Chase) — Composée au téléphone puis captée à Sansac.
26 oct. → "All Along the Riverside" (Chase) — Enregistrement spontané dans la cuisine du cottage.
🎧 SEMAINE 3 — 27 oct. → 2 nov. — Départ vers Londres, installation à HITE Studios
28-29 oct. → "I Walk Alone" (Alan) — Première chanson officielle enregistrée à Millcaster Lane.
30 oct. → "Birthday Call" (Chris) — Retrouvée dans un carnet, transformée en prise unique.
1er nov. → "Let Them Dream" (Alan) — Alan commence la production et les prises de clip.
🎧 SEMAINE 4 — 3 → 9 novembre — Sessions “intérieures”
3 nov. → "A Wandering Soul" (Dave) — Reprise d’un projet d’avril 2026 avancé ici.
5 nov. → "Through My Own Lens" (Dave) — Enregistrée d’un trait, sans retouche.
7 nov. → "To Bed Tomorrow" (Chris) — Prises batterie/voix en une nuit, ambiance feutrée.
9 nov. → "She Talks, I Write a Song" (Chase) — Répétée et enregistrée en duo avec Freya.
🎧 SEMAINE 5 — 10 → 17 novembre — Finalisation et mixage intermédiaire
11 nov. → "Lost in Your Memory" (Alan) — Chanson enregistrée à Sansac, mixée à Londres.
13-14 nov. → "The House of Broken Dreams" — Enregistrement définitif et solo de Dave.
16 nov. → "Silent Vows" (Chris) — Version finale avec chœurs discrets de Joëlle.
🎧 SEMAINE 6 — 18 → 27 novembre — Dernières sessions et mastering
20 nov. → "Mist on the Mont-Long" (Alan & Chase) — Captée à Sansac dans la brume du matin.
23 nov. → "Happiness by the Fire" — Mix final validé par Alan et Laren de Valduc.
25-27 nov. → Mastering complet à Millcaster Lane, supervision HITE Records.
🏁 Album bouclé le 27 novembre 2025 à 23 h 42
Les dernières notes s’éteignent, les lumières se baissent.
Pete Halberg signe la validation du master et murmure :
« Voilà… la maison est debout. »
Tout est maintenant entre les mains de la post-production chez HITE Records pour une sortie sur les plateformes prévue le vendredi 19 décembre 2025.
11. 🎄 LE CONCERT DE NOËL - L’AMBERLIGHT HALL 21 DÉCEMBRE 25
Quand l’idée d’un concert de Noël a été lancée, en plein été, personne n’avait prévu que ça prendrait de telles proportions.
Au départ, c’était une discussion au détour d’un couloir chez HITE. Alan avait simplement dit :
« Ce serait bien, un vrai moment. Pas un show. Quelque chose de... pour eux. »

Le Concert de Noël – 21 décembre 2025
Et tout le monde avait compris.
Pas de caméras. Pas de presse. Pas de vente de billets.
L’idée avait grandi. Lentement d’abord. Puis, en novembre, elle avait pris racine, comme une évidence.
Ce concert de Noël aurait lieu. Il serait unique. Gratuit. Intime. Et surtout, réservé à ceux qui avaient fait le chemin avec eux.
Le choix de la salle avait été comme une évidence : l’Amberlight Hall, nichée à Brixton, non loin du tout premier local de répétition des Spilders, restaurée récemment par une fondation indépendante.
Et là où ils avaient donné leur premier « vrai » concert il y a tout juste un an.
Elle ne contenait que 3000 places, pas une de plus. Le parfait équilibre entre proximité et résonance.
Pas de presse.
Pas de caméras.
Pas de billets en vente.
Seulement un tirage au sort mondial organisé par HITE Records — et orchestré comme une chorégraphie d’orfèvre par Rachel Ives — avec une répartition juste et claire :
50 % pour les fans du Royaume-Uni et d’Irlande,
30 % pour les fans européens, avec une priorité spéciale pour les candidatures venues d’Ukraine, de Pologne, de Lettonie ou de Géorgie,
20 % pour le reste du monde, de l’Argentine au Japon en passant par le Sénégal, les Etats-Unis ou la Nouvelle-Zélande.
À ces heureux tirés au sort s’ajoutaient quelques invités exceptionnels :
Les 25 membres du Groupe du Chazelet, et leurs accompagnants,
Des correspondants étrangers de HITE : Espagne, Pays-Bas, Allemagne, Portugal,
Une petite délégation du Rotary Youth Exchange, partenaire discret de longue date grâce à Joêlle,
Et bien sûr, l’équipe rapprochée, les familles, et Iägger, perché sur ses pattes arrière, accueilli comme une rock star miniature.
Le jour venu, la file s’étirait dans le froid, sous les guirlandes suspendues entre les réverbères.
À l’entrée, on distribuait des bracelets rouges en feutrine, des cartes de vœux signées à la main par les quatre Spilders, et, pour les premiers arrivés, des mince pies et des mugs de thé fumant.
À l’intérieur, le silence juste avant les premières notes était presque religieux.
Et quand la lumière s’est éteinte, quand les premiers accords ont résonné — ce n’était plus un concert.
C’était une promesse tenue.
C’était la chaleur en plein hiver, le retour au port, le moment où chacun avait l’impression d’avoir été vu, compris, attendu.
🎙️ Coulisses d’un soir unique
Derrière le rideau, l’atmosphère n’avait rien de rock’n’roll.
Pas de loges saturées de champagne ni de clameurs fébriles.
Juste une pièce calme, éclairée d’une lumière douce, avec une bouilloire sifflant dans un coin, quelques biscuits maison, et les rires feutrés des proches venus partager l’attente.
Jane a arrangé le col d’Alan comme elle le faisait déjà quand il n’était qu’un jeune musicien sans attaché de presse. Elle l’a regardé en silence, avec cette tendresse tranquille des couples qui n’ont plus besoin de mots.
Freya tournait autour de Chase et de Chris, mi-inquiète, mi-fiévreuse :
— Vous vous rendez compte que tout ça, c’est pour vous ? Juste vous ?
Chase lui répondit avec un sourire de gamin :
— Je sais. Et pour eux aussi. Et c’est pour ça que ça va être parfait.
April avait apporté une écharpe qu’elle avait tricotée pour Dave :
— Si tu fais tes solos sans ça, tu vas attraper froid.
Et Dave rit et la passa autour de son cou, laissant le fil bleu pendre jusqu’à sa guitare.
À côté de Chris, Susan et leurs enfants – Julia, Edward et Timothy – distribuaient des cookies aux techniciens, pendant que Chris répétait pour la dixième fois :
— Pas trop sucrés, hein ? Je dois encore chanter !
Même Pete Halberg semblait rassuré, observant cette ruche d’affection en silence. Silencieux. L’œil brillant.
Nicoël filmait quelques plans, les yeux humides derrière sa caméra.

Et quand Rachel Ives annonça doucement :
— « Cinq minutes. »
Alan leva la tête :
— Pas encore. Laisse-nous vivre un peu ce moment.
Alors ils sont restés là, tous ensemble.
Les Spilders, leurs femmes, leurs enfants, les techniciens, HITE, l’équipe, les amis.
Une famille élargie.
Il y avait dans cette pièce une magie suspendue, une respiration avant la lumière.
Puis Chris a pris ses baguettes.
Chase a attrapé sa guitare.
Dave a levé les yeux vers April.
Et Alan a soufflé, tout bas :
— Let’s go home.
Quand ils sont montés sur scène, ils n’étaient plus quatre musiciens.
Ils étaient une famille entière, unie par dix ans de rêves, d’épreuves et de gratitude.
❄️ Sur scène
La scène n’était pas immense, mais elle brillait.
Pas d’écran géant. Pas de feu d’artifice. Juste quelques éclairages chauds, une guirlande lumineuse sur les amplis, et au-dessus du piano, une simple inscription : “Home This Christmas”.
Ils ont joué pendant deux heures.
Alan a soufflé un vœu.
Chase a raconté une blague qui a fait rire même Pete Halberg, pourtant habitué à ses facéties.
Chris a versé une larme discrète pendant "You're Not Back in USSR".
Et Dave… Dave a offert son plus beau solo, les yeux fermés, le cœur grand ouvert.
Seize morceaux, puis trois rappels.
Des titres anciens réarrangés, trois extraits de "THE HOUSE OF BROKEN DREAMS" en avant-première, et bien sûr l’EP de Noël, avec le morceau-titre en final.
La dernière note a résonné, longue, pure.
Puis plus rien.
Un silence magnifique. Celui qu’on n’entend qu’après les soirs parfaits.
Les Spilders restèrent sur scène quelques secondes, immobiles, portés par cette vague d’émotion qu’aucune salle ne peut contenir.
Devant eux, trois mille visages — flous, baignés de larmes, de sourires, de lumière.
Quelqu’un a murmuré :
— “Thank you for being you.”
Et la salle a répondu par une ovation lente, infinie, comme pour retenir le moment.
Dans la pénombre, les quatre Spilders se sont pris dans les bras.
C’était fini.
Mais c’était tout ce qu’ils avaient espéré.
✨ Après le concert
Susan pleurait en riant.
April filmait avec son téléphone tremblant.
Freya serrait Chase, encore ruisselant de sueur.
Jane glissa sa main dans celle d’Alan, sans un mot.
— C’est ça que tu voulais, n’est-ce pas ? Pas la gloire. Juste ça.
Alan hocha la tête :
— Oui. Juste ça.
Dans le couloir, Nicoël remercia les techniciens un par un.
Pete, lui, restait près de la scène, le talkie à la main, les yeux un peu rougis.
Il murmura simplement à Rachel :
— Tu sais, ça… c’est pour ça qu’on fait ce métier.
Elle répondit :
— Non, Pete. C’est pour ça qu’on y croit encore.
🎁 Dehors
À la sortie, il neigeait doucement.
Et sur le parvis, sous les projecteurs restés allumés, personne ne voulait partir.
Certains se serraient dans les bras.
D'autres levaient les yeux au ciel.
Mais tous savaient qu’ils venaient de vivre quelque chose qui n’arrive qu’une fois.
Et qui resterait. Pour toujours.
Londres brillait d’une neige fine, presque irréelle.
Les fans sortaient doucement, emmitouflés, partageant des thermos, des rires et des souvenirs.
Une jeune fille leva les yeux vers la façade illuminée :
— Ils ont rallumé Noël.
Sur le perron, les Spilders firent une dernière apparition, saluant les retardataires, serrant des mains, signant des écharpes, pris des selfies, ri avec leurs fans.
Puis ils ont commencé à descendre les marches, doucement, ensemble.
Une dernière photo.
Un dernier “See you soon”.
Alan se retourna, une fois, vers l’Amberlight Hall.
La salle scintillait derrière la vitre, vide, mais vivante.
Il la contempla, sans rien dire, les mains dans les poches, un mince sourire sur les lèvres.
Et dans le vent qui soufflait doucement, il lui sembla entendre, au loin, les échos mêlés des voix, des rires, et des guitares.
Comme si la nuit elle-même fredonnait encore :
“Home This Christmas.”

🎬 Fin du Chapitre 9
📌 Interlude Chapitre 9
Rapport du Conseil d’Administration de HITE Records
Session de Fin d’Année – Jeudi 8 janvier 2026
Lieu : HITE Records Ltd – 27 Millcaster Lane, Soho, London W1F 8RS

27 Millcaster Lane, Soho, London W1F 8RS,
United Kingdom
📍 Présents :
Rachel Ives – Présidente
Laren de Valduc – Directeur Stratégie & Artistes
Pete Halberg – Représentant Spilders Music Ltd.
Marsha De Winter – Directrice Artistique Internationale
Ellen Chung – Directrice Marketing
Steve Morrison – Chef du Numérique & Streaming
Olivia Brunt – Directrice Finance & Développement
1. 🔍 Le Cas Spilders – Bilan décembre 2025
Signature HITE : 11 mars 2024
Statut initial : Groupe inconnu, équipe MAO/Studio autonome (Spilders Music Ltd)
En 21 mois :
4 albums publiés, dont 2 classés n°1 Indie UK Albums Chart :
Lonely Little One (sept. 25)
The House of Broken Dreams (déc. 25)
8 singles, dont :
Don’t Cry, Baby : n°1 Indie UK, n°9 UK Charts
House of Broken Hearts : n°1 Indie, n°3 UK
A Sweater in the Night : en tête des précommandes pour janvier 2026
2 EPs (oct. & nov. 2025) :
Don’t Cry, Baby + Red Horn (BO du film d’animation Red Horn, The Volcanic Robot)
Home This Christmas (BO du film Netflix Love’s Second Snow) + You’re Not Back in the USSR + Gold & Blue (engagement Ukraine)
2. 📊 Analyse d’Impact
🎧 Streaming (Spotify – source : HITE Labels)
The House of Broken Dreams : +12,4M écoutes/semaine
Sweater in the Night : prévisions 17 jours #1
Gold & Blue : 1,6M écoutes le jour de sortie malgré contexte géopolitique
📀 Marché physique
The House Of Broken Dreams: 48 200 vinyles en 4 semaines (dont 15k en collector gatefold)
Lonely Little One : 71% des ventes en CD Deluxe
Home This Christmas : rupture de stock des 5000 éditions collector dès J+3
📣 Réseaux sociaux
#DontCryBaby : TT UK n°4 en 12 min
#SweaterInTheNight : plus de 3,6M de reels TikTok avant sortie
Interaction record : +500k commentaires en 48h sur YouTube (Let Them Dream)

3. 🎙️ Marque Spilders
Diversité vocale unique (4 chanteurs)
Piliers identitaires :
Alan : le poète, sensible, perfectionniste et visionnaire
Chase le rocker instinctif, charismatique et ironique
Dave : la subtilité, la profondeur tranquille et la voix sincère
Chris : l’engagement, la fougue incarnée, la force politique du groupe mais cela masque parfois une vulnérabilité plus intime.
Écriture collective croissante
Concert de Noël – Amberlight : Retentissement médiatique majeur avec une augmentation de 600% des demandes d’adhésion dans les fans-clubs (dont +3000% concernant des journalistes et professionnels des médias)
4. 📅 Projets 2026 Validés
🎸 Format 16 titres confirmé sur tous les albums 2026
🎬 Clips pilotés en interne (Alan : Let Them Dream)
📽️ Série documentaire BBC4/Arte : tournage Q2/Q3 2026
🎤 Tournée Européenne Printemps 2026 – 11 ou 12 dates dont : Paris, Amsterdam, Berlin, Barcelone, Copenhague, Stockholm, Rome, Dublin, Cracovie (?), Vienne, Athènes, (Lviv ?)
🔁 EPs solo à lancer en test courant 2026 (1 par membre)
🎁 Édition Collector 2024–2026 en vinyle : sortie Noël 2026
5. 💰 Données Financières (Extrait Rapport Olivia Brunt)

Croissance du chiffre d’affaires HITE Records entre 2024 et 2025

Rachel Ives – Présidente du Conseil
Rachel IVES
Postface
Il y a, dans toute histoire inventée, un moment où l’auteur s’interroge :
Jusqu’où raconte-t-il le monde… et jusqu’où se raconte-t-il lui-même ?
Ce premier tome de la Spilders’ Story est né ainsi: :
d’un souvenir qui revient quand il veut,
d’une mélodie qui s’impose,
d’un visage imaginé derrière une guitare,
d’une envie simple aussi :
celle de partager une uchronie où la musique ne serait pas qu’un décor, mais un refuge, un terrain de jeu, une promesse de lumière.
Si vous avez tenu ce livre entre vos mains jusqu’à la dernière page, j’espère qu’il vous aura offert un peu de douceur, un peu de respiration, et peut-être même un sourire complice devant cette bande de musiciens virtuels qui ne demandent qu’à exister pour ceux qui acceptent de les écouter.
Je vous dois un aveu, bien sûr : tout n’est qu’invention.
Ou plutôt — tout n’est qu’invention vraie,
fabriquée avec les émotions du passé, les outils du présent et les rêves de demain.
J’espère que vous me pardonnerez mes libertés, mes détours, et mes élans romanesques.
Ils ne sont là que pour le plaisir de raconter une histoire qui n’existait pas…
avant que je l’écrive.
Le Tome 2 viendra … 2026 approche,
et les Spilders n’en ont pas fini avec leurs doutes, leurs
tournées électrisantes, leurs amours cabossées,
leurs éclats de rire, et toutes ces chansons qui n’attendent qu’un moment de silence
pour se laisser entendre.
Si vous souhaitez poursuivre le voyage,
je serai très heureux de vous y retrouver.
Pour continuer à rêver.
Pour continuer à inventer.
Pour continuer à croire que ces quatre garçons — qui n’ont jamais vraiment existé — peuvent malgré tout, quelque part, illuminer un peu nos nuits.
À bientôt, dans le Tome 2.